A LA MÈRE DE SAINT-MICHEL, A AVIGNON
Il lui rappelle que c’est par bonté et par miséricorde que Dieu laisse à l’ame les malignes inclinations de la chair et qu’il faut se perdre en Jésus Christ pour y résister. Il l’encourage à se laisser mépriser sans dire un mot de plainte.
[Derniers mois de 1649 (2).]
Ma très chère fille en Dieu notre tout,
J’ai reçu tant de joie intérieure à la vue de la vôtre, soit pour la manière simple et candide, que pour l’état de votre cœur que je vois tel que j’avais souhaité et demandé à Dieu pour vous, que j’ai tout quitté pour me dérober le moment de cette réponse précipitée.
0 ma tille, que l’opération divine est souhaitable au milieu des opérations de l’amour-propre, et qu’il est doux d’éprouver la miséricorde immense de l’Esprit agissant dans un fond de misère comme le nôtre, et qui ne dédaigne point d’habiter et de vivre dans un lieu si indigne de lui! Que les suavités et les recueillements me sont à charge, importuns, suspects qui abîment la chair dans la paix et la joie ! Que j’aime l’opération intime , pure et sainte de l’esprit qui, nourrissant notre âme et la vivifiant dans la paix, laisse la chair rebelle et inquiète en sa malignité et en ses élévations impures! 0 trésor
(1) Tirée de la Vie de la Mère de Saint-Michel, p. 647 du recueil. C’est la dernière lettre de M. Olier que la mère de Mazelli nous ait conservée. Il est vraisemblable cependant que cette pieuse correspondance ne finit pas avec cette lettre.
(2) La date est donnée approximativement par le dernier paragraphe si, comme cela paraît vraisemblable, il se rapporte au dur traitement que l’archevêque Dominique Marini fit à la mère de Saint-Michel en arrivant dans son diocèse.
adorable de l’esprit dans ces vases de boue ! Attendons, avec l’impatience que l’ardeur de l’esprit nous permet, le moment de notre liberté où, affranchis de cette chair impure, nous n’aurons plus d’ennemis domestiques opposés à Dieu qui nous assiègent de contradictions pour son service et ses inclinations.
En attendant, humilions nos cœurs de tout ce que nous sommes par le péché et par l’impureté de notre chair maligne, qui est ce que nous sommes et le partage qui est nôtre en l’œuvre de notre salut. Dieu la laisse en nous par sa bonté , clémence , amour et miséricorde. Il veut être le compagnon de notre pèlerinage faisant lui-même ce qu’il nous enseigne en l’Évangile : Si ton compagnon se moque de toi dans le chemin, fais encore mille pas avec lui. Je le prie qu’il soit notre unique voie en cette vie, notre viatique pour l’autre et notre consommation éternelle. Il faut qu’il commence en notre fond cette consommation présentement, en attendant l’éternelle du ciel, à laquelle j’aspire pour posséder le tout, avec celle qui en lui m’est toute chère en terre.
Pour votre affaire tout ce que je puis vous en dire, ma très chère sœur, c’est que vous savez quelle doit être la vie et la conduite d’une âme anéantie en Notre-Seigneur.'Jésus-Christ, vous savez comme elle se doit perdre et cacher en tout, et que rien ne doit paraître de ces recherches d’Adam. Orna fille, anéantissement perpétuel et oubli de tout intérêt propre et de toute recherche. Il se faut laisser mépriser de tous, laissant à Dieu à révéler notre justice ou la sienne dans nous. Laissons, ma fille, à Dieu à éclaircir le tort des autres et jamais ne servons d’instruments à cela. Je vous prie, pour l’amour de Jésus-Christ en nous, que rien ne sorte
de vous que cette parfaite charité du divin Maître qui vit dedans les saints du ciel, après les avoir possédés en terre.