‹ Lettres de M. OlierChapitre 194 sur 226 · A MADEMOISELLE DE PORTES, A MOULINS · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE PORTES, A MOULINS

Il lui dit ce qu’il a fait pour obtenir sa guérison, lui parle de l’édifiante mort de Mmc de Fénelon et l’exhorte à user saintement de la vie que Dieu lui a comme donnée de nouveau (2).

[1er septembre 1650.]

Qui a Dieu a tovt.

Ma très chère fille en Notre-Seigneur,

J’ai reçu la vôtre avec beaucoup de joie, vous voyant par elle en la disposition d’user utilement de la vie que la bonté de Dieu vous a redonnée. Autant que je pourrai vous y aider en sa grâce, vous êtes bien assurée que je le ferai, car vous êtes en la terre une des choses les plus chères que j’y saurais avoir, et pour quoi notre divin Maître me donne plus de soin et plus d’application.

Je vous dirai-même que tout hier, en l’oraison, j’étais rempli de vous en la présence de Notre-Seigneur, devant que j’eusse reçu la vôtre, et me sentais chargé de vous servir et vous aider avec soin ; et si j’ose ici ajouter en confiance à ma fille ce qui se passa dans la nouvelle de son extrême maladie, telle qu’on me la manda, où je croyais tout déploré, je vous dirai que je fus à mon recours ordinaire, la sainte Vierge, notre divine protectrice, lui témoigner l’affliction de mon cœur sur votre chère personne ne croyant pas qu’elle eût encore

(1) Sur l’autographe.

(2) L’historien de Mme de Montmorency parle assez longuement de cette grave maladie de la jeune marquise et de la désolation qu’en ressentit la pieuse duchesse (t. II, p. 102).

accompli les desseins du grand Maître. Je fis un vœu, pour une année, de faire une dévotion à cette sainte maîtresse qui me promit votre retour à la santé ; ce qui me rendit si joyeux que je m’en vins aussitôt assurer ceux qui avaient su ma douleur et mon affliction, dont je reçus à peu de temps de là des espérances par la lettre de Mmo de Vilcerain (1).

Et chose étrange, que jamais je ne fus porté ni ne pus me résoudre de faire autant pour notre chère fille, Mme de Fénelon, qui est honorée comme une sainte à présent, par un concours merveilleux de peuples qui visitent son corps; telle est forte l’impression que Dieu a mise dans les cœurs de sa vraie piété et sainteté. Je vous en envoie une marque, qui est la copie d’une lettre qu’elle écrivait en pleine santé à son mari devant ses couches, où vous verrez bien comme elle connaissait sa mort prochaine dans une vue bien sainte et bien chrétienne. Vous y remarquerez des vestiges et des expressions de toutes les vertus chrétiennes en un point éminent et très solide.

C’est une joie, à Saint-Sulpice, de voir l’effet que les maximes et les pratiques de la paroisse ont faites en son esprit dedans si peu de temps, qui ont été reçues dans un fond de grâce admirable et suivies d’une fidélité merveilleuse.

Je ne manquerai pas, s’il plaît au maître, de vous aller voir en ce mois et faire, en son aide, ce qui est nécessaire pour vous régler en tout, et donner à ce cher

(1) Mme ou MUe de Vilcerain, dont il est encore fait mention dans une autre lettre de M. Olier à la marquise de Portes, était, dit M. Faillon, attachée à la personne de la princesse de Conti. Cela put avoir lieu en effet après le mariage du prince de Conti, mais en 1650 elle était probablement attachée à la personne de la douairière.

esprit la paix et le repos que Notre-Seigneur promet aux âmes humbles et soumises, ainsi que je remarque que vous disposez votre cœur. 0 ma fille, que bienheureux sont les humbles de cœur ! Sur eux et en euxmêmes repose le Saint-Esprit, et comme le divin Maître nous l’enseigne : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de vos âmes.

Ma fille, la charité de Dieu consomme votre cœur et le rende d’un même tempérament avec lui; qu’il le détrempe en sa nature, en sa subsistance et en sa vie, qu’il vous fasse une avec lui, et vous aurez ainsi en lui la douceur, la charité, l’humilité, la patience et toute vertu divine, comme saint Paul le marque en parlant de la sainte charité qu’il décrit avec toutes les qualités de Dieu, comme étant la participation de Dieu même. Je suis en cette reine et mère de toutes les vertus, ma très chère fille, votre très humble, très acquis et très affectionné serviteur.

Olier.

A Saint-Sulpice, ce 1er septembre 16S0.

Ma fille, je ne puis laisser passer votre apostille sans réponse, par laquelle vous me demandez si j’ai pitié de vous. Vous êtes bien assurée que tout le sentiment qu’un cœur chrétien peut avoir pour une âme fidèle, le Seigneur, maître de mon cœur, me le fait éprouver, assurez-vous-en ; et il me semble que rien ne me presse le cœur davantage que la perfection et salut de votre âme.

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