CHAPITRE XV
IL TRAVAILLE A LA RÉFORME DE SA PAROISSE PAR LES CONTROVERSES ET CATÉCHISMES. IL EMPÊCHE LES DUELS, IL ÔTE LES ABUS DES CONFRÉRIES, IL DÉTRUIT LES MAUVAIS LIEUX , IL POURVOIT AUX NÉCESSITÉS DES PAUVRES.
Cette communauté ayant été remplie en très peu de temps de plusieurs dignes ouvriers, il travailla à la réforme de sa paroisse. Il est impossible de rapporter
dans cet abrégé tout ce que fit ce saint pasteur, et tout ce qu il endura pour ce sujet : nous en marquerons seulement ici la moindre partie. Il travailla d abord à la conversion des hérétiques, qui étaient en très grand nombre ; faisant faire des controverses publiques, conversant en particulier avec ces pauvres égarés, empêchant les assemblées de ceux qui n’étaient pas tolères dans 1 état, accueillant ceux qui reconnaissaient leurs erreurs, et fournissant à tous leurs besoins avec une charité qui ne se lassait jamais : ce qui était bien plus difficile alors qu’au temps où nous sommes, dans lequel les libéralités de notre grand roi donnent de si puissants secours à tous ceux qui reviennent à l’Église.
Il entreprit en même temps l’instruction des catholiques, à la plupart desquels il fallait annoncer l’Évangile quasi tout de nouveau. Il établit plusieurs catéchismes dans son église paroissiale : et la multitude des personnes de tout âge qui venaient recevoir le pain de la parole de Dieu que les ecclésiastiques leur rompaient, remplissant la salle du banquet, ce bon père de famille envoyait ses ministres dans les places et dans les rues une clochette à la main, pour assembler, dans les différents quartiers du faubourg, les enfants des fidèles, et les instruire de tout ce qui pouvait contribuer à leur sanctification.
Ces instructions se faisaient tous les dimanches et fêtes de l’année, et elles étaient multipliées jusqu’à trois ou quatre fois par semaine, lorsqu’il fallait préparer les peuples à la confirmation, à la confession et à la communion.
Il employa bien d autres moyens pour porter dans toutes les familles la connaissance des mystères de
notre religion et les principes de la piété chrétienne.
11 rétablit aussi la majesté des offices divins et le culte de la très sainte eucharistie, n’épargnant ni la peine, ni la dépense pour ce sujet, il fit refaire les autels de l’église, garnir la sacristie d’ornements, la pourvoir de vases sacrés , n’y ayant trouvé lors qu’il y entra que trois calices d’argent.
Les duels étaient si fréquents dans sa paroisse, qu’on y compta jusqu’à dix-sept personnes qui, dans une même semaine, périrent dans ces malheureux combats. Ce saint pasteur fit son possible pour remédier à ces désordres par la force de ses exhortations et par la fermeté de sa conduite : et enfin il persuada à plusieurs seigneurs de grand esprit et fort généreux de faire ensemble une protestation solennelle de ne donner, ni d’accepter aucun appel, et de ne servir aucun ami qui se voulût battre. Ces seigneurs la firent authentiquement un jour de Pentecôte (i), et ils observèrent leur résolution si fidèlement que leur exemple fut suivi de plusieurs, avant même que l’autorité du roi eût arrêté le cours de ce désordre jusqu’alors si commun.
Il abolit aussi plusieurs dérèglements superstitieux qui s’étaient répandus dans certains corps de métiers; et pour leur donner à la place les principes et les pratiques de la piété chrétienne , prenant occasion des assemblées de leurs confréries, il y députait quelqu un de ses ecclésiastiques pour les disposer à célébrer dévotement leur fête, et surtout pour les prépare! à faire une bonne confession générale de toute leur vie.
Dans le désir qu’il avait de bannir le vice de sa paroisse , il usa d’une telle vigilance, et employa si prudemment l’autorité des magistrats, qu’il purgea, avant les troubles de Paris, presque tout le faubourg des mauvais lieux qui y étaient, lesquels ne se rétablirent ensuite que par le désordre des guerres.
On ne peut pas s’imaginer les soins que M. Olier prit pour retirer du dérèglement les pauvres créatures qui habitaient ces lieux infâmes, ni les dépenses qu’il fit pour les placer dans des maisons de piété , et la patience qu’il eut à supporter leurs rechutes.
11 porta sa pensée à secourir aussi ses paroissiens dans leurs besoins corporels, et c’est en cela qu’il fit voir la grandeur de sa charité et de son zèle autant qu’en tout le reste : car on ne saurait rapporter tout ce qu il a fait pour tous les pauvres, mais principalement pour les pauvres honteux. Il prenait connaissance de leurs nécessités par les visites générales et particulières qu’il leur faisait rendre, et qu’il leur lendait très souvent en personne ; il les prévenait dans leurs besoins; il leur distribuait libéralement ses revenus et pour leur donner des secours plus abondants, il établit dans sa paroisse une assemblée pour le soulagement des pauvres honteux : plusieurs personnes considérables se trouvaient deux fois le mois à ces assemblées , et pourvoyaient ensuite avec un ordre admirable aux besoins des pauvres filles, selon les règles que M. Olier leur avait prescrites.
L’exemple de ces personnes de piété fut suivi de beaucoup d’autres, et on institua de semblables assemblées dans quelques paroisses de la ville.
Quoique tous ces soins extérieurs fussent grands, ils étaient néanmoins peu de chose en comparaison
de l’application intérieure dans laquelle il était presque continuellement pour demander à Dieu les secours nécessaires à ceux qu’il avait sous sa conduite.