A M. PIERRE COUDERC, CURÉ A CLERMONT-LODÈVE
Après lui avoir tracé la conduite à tenir dans la circonstance délicate où il se trouve, il l’encourage à souffrir sans retour sur lui-
nièine tout ce qu’il plait à Dieu d’ordonner.
[8 octobre 1619.]
Qui a Jésus a tout.
Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,
J’ai reçu un avis de messeigneurs les prélats par la voie de M. de Parlages, qui me paraît extrêmement
(1) Sur l'autographe que la CCXIXe des imprimées reproduit en partie.
(2) Pierre Couderc était né à Toulouse, où, après des études convenables, il fut fait docteur en théologie. 11 entra au séminaire de Saint-Sulpice
saint. J’avais eu toujours cette pensée dans l’abord, mais y ayant trouvé quelque résistance, je me laissai aller aux voies communes, qui est qu’en vous retirant de Clermont vous résignassiez votre cure à un de nos bons prêtres et confrères. Mais comme à présent on a goûté, comme l’on doit, le sentiment de messeigneurs les évêques, qui jugent plus à propos de vous démettre de la cure de Clermont purement et simplement entre les mains de Mgr de Lodève, afin qu’il en dispose en faveur de qui il lui plaira, qui ayant l’esprit de Dieu fera le choix selon sa pure sagesse, il sera plus utile pour Dieu, plus avantageux pour l’église de Clermont et plus respectueux à la dignité de messeigneurs les prélats, de qui nous devons honorer les sentiments avec tout respect et nous y soumettre avec parfaite joie. M. Rebours pourra vous accompagner à Magnac et préparer avec vous l’établissement de la communauté qui sera bien utile pour ce grand et vaste diocèse de Limoges. In hoc veni ut eatis et fructum afferatiset fructus v ester maneat. Il faut suivre l’esprit et la conduite de Jésus-Christ Notre-Seigneur sur ses disciples qu’il envoyait de lieu en lieu faire le fruit dont
en 1645, étant déjà prêtre, et dès lors M. Olier ne fit pas difficulté de lui donner la direction des séminaristes de première année qui furent placés a ^ augirard. En quittant Clermont-Lodève il se rendit à Magnac, en Limousin, où, comme on va le voir, il jeta les fondements de la communauté que le marquis de Fénelon voulait y établir. Rappelé à Saint-Sulpice à l’occasion de la mission que le P. Eudes y prêcha en 1651, il travailla quelque temps à la communauté. Après avoir gouverné pendant deux ans le séminaire de Clermont, en Auvergne, il futrappelé vers la lin de 1658 à Paris, par M. de Bretonvilliers, qui le donna pour vicaire à M. de Poussé, nouveau curé de Saint-Sulpice. Il remplissait encore ces fonctions quand l'archevêque de Paris le chargea de réformer la communauté des missionnaires du Mont-Valérien. Il en fut supérieur pendant six ans. Il mourut à la communauté de Saint-Sulpice, le 25 mai 1674, et le lendemain son corps fut transporté au Mont-Valérien. (Vie de M. Olier , t. III, p. 276.)
la vertu se conservait et se dilatait dans les âmes.
Adieu, mon cher Monsieur, laissons-nous aux ordres de Dieu, adorons sa divine Providence et la pureté de sa conduite ; ne pensons point à nous ni aux voies que nous préméditons, soyons à l’Esprit-Saint qui a conduit les saints apôtres de Jésus-Christ en sa sagesse et non la leur. Ubi erat impetus spiritus Mue gradiebantur, nec revertebantur cum incederent. Mon cher frère, qu’aisément on fait retour sur soi et qu’on laisse entrer des lumières de sagesse mondaine, qui font reculer quand on marche et qui empêchent le progrès et l’avancement dans les voies de Dieu! Mon cher enfant, j’ai été bien consolé de voir les vôtres toujours pleines de maximes de la croix et du saint Évangile, remplies de soumission et d’abandon à Dieu. C’est une prévention de l’Esprit divin qui vous a prémuni contre toute malice. Mon cher enfant, continuez et le bon Dieu sera votre tout et votre plénitude. Adieu, c’est le pauvre et très indigne curé de Saint-Sulpice.
Olier.
Ce jour de Sainte-Brigitte.