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CHAPITRE XVII

M. OLIER SOUFFRE AVEC BEAUCOUP DE COURAGE ET DE DOUCEUR UNE GRANDE PERSÉCUTION QUI EST SUIVIE DE GRANDS FRUITS DANS LA PAROISSE.

A peine cette affaire était-elle consommée (1), qu’il survint à notre saint prêtre de nouvelles croix plus grandes que les précédentes. Quelques personnes, dont les unes étaient fâchées que leurs dérèglements fussent corrigés par leur pasteur, et les autres désiraient que la cure de Saint-Sulpice tombât entre les mains de quelqu’un de leurs parents, firent en sorte que celui qui avait tant pressé M, Olier de le décharger de cette cure, y voulût rentrer, prétendant que le bénéfice qu’on lui avait donné à la place n’était pas de la qualité ni du revenu qu’on lui avait fait croire.

Des personnes séditieuses ayant répandu ce bruit parmi la populace, et s’étant écriées qu’on faisait injustice à leur ancien curé, elles suscitèrent des misérables qui, s’étant armés de tout ce qu’ils trouvaient sous leurs mains, vinrent en troupe à la chambre de l’homme de Dieu, l’en tirèrent avec violence, mirent son surplis en pièces, le chargèrent lui- même de coups, et lui tenant le pistolet dans les reins, le traînèrent honteusement au milieu de la rue, où ils ne le laissèrent en vie que pour aller profiter du pillage que

(1) L’autorisation du séminaire de Saint-Sulpice par l’abbé de Saint- Germain eut lieu le 23 octobre 1645; elle ne précéda pas, mais suivit la persécution dont il est parlé ici et qui commença le 2 juin de la même année et dura quarante jours.

les autres séditieux faisaient dans la maison presby-

térale.

Quelques-uns de ses amis, pour le mettre en sûreté, l’obligèrent à se retirer au palais d’Orléans.

Cependant l’affaire ayant été portée au parlement, il fut aussitôt rétabli par arrêt dans la jouissance de sa cure. Mais le même jour de ce rétablissement, les séditieux recommencèrent leurs violences, s’efforcèrent de rompre les portes du presbytère, d’en escalader les murs et d’y mettre le feu : et leur fureur fut si grande qu’elle ne put être arrêtée que par la force de quelques compagnies du régiment des gardes, que la reine eut la bonté d’y envoyer.

Enfin, au bout de quarante jours, cette bourrasque s’apaisa par la facilité qu’eut M. Olier à donner beaucoup plus qu’on ne lui avait demandé.

Dans tout ce temps de persécution, la paix de son cœur ne fut nullement troublée : il ne témoigna à ceux qui le chargeaient de coups qu’une extrême douceur, et une charité sans exemple.

Lorsqu’il apprit qu’on voulait châtier les séditieux et en faire une punition exemplaire , il employa tout son crédit pour les en exempter, l’ejetant la faute sur lui-même : et enfin il se trouva dans un si grand calme, au milieu de tant de tempêtes, qu’étant entré dans Notre-Dame en allant solliciter ses juges, il s’y arrêta pendant deux heures, et demeura tout ce tempslà comme immobile en oraison .

Il est vrai que cette persécution ne lui était pas imprévue : Dieu l’avait préparé à ce coup longtemps auparavant, lui ayant fait connaître, lorsqu’il entra dans la cure, qu’il en serait chassé honteusement avant que trois ans s’écoulassent. Un ecclésiastique même de sa

communauté l’avait apprise, six mois avant quelle arrivât, de deux personnes à qui Dieu l’avait manifestée, et M. Olier avait dit à quelques-uns de ses prêtres qu’il fallait se disposer à une grande croix que Notre- Seigneur devait envoyer.

Dieu ne laissa pas sans récompense les travaux et les souffrances de ce serviteur; car pour les injures atroces et les calomnies qu’on avait vomies contre lui, il lui donna l’estime et l’approbation générale de tous les paroissiens; parce qu’il n’avait pas voulu écouter ceux qui le portaient à quitter une cure qui lui donnait tant de fatigues, il le récompensa d’une force si grande et d’une si parfaite santé, qu il fit ensuite plus de choses en un jour, qu’auparavant il n’en avait pu faire en plusieurs; et à cause qu’il n’avait point voulu tirer de vengeance de toutes les violences qu on lui avait faites, la justice divine lui en fit faire raison, soit en obligeant plusieurs de ses persécuteurs à publier ses vertus, soit en punissant les autres par de teiribles châtiments.

Quand il se vit délivré de cette persécution , il profita de la paix dont il jouissait et de la confiance qu avaient en lui les personnes les plus considérables de sa paroisse, pour y établir le bon ordre et pour porter son cher peuple à la vertu, et pour conduire à une haute et solide perfection des âmes choisies que Dieu lui adressait. En effet il gagna tellement à Notre-Seigneur des personnes de toute condition , des magistrats, des seigneurs de la cour et des dames de la plus grande qualité, qu’on les voyait tous les jours s appliquer à l’oraison mentale et à la lecture spirituelle, avoir une heure réglée pour visiter chaque semaine le très saint sacrement à la paroisse, prendre un soin

exact cle leurs domestiques pour le temporel et pour le spirituel, régler leur table et leur train selon les lois d’une modestie chrétienne, travailler à accommoder les différends de leurs quartiers, et se donner aux œuvres de charité avec tant de zèle et d’abnégation d’euxmêmes, que visitant les malades et les pauvres, ils leur rendaient des services très abjects, et se portaient par une générosité chrétienne à des actions pour lesquelles l’inclination de la nature leur donnait une extrême répugnance.

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