A M. L’ABBÉ TRONSON, A ISSY
U l’encourage et lui représente les motifs qu’il a d’espérer tout
de Dieu, si la Providence permet qu’il soit élevé à l’épiscopat.
[25 septembre 1650.]
Qui a Dieu a tout.
Monsieur,
Je ne puis assez vous témoigner la joie que je ressens
(1) Sur l'autographe.
(2) Antoine de Sève, abbé de TIsle-en-Barrois et frère de Mmc Tronson,
en mon cœur de la chose dont vous m’écrivez, qui vous doit étonner sans doute et vous donner les craintes que vous ressentez en vous-même. L’esprit de Dieu en fait autant en tous les sujets qu’il appelle à cette sainte et effroyable dignité. Mais comme il est l’instituteur de la chose, il est le protecteur de ceux qu’il y appelle. Il trouve tous les sujets de l’Église incapables, indignes et très impurs pour ce saint ministère; mais, en sa grâce et sa vertu, il forme des dispensateurs de ses mystères qu’il applique avec plaisir à tous les emplois de son œuvre et les sanctifie eux-mêmes dans leur fidélité.
Il vous suffit, Monsieur, de savoir ce qu’est Dieu et Jésus-Christ en son Église, et quel plaisir il prend de remplir ses ministres de l’abondance de son esprit pour la sanctification de sespeuples. Contentez-vous de renoncer à la suggestion maligne, vous laissant à la puissance du Fils de Dieu qui règne en ses ministres : Secundum potentiam charitatis suæ, comme le dit saint Paul. Si ces éminentes grandeurs sont attaquées des vents et des orages des démons, celui qui les tient sous ses pieds, qui protège et soutient ses puissances, s’en joue et s’en moque dans eux. Omnia possum in eo qui me confortât. On peut tout en Jésus-Christ qui veut avoir la gloire de triompher de ses plus puissants ennemis sous des sujets les plus infirmes, et ne veut pas, souvent, les délivrer, non plus que l’apôtre saint Paul, dans leurs gémissements et leurs clameurs, les assu-
possédait alors à Issy la maison qui devint bientôt après, et est encore aujourd’hui, la maison de campagne du séminaire de Saint-Sulpice. Il y attirait de grand cœur sa sœur, ses neveux et M. Olier lui-même, qui y passait quelquefois un temps assez notable, soit pour prendre du repos, soit pour prier et pour travailler plus à l’aise dans la solitude.
rant que sa divine grâce est suffisante pour résister aux efforts de leur tentation. Sufficit libi gralia mea.
Pourvu, mon cher Monsieur, que vous n’oubliiez point ce que vous êtes et ce que Jésus-Christ vous veut être, vous ne sauriez manquer. Soyez en abandon parfait à Dieu, pour être ce qu’il veut, et non point autre chose, étant bien assuré qu’il ne permettra pas, en cette disposition, qu’il soit fait de votre personne que ce qu’il aura destiné de vous de toute éternité. Laissez aller les choses extérieures sans vous en mêler autrement que devant Dieu, qui les fait mouvoir comme il lui plait dans ses intentions, quoique souvent les instruments qu’il emploie ne soient pas animés des motifs les plus purs de son œuvre. Si Dieu a dirigé la malice des juifs pour le salut de tout le monde en la mort de son Fils, quel bien ne peut-il procurer à l’Église et permettre qui s’avance tous les jours, par les intentions honnêtes et légitimes de vos parents qui s’y emploient? 11 faut tout laisser au grand Tout et le prier qu’il fasse toutes choses pour sa plus grande gloire, à laquelle vous vous consacrerez de nouveau, pour laquelle vous me permettrez que je me die, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur en Notre-Seigneur.
Olier, curé très indigne de Saint-Sulpice.
Ce 25 septembre 1650.
LETTRE CLXXIV(l).
Aü MÊME, AU PÉRAY.
Il l’exhorte à consoler et soulager sa inere et son frère dans leur affliction et leur infirmité.
[Octobre 1650.)
Qui a Jésus a tout.
Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,
Dans la perte qu’ont soufferte les bonnes religieuses de Montmartre, il me reste cette consolation de vous savoir auprès madame votre mère et monsieur votre frère, pour leur servir de soulagement et de consolation en leur infirmité (2). Je souhaiterais être avec vous pour vous aider à cette charité dont les besoins me sont si tendres et si chers.
Il est vrai que si l’homme extérieur se corrompt et déchet tous les jours, celui qui est au dedans, l’homme spirituel, se renouvelle et se fortifie en leur cœur. La vertu de l’esprit n’est jamais plus puissante et ne trouve sa perfection que dans l’infirmité. Ainsi ne nous étonnons point si Dieu souvent permet ces indispositions sensibles dans les âmes qu’il aime particulièrement, sacrifiant à son plaisir leur chair pour consommer en lui leur esprit. Je vous dis ceci pour le soulagement de votre cœur et l’estime que je fais de leur âme, que
(2) M. Olier parle du quatrième fils de Mme Tronson, qui était alors infirme au Péray. Entré au séminaire de Saint-Sulpice en 1646, il devait encore y passer quelque temps, comme on le verra bientôt. C’est lui qui était connu sous, le nom d’abbé de Saint-Antoine. Il s’attacha à la compagnie de Saint-Sulpice et mourut à la paroisse le 16 novembre 1702
je vous prie vouloir continuer de secourir autant que votre temps vous le pourra permettre ; invitant Madame, de notre part, à ne se point contraindre dans les repas et de prendre encore le repos qui lui est convenable à son état. Je lui vais écrire un petit mot pour cela puisque vous le jugez utile, et vous prie de dire encore à monsieur votre frère, que je suis d’esprit auprès de lui dedans sa solitude que je serais bien aise de pouvoir réjouir, pour l’aider à se remettre et se fortifier.
Aimez toujours Notre-Seigneur qui veut vous posséder uniquement et se servir de vous pour sa gloire. Conservez le peu de santé qu’il vous donne pour user des talents qu’il met en vous, qui ont besoin d’être accompagnés de vigueur et de force. Je le prie qu’il vous consomme en lui et me rende digne de le servir comme je le dois en lui-même, qui suis, Monsieur, votre très humble et très obligé serviteur.
Olier.
LETTRE CLXXY (1).