‹ Lettres de M. OlierChapitre 16 sur 226 · ÎVI. OLIER EST FAIT CURÉ DE SAINT-SULPICE · texte numérisé non relu

ÎVI. OLIER EST FAIT CURÉ DE SAINT-SULPICE

Sa résolution fut combattue par messieurs ses parents , qui ne pouvaient souffrir, qu’ayant refusé des évêchés il se chargeât d’une cure. Plusieurs de ses amis craignant pour sa santé l’en voulurent détourner, lui disant qu’il n’avait pas assez de secours pour desservir une si grande paroisse. Mais ni les uns, ni les autres ne le purent empêcher d’exécuter ce qu il croyait être la volonté de Dieu. Le zèle qu il avait

pour la gloire de son maître, et la parfaite confiance qu il avait en son secours le firent passer par-dessus toutes les considérations humaines, il prit en personne possession de la cure de Saint-Sulpice au mois d août de 1 année 16i2, et il commença à défricher cette terre, dont la plus grande partie ne portait que des ronces et des épines.

Le faubourg Saint-Germain était alors la sentine non seulement de tout Paris, mais presque de toute la France; il servait de retraite aux libertins, aux athées et à tous ceux qui vivaient dans l’impureté et dans le désordre. La dépravation y était si horrible, selon le témoignage d’une personne qui vit encore, qu à une des portes de Saint-Sulpice on vendait impunément des caractères et d’autres inventions superstitieuses et diaboliques.

M. Olier ayant à remédier à tant de désordres, se proposa premièrement de ramener ses paroissiens à leur devoir plutôt par ses exemples que par des invectives et des poursuites violentes. Il se résolut pour cela de mener la vie la plus sainte qui lui serait possible, et il en fit un vœu exprès dans l’église de Notre-Dame de Paris; promettant à Dieu de faire le reste de ses jours ce qu il croirait être le plus parfait.

En second lieu il demanda à Notre-Seigneur des ouvriers capables de l’aider dans sa moisson : Dieu lui en ayant envoyé bon nombre, il les logea avec quelques-uns des prêtres qu’il avait amenés du séminaire de Vaugirard; et désirant d’être parfaitement uni à ses chers associés, il vécut avec eux en communauté. Il se faisait le plus petit d’entre eux, et ne se distinguait de ses inférieurs que par la grandeur de son zèle et par sa profonde humilité. Il n’omettait rien

de tout ce qui pouvait servir à les établir solidement dans la pratique des vertus apostoliques. Entre autres dispositions il désira en eux un très grand désintéressement, il voulut qu'ils n’exigeassent rien pour l’administration du saint viatique, et qu’ils refusassent absolument tout ce qu’on leur présenterait pour le sacrement de pénitence.

Il porta même le détachement jusqu’à ce point qu’il voulut que toutes les rétributions que ses prêtres recevraient des peuples pour les autres services qu’ils leur rendraient fussent mises en commun, et que chaque particulier se contentât, selon le désir de l’Apôtre, d’avoir sa nourriture et de quoi se vêtir, ce qui s’est toujours observé depuis ce temps. Et ainsi par un secours singulier de la Providence il forma une communauté qui, sans être fondée, s’est soutenue depuis quarante ans, et qui depuis son établissement n’a jamais manqué de sujets et de prêtres pour servir cette grande paroisse, quoiqu’ils n’y soient attirés par aucun intérêt, ni retenus par aucun engagement.

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