CHAPITRE XVIII
CE qu’il fit durant les guerres de paris pour soulager LES PAUVRES, POUR RETIRER LES FILLES DU DANGER DE SE PERDRE, ET POUR LE BIEN DES RELI¬ GIEUSES DE LA CAMPAGNE QUI SE RÉFUGIAIENT A PA¬ RIS.
Ayant travaillé si utilement pendant quelques années depuis son rétablissement, les troubles de Paris survinrent, où, quoique toute la ville fût émue, on ne vit point néanmoins de barricade dans le faubourg Saint-Germain, comme il y en avait en plusieurs autres quartiers, les habitants de la paroisse de Saint- Sulpice faisant voir alors par leur soumission , et par leur fidélité au service du roi, combien ils avaient profité dans la solide piété par les instructions de eur saint pasteur.
Ce fut dans ce temps de guerre et de famine que M. Olier fit paraître plus que jamais sa confiance en Dieu, sa charité pour les pauvres, son zèle ardent
pour le bien de l’État, en un mot toutes ses vertus. Après avoir adoré la justice divine, et s y etre soumis avec une parfaite résignation, il commença de faire chaque jour des austérités extraordinaires pour apaiser la colère de Dieu ; il exhorta puissamment ses peuples à la pénitence ; il les assembla tous les soirs devant le très saint sacrement pour demander miséricorde à Notre-Seïgneur, et lui-même passait souvent les nuits en prière devant le tabernacle. Enfin il ouvrit son cœur et ses mains à tous les pauvres , mais avec tant de tendresse et de profusion, que s’il paraissait très libéral dans les autres temps, il passait pour prodigue dans celui-ci.
Quoique le nombre des pauvres crût tous les jours, jamais il ne se lassa de les assister. Il leur faisait distribuer du pain, du potage, du bois, du charbon, du linge, des habits, des outils : il les faisait continuellement visiter par un prêtre du séminaire qui acheva sa vie dans ce travail : il employait aussi en ces visites un laïque de grande pieté, et ces deux personnes allaient ensemble pour en même temps pourvoir à tous leurs besoins tant corporels que spirituels : il fit faire encore plusieurs visites générales de toutes les pauvres familles où en chaque visite on distribua près de deux mille livres.
Ces aumônes et celles de ses paroissiens ne suffisant point à tant de nécessités, il chercha hors de Paris de nouveaux secours à ses pauvres ouailles. Il fut à Saint- Germain en Laye où était la cour pour y^ faire une quête et y fut même à pied, quoiqu’on ne pût sortir de la ville sans un extrême péril, et que les chemins fussent si couverts de neige qu’on y enfonçait souvent jusqu’à la ceinture. Dieu bénit le zèle qui l’animait, et
Payant préservé de plusieurs accidents, il se rendit à sa paroisse à laquelle il apporta une aumône considérable.
La charité de ce bon pasteur ne se borna pas au soulagement de ses paroissiens, elle s’étendit encore à tous ceux qui venaient de la campagne se réfugier dans le faubourg. Allant un jour par les rues, il rencontra une jeune fdle qui lui demanda l’aumône, et qui lui fit connaître qu’elle était venue à Paris pour mettre son honneur et sa vie en sûreté; après lui avoir donné l’aumône il fit réflexion au péril où elle était, et où se trouvaient beaucoup d’autres de sa sorte, et prit résolution, quoiqu’on lui remontrât la difficulté extrême de cette nouvelle entreprise, d’assembler toutes les pauvres filles qui venaient de la campagne, pour les tirer de danger. Il loua pour ce sujet une maison où il en retira plus de deux cents, il les y nourrit tant que les troubles durèrent ; et ayant autant de soin de leurs âmes que de leurs corps, il leur fit faire une mission pour les instruire des principaux devoirs du christianisme, et leur apprendre à bien user de leurs misères.
Il eut la même charité pour un grand nombre de religieuses de différents ordres qu’il fit vivre en communauté dans une maison qu’il leur avait louée, et à qui il fit observer une règle commune, autant que la diversité de leurs instituts le pouvait permettre, pour empêcher que le commerce du monde ne leur fit perdre l’esprit de leur vocation, et il les pourvut, tant pour le temporel que pour le spirituel, de tout ce qui était nécessaire pour établir un bon ordre dans la maison.
Il prit aussi soin de plusieurs Anglais et Irlandais qui s étaient retirés en France, et dont il y avait bon
nombre dans le faubourg. Enfin rien n’échappa à sa charité, et jamais elle ne dit : c’est assez. Et pour satisfaire à ceux qui lui représentaient l’impuissance où il était de fournir à tant de choses, il répondait que, dans les affaires qui étaient de la volonté de Dieu et qui regardaient le soulagement du prochain , il n’y avait qu’à commencer, et que la Providence ne manquait point à ceux qui avaient confiance à son secours.