‹ Lettres de M. OlierChapitre 160 sur 226 · A LA MÈRE DE SAINT-MICHEL · texte numérisé non relu

A LA MÈRE DE SAINT-MICHEL

Il ia prie de ne lui point cacher ses grâces, n’ayant pas de plus douce consolation depuis la mort de la sœur Marguerite du Saint- Sacrement que de participer à ce que Dieu opéré intérieurement en elle.

[Élé de 1048 (3).]

Ma très chère fille en Dieu,

Quelle joie ne m’avez-vous pas donnée, m’exposant

(1) Antoine Barillon, seigneur de Morangis, était frère du président Barillon et comme lui il paraît avoir été favorable à Port-Royal. ( Mémoires du Père Rapin, t. I, p. 266.) Ce ne serait pas le seul exemple de l'introduction du jansénisme dans la compagnie du Saint-Sacrement, mais la majorité des membres demeura fidèle à l’Église.

(2) Tirée en partie de la Vie de la mère de Saint-Michel, et en partie de la CXLVP des imprimées qui, à la fin du premier alinéa, contient un passage que la mère de Maselli n’a pas cité. M. Tronson en effet avait en main, en 1672, les autographes ou de fidèles copies de ces lettres et ne les prenait pas dans la Vie de la mère de Saint-Michel, qui ne parut que dixsept ans plus tard; mais ni lui, ni l’auteur de la Vie ne citaient intégralement.

(3) La date de cette seconde lettre à la mère de Saint-Michel est donnée

votre intérieur. C’est la sainte liberté que j’avais si longtemps désirée pour vous qui commence à s’expliquer et que je prie Notre-Seigneur vous vouloir maintenir. Que j’aime la bonté de Dieu en vous et que je l’adore avec plaisir! Croyez-vous bien, ma sœur, que j’aime mille fois mieux les dons de notre Tout en vous qu’en moi? Je sens en moi la dilection de votre âme, et je suis rendu, ce me semble, par la présence de l’esprit, en l’état où vous êtes. Ma fille, quelle unité ! qui la pourra raconter? Il faut dire comme notre maître que ce sera au jour de l’éternité que nous la comprendrons. En attendant nous porterons cet état, et nous le goûterons sans le pouvoir exprimer. Je ne puis maintenant vous dire autre chose, sinon que la vie de Dieu nous doit être commune. Nous sommes assis à une même table pour vivre d’un même repas, et il me semble même que nous mangeons d’un même morceau, et que Dieu l’ayant mis dans la bouche de l’un, le fait goûter à l’autre, et en fait ainsi la nourriture de tous les deux. Nous éprouvons par là le soin sensible d’un même Père, qui nous veut tenir unis en sa présence, quoique nous soyons bien éloignés de corps. Si vous manquez à me faire part du festin je m’en plaindrai à notre Père, qui nous transporte sa substance et son aliment sous le signe visible de vos lettres.

Adieu, en attendant le jour de l’unité parfaite, qui nous fera tous un en Jésus-Christ au Ciel, non par voie passagère, mais par état permanent. Gémissons pour l’état imparfait de l’amour et de la charité en cette vie, dont les pures opérations sont si rares et si

approximativement par celle de la mort de la vénérable sœur Marguerite du Saint-Sacrement, arrivée le 26 mai 1648, et dont M. Olier parle comme d'un événement récent.

interrompues. Soupirons après ce beau séjour de l’Agneau immaculé, qui est la demeure des délices éternelles, où par le torrent de volupté qui découlera de Jésus-Christ en nous, nous serons dans un rassasiement sans dégoût, et dans une jouissance parfaite de toutes choses en Dieu.

Savez-vous bien, ma fille, que cette sainte âme carmélite dont je vous parlai à Avignon, que Dieu avait portée en nous du milieu du saint Sacrement, est à présent allée au ciel et ne nous reste plus que cette chère créature qui m’est maintenant toutes choses en Dieu? Je vous prie pour cela ne point épargner à m’ouvrir votre cœur et votre âme qui est maintenant mon unique consolation. Je le dis comme il est et comme je l’expérimente.

Que je suis aise que tout l’égard humain n’ait point trouvé de place en votre cœur pour y faire une impression pénible qui le puisse rétrécir ! Dieu , qui est l’inaltérable, environnant le cœur de l’homme, le met à couvert de tout mal. Vous devez le reconnaître comme celui qui a porté les peines que vous deviez souffrir en votre infirmité, et vous en a mis à l’abri, étant votre bouclier (1).

(T) « Il parle sans cloute, dit la mère de Maselli sur ce passage, de la manière de souffrir une forte contradiction qu’elle eut dans ce temps-là, comme je le conjecture par la date de sa lettre. »

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