‹ Lettres de M. OlierChapitre 185 sur 226 · LETTRE CLX · texte numérisé non relu

LETTRE CLX

A M. PIERRE COCJDERC, A MAGNAC.

Il lui recommande la modération dans le travail et la discrétion dans le choix de ses collaborateurs.

[Premiers mois de 1630.]

Qui a Dieu a tout.

Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,

Je me réjouis de l’établissement de la communauté de Magnac à laquelle je bénis Dieu de vous avoir employé pour sa gloire; ce qui m’a fait souffrir patiemment votre absence et le délai de votre retour, lequel j’attends immédiatement après Pâques, et je vous prie de ne point différer. Et pour le sujet de Toulouse ne vous en mettez pas en peine, car je viens de recevoir une lettre de M. du Ferrier qui fait état de s’y en aller pour donner le commencement au séminaire que Monseigneur prétend y établir (3). Je loue et bénis Dieu de sa divine Providence qui fait tout avec suavité.

Je vous dois avertir par avance de votre carême,

(1) Ce n’était pas là, sous la plume M. Olier, une simple formule de politesse; c’était l’expression d’un sentiment qui venait du cœur et dont toute celte lettre témoigne.

(2) Sur l’autographe.

(3) Malgré le désir qu’avait M. Olier d’aider l’archevêque de Toulouse dans la fondation de son séminaire, tout ce que put faire M. du Ferrier fut de proposer au prélat d'accepter les services de M. Raymond Bonal, qui avait fondé à Villefrauche de Rouergue une petite congrégation vouée à la formation des clercs. ( Vie de M. Olier, t. III, p. 365.)

que vous preniez bien garde à ne point travailler jusqu’au bout de vos forces, car peut-être serait-ce pour la dernière fois, tant ces excès sont périlleux. Il ne faut pas suivre le zèle et la ferveur qui se donne, comme dit saint Pierre, pour l’ordinaire par tentation, laquelle n’aboutit qu’à ruiner les serviteurs de Dieu. 11 nous faut conserver pour la grande mission qui se doit faire l’année qui vient, à la paroisse, pendant le jubilé, où nous aurons le soin de tous nos ouvriers qui seront toujours en petit nombre dedans cette œuvre.

Pour le regard de votre communauté, examinez bien les sujets qui y doivent entrer, car il n’en faudrait qu’un pour tout décourager en ces commencements; nous avons ici deux sujets, et un entre autres, bien formés, qui se nomment MM. Lester (1) etDunoyer. Pour M. d’Aulberoche, il est embarrassé en procès, ce

(1) François Lester était déjà prêtre quand il entra au séminaire de Saint-Sulpice, le 14 juin 1659. Martial Dunoyer, qui entra deux mois plus tard, était prêtre aussi, et même curé de Saint-Girard-1’ Accusé. Ce fut lui, selon toutes les apparences, qui, au départ de M. Couderc, fut mis à la tête de la maison ; il en était le supérieur en 1664 et, en cette qualité, il accepta la donation que le marquis de Fénelon fit alors en faveur du séminaire de Magnac. L’historien du collège Magnac-Laval, qui a vu dans cette pièce que Martial Dunoyer la signa, à Paris , à la communauté des prêtres de Saint-Sulpice, en a conclu que cet ecclésiastique appartenait à la compagnie de ce nom, mais c’est à tort. Les disciples de M. Olier firent à Magnac ce qu’ils faisaient alors à peu près partout; ils jetaient les fondements des œuvres et les confiaient ensuite à des prêtres du pays qui les continuaient, tandis qu’eux-mêmes allaient travailler ailleurs où il y avait plus grand besoin de secours. Martial Dunoyer n’a jamais fait partie de la congrégation de Saint-Sulpice. Quant à M. Élie d’Aulheroche, il entra au séminaire de Saint-Sulpice, un an avant ses deux compatriotes, et il en était déjà sorti depuis quelque temps lorsque M. Olier écrivit sa lettre. Ilne paraît pas s’être joint à M. Couderc. M. Lester, au contraire, dut se consacrer à l’œuvre du séminaire de Magnac, et donner ses livres à la bibliothèque de l’établissement où on en conserve encore une partie. t. i. 32

qui lui nuit entièrement; ce qui est grand dommage, étant le neveu du curé. Peut-être Dieu se réserve à lui faire grâce dessus les lieux et dans le temps du travail; mais, pour vous en dire ma pensée, il est peu intérieur et prend très peu de soin à s’établir dans les vertus et à se faire violence, surtout dedans ses intérêts où je crains qu’il ne soit bien fort attaché.

Faites, mon très cher frère, l’œuvre de notre Maître comme un ouvrier inconfusible , attendez ce qu’il promet à la persévérance. C’est ce que je désire de tout mon cœur pour vous que j’attends avec grande affection, pour me conjouir de vos travaux et pour m’en consoler avec vous. Ils sont présentement comme s’ils n’avaient point été, et l’attente du ciel ne finira jamais. Adieu, mon très cher frère en Notre-Seigneur, vous me croyez bien tout à vous en Jésus-Christ.

Olier, ind. curé de Saint-Sulpice.

Tous les frères vous embrassent par avance et vous disent: Venicito.

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