‹ Lettres de M. OlierChapitre 169 sur 226 · A MONTPEYROUX · texte numérisé non relu

A MONTPEYROUX

Il lui parle du blocus de Paris et des maux de la guerre civile, l'invite à faire pénitence pour fléchir la colère de Dieu. Il l’engage aussi à s'occuper en son pays de l’œuvre des séminaires destinés à élever dans la religion catholique les enfants des huguenots.

[22 janvier 1649. j

Qui a Dieu a tout.

Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,

Je vous remercie du soin que vous prenez de me faire savoir des nouvelles de votre santé qui nous est si chère et qui nous a tous consolés au dernier point, ayant toujours appréhendé pour les rechutes fréquentes où vous étiez si souvent retombé. Je loue Dieu et le bénis de tout mon cœur de cette grâce, lui en demandant la confirmation.

Nous voudrions être en état d’accomplir le vœu que nous devons pour vous à saint François de Paule (2) ; mais nous en sommes retenus par les soldats qui nous assiègent de toutes parts, ce qui nous met encore dans la crainte de ne vous pouvoir espérer sitôt auprès de nous. Mais il faut que les fléaux de Dieu soient

(1) Sur l’autographe : c’est la CLXXIXe des imprimées.

(2) Le blocus de Paris , commencé par l’armée du roi le 7 janvier, empêchait les communications avec Cliaiilot où se trouvait le couvent des Minimes etleur église dédiée àNotre-Dame de Toutes-Grâces. M. Olier et ses disciples témoignaient une dévotion particulière à ce sanctuaire et à saint François de Paule, qui avait fait honorer la sainte Vierge sous ce nom. Héritier de leur esprit, M. Émery, en 1807, donna le même titre à une petite chapelle qui existe encore au séminaire d’Issy. (Vie de M. Émery, t. Il, p. 137.)

entiers et que les privations ordonnées par sa justice sur nous, pour nous tenir en désolation, s’accomplissent.

Vous aurez, pendant ce temps-là, le loisir et la liberté de faire les œuvres de Dieu qui se présentent en vos quartiers, entre autres celle des séminaires des huguenots dont il vous plaira de prendre toujours les mesures. En attendant que passent ces mauvais temps, qui sans doute nuiront beaucoup aux bonnes œuvres et reculeront beaucoup de saintes entreprises pour Dieu, ce qui doit être mis au rang des vengeances du ciel qui nous punit de nos négligences et des retardements à la fidélité de son œuvre. C’est ainsi que Dieu dira au jour du jugement et de ses colères : Væ præ>gnantibus; malheur dessus les femmes grosses et dessus les personnes qui ne se sont pas hâtées et diligentées dans l’ouvrage de la piété, pour accomplir les desseins qui leur étaient commis.

Monsieur, faites pénitence en esprit pour nos maux, gémissez pour nos offenses et pour celles de Paris qui est menacé, aussi bien que toute la France, de ressentir les effets des justices qu’elle a méritées depuis de si longues années, où Dieu ne lui avait montré les verges que de loin et les avait tenues hors le royaume, et maintenant les fait sentir au dedans de lui-même. Oh! que la longanimité de Dieu est adorable, que sa justice est douce et paisible longtemps! Appréhendons le temps de sa fureur et de son zèle.

Adieu, mon cher Monsieur; j’ai laissé à M.de Poussé à vous satisfaire pour les choses que vous lui mandez. Priez pour tous vos petits frères et en particulier pour M. de Queylus votre très cher ami, que Notre-Seigneur bénit de ses saintes bénédictions en la conduite de la

maison de la communauté des prêtres; tous vous sont très intimes et moi plus que tous en Notre-Seigneur, mon très cher Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Olier.

A Saint-Sulpice, ce 22 janvier 1649.

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