‹ Lettres de M. OlierChapitre 193 sur 226 · TRÈS PROBABLEMENT AU MARQUIS DE FÉNELON · texte numérisé non relu

TRÈS PROBABLEMENT AU MARQUIS DE FÉNELON

Il le console sur la mort de sa femme et lui suggéré les sentiments dans lesquels il doit entrer à cette occasion.

[Été de 1650.]

Mon cher enfant,

Jésus-Christ notre maître, et le Dieu de sa créature,

(1) Catherine de Montberon, que le marquis de Fénelon avait épousée à cause de sa piété et de ses rares qualités, mourut sur la paroisse Saint- Sulpice durant 1 été de 1650. Elle laissait un fils âgé de moins de deux ans , et une fille à la naissance de laquelle elle ne survécut que peu de jours.

(2) C’était la CCXXVe des imprimées.

(3) On vient de voir à la fin de la lettre précédente que M. Olier allait

a retiré à lui ce qu’il n’a pu laisser plus longtemps sur la terre. 11 retient en dépôt dans son sein ce que le monde ne méritait pas de posséder, et qu’il vous veut faire espérer de vous redonner avec la jouissance de lui-même. Vous êtes heureux que la nécessité de votre amour vous attache maintenant à Dieu, et que la bonté de ce maître ait trouvé ce moyen de sanctifier votre cœur, qui vivant au lieu où est son trésor, ne vivra plus et n’aura plus de joie que pour le Ciel. Quelle consolation, mon cher frère, que cette créature, qui malgré elle attachait votre cœur à la terre, vous attire maintenant avec elle en Dieu, et vous y élève, en s’élevant dans la gloire !

C’est là le sentiment secret que Jésus-Christ Notre- Seigneur insinuait à sainte Madeleine qui voulait l’embrasser, et lui rendre les témoignages sensibles de son amour, selon l’état de sa condition mortelle. Après lui avoir refusé ses caresses et ses embrassements , il lui dit : Je ne suis pas encore monté à mon Père : lui apprenant qu elle attendît au temps qu’il serait élevé dans le sein de Dieu où il voulait monter, afin d’y attirer son cœur, et ne lui laisser plus aucun sujet de s’arrêter au monde, ni à ce qui parait de la créature sensible. Mon cher enfant, votre Madeleine est allée au sein de Dieu, où elle vit pour vous, et où elle attire votre cœur, sachant qu’elle n’y peut être trop aimée. Elle est maintenant plus en Dieu, et Dieu est plus en

écrire au marquis de Fénelon pour le consoler sur la mort de sa femme. Il est tout à fait vraisemblable que c’est ici la lettre qu’il lui adressa. Le titre de cher enfant qu’il donne, au moins dans le courant de la lettre, à celui à qui il écrit, le portrait qu’il y trace de la défunte, les conseils de perfection qu'il y donne, tout semble indiquer que M. Olier parle à ce cher disciple qu’il avait désabusé des vanités du monde et gagné à Jésus- Christ. {Vie de M. Olier, t. II, p. 248 et suiv.)

elle, qu’elle n’est en elle-même : si bien qu’en l’aimant, vous n’aimerez plus que Dieu.

Laissez-vous aux desseins de Dieu, et abandonnezvous de nouveau à sa sainte conduite, pour être ce qu’il voudra. Le sage ignore les voies des oiseaux dans 1 air, et vous ignorez encore plus les voies de Dieu sur vous, et les desseins sacrés qu’il cache dans son sein . Adorez-les, je vous supplie, et donnez-vous à lui pour y entrer sans les connaître, jusqu’à ce qu’il vous fasse l’honneur de vous les découvrir. N’ètes-vous pas heureux d’ignorer la volonté de Dieu dans une chose, pour vous sacrifier à tout, et pour embrasser avec amour tout ce qu’il peut, demander en général de sa plus chère créature?

Soyez perdu en Dieu par amour et par grâce, comme votre chère moitié est déjà perdue et consommée dans sa gloire. Portez désormais en pénitence votre corps, qui vous retient encore au monde, et qui empêche votre entière et parfaite consommation en Dieu. Je suis à vous, mon cher enfant, pour vous aider à finir et à achever le sacrifice que vous avez commencé. De bon cœur je vous jetterais dans la fournaise qui vous doit consommer, et qui vous doit réduire dans le rien de vous-même, pour vous faire être uniquement à ce souverain Maître.

Je prie Notre-Seigneur qu’il accomplisse sa prière sur nous, qui est de nous voir tous un avec lui dans son Père. C’est en sa charité, qui est le commencement de ce bien, et qui me fait être tout à vous, que je me dis de toute ma volonté, votre tout acquis et obligé en Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Page 1