A M. DU BOSQUET, ÉVÊQUE DE LODÈVE
Après avoir rappelé ce qui s’est passé ii Clermont-Lodève, et réprouvé tout ce qui aurait pu se faire contre le respect et l’autorité du prélat, il fait en son nom et au nom de sa Compagnie la protestation la plus formelle d'obéissance et de vénération pour la dignité épiscopale.
[Vers le 8 octobre 1049.]
Monseigneur,
Étant entré dans votre diocèse par le commande-
(1 et 2) Sur l’autographe reproduit dans la Vie de M. Olier, t. III, p. 261.
ment de Mgr votre prédécesseur, et M. Couderc, en qui j’avais désiré continuer mes obéissances à votre personne, ayant été agréé de vous dans les commencements, j’avais été ravi non seulement de l’y conserver, mais même de le faire subsister avec quelques autres sujets, pour votre plus grande satisfaction. Mais maintenant que j’ai vu qu’il n’a pu mériter la continuation de vos grâces, je lui ai mandé de se démettre de son bénéfice, lui faisant connaître qu’il n’était pas juste d’être dans la maison d’un maître sans son agrément, et qu’il ne pouvait espérer aucune bénédiction qu’en l’union de votre charité. C’est sur ce fondement et cette maxime qu’est établie la maison de Saint-Sulpice, qui ne se réserve autre droit sur les sujets qui en sortent par la vocation de messeigneurs les prélats, que de leur faire toujours connaître la dépendance absolue qu’ils doivent avoir de messieurs les évêques et les reprendre de toute leur force s’ils y avaient manqué.
C’est pourquoi, Monseigneur, croyez que dans la douleur que je souffre de voir un des sujets de la maison indigne de votre affection, je ressens cette joie de faire le sacrifice entier de ce bénéfice pour donner ce témoignage, dans un de nos premiers établissements, que les sujets de la maison n’ont point de vie, d’intérêt ni de conduite qu’en l’obéissance des messieurs les prélats qui nous peuvent appeler et renvoyer quand ils veulent; et que la maison fait profes-
— François du Bosquet, né à Narbonne le 28 mai 1605, fut d’abord intendant de Guienne et puis de Languedoc. Entré dans l’état ecclésiastique, il ne tarda pas à être nommé à l’évêché de Lodève dont il prit possession le jour de l’Épiphanie 1649. Il devint évêque de Montpellier en 1657, et mourut dans cette ville le 24 juillet 1676.
sion de ne rien etre ni posséder qu’en leur pure et simple dépendance.
L oeuvre de Dieu est trop juste et trop pure pour causer jamais rien d’incommode et contraire à la simplicité et la justice de l’Évangile. C’est en lui que nous avons fondé notre maison pour le service de l’Église, et si je savais que jamais rien qui sortira de Saint-Sulpice dût choquer ses ordres ou appuyer le violement de leurs respects, je demanderais que la maison de Saint-Sulpice fût détruite et devint un anathème public à la face de tout le monde. Et c’est pour ce sujet, Monseigneur, que j’ajoute à la première lettre que j’ai eu l’honneur de vous écrire, et dont je n’ai pas mérité de réponse, une prière à M. Couderc par-dessus celle que je lui fis, il y a six semaines, de se démettre de son bénéfice, pour vous satisfaire, entre les mains de quelque autre sujet qui eût été instruit et élevé dans les maximes de pureté et sainteté comme il en faut à cette charge, et qui pût maintenir l’ordre et le peu de fruit qui s’était fait dans la ville et duquel on eût pu rendre des témoignages de sa fidélité. Cette seconde prière que je fais à M. Couderc, c’est qu’il lui plaise se démettre purement et simplement de son bénéfice entre vos mains, pour en disposer en faveur de qui il vous plaira, à cause que j’ai appris qu’il s’était passé quelque émotion et quelque mutinerie dans la ville de Clermont contre votre obéissance. Nous ne sommes ni pour violer les respects dus aux saints prélats ni pour les approuver, ou souffrir qu’à notre occasion rien de pareil se passe où nous serons présents. Si propter nos exorta est tempestas dejiciamxir in mare. Il vaut bien mieux qu’on ne nous voie jamais et qu’on n’entende plus parler de nous, qu’il soit dit qu’à notre occasion
rien de semblable soit arrivé; ou même qu’il se soit pu faire quelque chose pour le désapprouver et que nous ne l’ayons pas fait. Je suis bien aise qu’on voie l’horreur que nous avons de pareilles conduites et que pour cela nous ne voulons pas qu’il y ait rien de reste de nous qui soit présent à ces lieux, pour les obliger de penser à leur faute. Bien loin d’entrer dans leur parti nous détestons ces choses et voulons témoigner l’horreur que nous en avons.
S’il y avait quelque chose au delà de l’anathème et de l’exécration, avec le propre sacrifice, pour détester et condamner cela, j’en userais. Il me suffit, Monseigneur, que nous faisons tout ce que nous pouvons pour vous témoigner combien nous honorons la dignité épiscopale en votre personne, et tâchons en tout de vous témoigner nos respects et nos obéissances. Si nous eussions pu avoir l’honneur de recevoir vos ordres et qu’il vous eût plu par un mot de lettre nous honorer de vos commandements, ou témoigner à quelqu’un des vôtres pour nous faire savoir ce que vous désiriez de nous, je vous aurais témoigné ponctuellement mon obéissance, qui, Monseigneur, est telle que je vous puis dire en vérité que vous n’avez pas un plus humble, plus fidèle et plus obéissant serviteur.
Olier.