‹ Lettres de M. OlierChapitre 195 sur 226 · A M. L ABBÉ DE QUEYLUS, A RODEZ · texte numérisé non relu

A M. L ABBÉ DE QUEYLUS, A RODEZ

H le presse de venir au plus tôt, lui parle encore «lu séminaire à établir au Puy, et le prie «le visiter à Moulins MUe «le Portes, s’il revient par le Bourbonnais.

[Vers la mi-septembre 1650 (3).]

Qui a Jésus a tout.

Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,

J’espérais toujours d’aller au Puy pour vous y joindre et, après avoir rendu nos petits services à Notre-Seigneur en son séminaire et nos devoirs en l’église de la très sainte Vierge, m’en revenir avec vous; mais la crainte que j’ai de ne me pouvoir débarrasser d’ici pour les besoins qui nous pressent d’y demeurer, m’oblige de vous prier instamment de ne plus différer, si votre loisir le permet, de visiter ces bons messieurs qui vous attendent avec instance, joints à Msr du Puy, lequel est arrivé, il y a quelque temps, dans le dessein de faire l’établissement du séminaire et n’attend rien que vous pour l’achever. Vous verrez si toutes choses sont préparées et ce qu’il y aura à faire pour ne point manquer en cela à ce que Notre-Seigneur nous y peut demander en répondant à leurs bons sentiments (4).

Ensuite de quoi, mon cher Monsieur, revenez le plus

(1) Sur l'autographe.

(2) La lettre est adressée chez M. de Montamat, chanoine de Rodez.

(3) Cettedate approximative est donnéepar cellede lasortiede M. Pierre de Béget, qui quitta le séminaire de Saint-Sulpice le 31 août 1650 (voir la note de la page suivante).

(4) Le séminaire du Puy, comme on le verra plus loin, ne fut établi qu’en 1652. ( Vie de M. Olier, t. III, p. 341.)

tôt que vous pourrez, car l’œuvre de Dieu le demande ici et a besoin de tous ses ouvriers. C’est le souhait commun de tous nos très chers frères. Vous ferez espérer à ces Messieurs que, quand nous pourrons leur donner quelques sujets, nous le ferons de tout notre cœur; mais le temps à présent ne nous le permet pas. La moisson par deçà est plus grande que jamais et demande des ouvriers qui s’y emploient pleinement; et comme le bâtiment se finit, les ecclésiastiques se préparent en si grand nombre que nous aurons besoin de grands et nombreux sujets, pour y servir utilement et satisfaire à l’étendue des nécessités qui se présenteront.

Revenez donc, notre cher frère, et nous apportez, s’il vous plaît, la bénédiction de notre sainte mère et maltresse que vous visiterez, s’il vous plaît, en notre nom, et je vous en rendrai autant en ces quartiers. Rendez-lui actions de grâces de tous les biens qu’elle a faits à notre chétive maison et des protections singulières dont elle l’honore tous les jours. Priez-la qu’elle ne se lasse point de nos ingratitudes et lâchetés, et lui promettez qu’éternellement nous espérons l’honorer, la remercier et la glorifier dans le ciel.

Il y a dans le corps du chapitre un nombre d’excellents ouvriers, qui peuvent gouverner le séminaire en attendant que l’on y puisse tenir quelque sujet; il y a M. Béget l’alné, qui est homme de grand mérite et vertu (1). Il peut prendre, poursuivre la communauté,

(1) Marcellin de Béget, qui accompagna M. Olier dans ses missions d’Auvergne, devint prévôt du chapitre du Puy en 1054. Pierre de Béget, son frère, entra au séminaire de Saint- Sulpice étant déjà chanoine de la cathédrale du Puy, mais il en sortit le 31 août 1650, après six mois de séjour. — Florian Verdier entra au séminaire de Saint-Sulpice le 7 décembre 1646, étant déjà diacre. ( Registre des entrées.)

M. Verdier, monsieur son frère qui sort de la maison, mais qui a peu fait, à cause du peu de temps qu il y a séjourné, joint à sa disposition.

Enfin, mon frère, faites tout, mais revenez bientôt et que ce soit par la Bourgogne, car je crois que c’est le plus sûr (1), sans cela je vous prierais, passant par le Bourbonnais, de voir à Moulins notre sœur de Portes, qui esta la Visitation, laquelle, nonobstant les dangers, si je puis et qu’on me le permette, j’irai la voir pour tâcher de lui faire faire quelque retraite et lui aider à mettre ordre à ce qu’elle désire (2). Notre-Seigneur me fasse accomplir ses desseins, s’il lui plait et que je sois fidèle à ses ordres. Vous lui demanderez, mon très cher frère, puisque je vous suis en lui tout ce que l’on peut être en son amour. Adieu, tout vôtre.

Olier.

LETTRE GLXX1I (3).

A MADAME TRONSON, A PARIS

lï lui trace la conduite qu’elle doit tenir dans les peines intérieures

par lesquelles son amc est exercée. II répond à une commnnica-

ti on qu’elle lui avait faite au sujet de son fils Louis (4).

[Paris, ce 24 septembre 1650.]

Qui a Dieu a tout.

Madame et très honorée fille en Notre-Seigneur Jésus- Christ,

La retraite dans le Fils de Dieu doit être votre vertu

(1) En ce moment les troubles de la Fronde des princes agitaient plusieurs provinces ; mais la Bourgogne, dès la fin d’avril, avait été réduite à la soumission et n’offrait plus les mêmes dangers à ceux qui la traversaient.

(2) On ne voit pas que M. Olier ait pu faire ce voyage.

(3) Sur l'autographe.

(4) La lettre suivante, qui porte en suscription l'abbé Tronson, fait assez connaître que la communication dont il s’agit était relative à Louis,

et votre force, et me semble que ce doit être votre exercice plus fréquent, dans le calme et le repos dont vous jouissez à présent. C’est sortir de Jésus-Christ que d’être dans la crainte que vous me proposez dans la vôtre, qui ne saisit jamais que les âmes seules et dépouillées des armes saintes que la foi et l’amour fournissent en Jésus-Christ.

Pour la pratique dont vous devez user dans le temps de vos peines, c’est, au moment que vous les voyez approcher, de vous livrer à Dieu en Jésus-Christ avec joie pour voir détruire en vous la vieille créature, vous estimant heureuse, au prix de quelque peine que ce soit, de voir anéantir et crucifier en votre âme tout ce qui est contraire à Dieu. Vous pouvez à ce sentiment de pénitence y joindre celui du sacrifice, témoignant à Dieu que vous serez ravie que son jugement commence par sa maison, et qu’il se glorifie dans l’anéantissement de cette victime qui ne doit point subsister en sa présence, non plus que toute créature. Estimez-vous heureuse de savoir que le saint jour du jugement détruira tout l’être présent, pour ne laisser paraître que Dieu seul en sa sainteté et sa gloire.

Pour ce qu’il vous plaît me mander de l’affaire de Fréjus (1), vous devez être en paix et monsieur votre fils qui doit être passif en ce rencontre, laissant aller

le troisième des fils de Mme Tronson, lequel fut plus tard supérieur du séminaire de Saint-Sulpice. C’est lui qui dans la famille portait le titre d’abbé, tandis que son frère, Antoine, était connu sous le nom d abbé de Saint-Antoine.

(1) Le siège épiscopal de Fréjus n’était pas vacant en 1650, mais peutêtre fut-il alors question de transférer ailleurs Msr Pierre Camelin, qui l’occupait. Du moins, la lettre de M. Olier à Mme Tronson, rapprochée de celle qu’il écrivit le lendemain à son fils, ne permet pas de douter que le projet d’élever celui-ci à la dignité épiscopale et de le nommer au siège de Fréjus, n’ait été un projet sérieux, quoiqu’il ne se soit pas réalisé.

les choses sans y porter empêchement. Je serai bien content si la Providence divine permet que la chose se fasse, espérant voir du fruit de sa promotion, pour la gloire de Dieu. Nous lui préparerons du monde avec joie pour le servir, et ce sera d’un grand cœur que nous lui sacrifierons ce que nous sommes pour son soulagement. Ce mot servira, s’il vous plait, pour soulager la peine qu’il se donnerait de m’écrire. Aussi bien j’aurai l’honneur de le voir mardi ou mercredi, l’assurant comme vous que je ne manquerai d’offrir (à Dieu) ce dessein, étant du fils et de la mère, en Jésus et Marie, Madame, le très humble et très obéissant serviteur.

Olier.

Madame, je vous prie de mander aux brodeurs qu’ils n’avancent point leur dessin, mais qu’ils travaillent au devis. Je vous prie de voir le satin, pour voir si c’est celui que vous avez vu chez le marchand. Il serait bon de faire faire un devis par un autre chasublier, car ceux-ci mettront tout à l’épargne et au plus léger.

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