partie
(2) La suscription manque à l’autographe de cette lettre ; mais d est au moins très vraisemblable que M. Olier, qui la fit à son retour de Châtillon-sur-Loing, où il .était allé, comme on l’a vu, assister la princesse de Condé à la mort, l'adressa à la prieure des dominicaines de Montargis, qu’il avait dù voir en passant. C’était Louise de Rochechouart, dans la famille de laquelle était entré M. Alexandre de Sève, frère deMm8Tronson, chez lequel nous verrons bientôt le serviteur de Dieu recevoir une gracieuse hospitalité. Tout dans celte lettre tend à justifier cette supposition. M. Olier y parle en effet : 1° de la joie qu’il a éprouvée en présence de l’union qui anime la communauté, ce qui suppose qu’il l’a vue depuis peu ; 2° du désir qu’il a de contribuer à l’augmentation de son bien spiri-
mon âme (qui me semble surpasser de beaucoup tous les sens, comme le dit saint Paul) en la présence de l’union du Saint-Esprit qui anime et remplit votre sainte famille. Il me semble être à elle et devoir vivre en elle et avec elle toute une éternité, et bienheureux si dès à présent je puis porter mon dot (1) et contribuer quelque chose à l’augmentation et accroissement du bien spirituel de la communauté, puisque je commence à vivre de ses frais et dépens et participe au fonds dont il a plu à Dieu de l’enrichir. Je vous dois tout ce que je suis en Jésus-Christ et je n’ai rien des choses que vous me de-
tuel, en retour de la participation qu’elle lui donne au fonds dont il a plu à Dieu de l'enrichir, ce qu’on peut entendre de sa réception dans le tiers ordre de Saint- Dominique, qui venait d’avoir lieu tout récemment (Vie de M. Olier , t. II, p. 90-91); 3° il ajoute qu'il lui doit tout ce qu’il est en Jésus-Christ, protestation qu’il aimait à faire lorsqu’il parlait de l’ordre de Saint-Dominique auquel appartenaitla vénérable mère Agnès, sa grande protectrice. Il l’avait encore répétée depuis peu au moment où le pèreTurpon le reçut du tiers ordre de Saint-Dominique. Il est vrai que le titre de dame qui se lit plusieurs fois dans cette lettre ne s’accordait pas ordinairement aux prieures de Saint-Dominique, à moins que leur maison ne fût de fondation royale, mais le couvent de Montargis, sans être de fondation royale, était illustre entre tous les autres du même ordre. Saint Louis le prit sous sa protection par ses lettres de 1267 et y séjourna plusieurs fois ; Philippe le Hardi lui accorda aussi de beaux privilèges qui furent confirmés par ses successeurs; Philippe le Bel, voulant fonder le célèbre monastère de Poissy, demanda des religieuses à celui de Montargis. Enfin la plupart des dominicaines de Montargis étaient nobles et appartenaient aux meilleures familles de l’Orléanais et des environs. Pour ces motifs ou pour d’autres qui ne sont pas connus, non seulement la prieure, mais les huit religieuses qui formaient le conseil, avaient le titre de dame et on le leur donnait même dans les actes publics, comme on le voit sur plusieurs baux et actes de vente conservés aux archives du Loiret. Voir aussi Gallia Christiana, t. XII, p. 256; Piganiol de la Force, Description de la France, t. X, p. 343; Généalogie des principales familles de l'Orléanais, par le chanoine Hubert. Ce dernier ouvrage, qui est manuscrit, fixe la profession de Louise de Rochechouart au samedi 4 février 1584 et dit qu’elle ne mourut qu’après quatre-vingts ans de profession.
(1) Ce mot était encore du genre masculin au temps de M. Olier.
mandez, qui ne soit vôtre et sur quoi vous n’ayez un droit parfait et absolu; et si Notre-Seigneur m’ouvre encore l’esprit à vous envoyer autre chose, je le ferai dans le cœur même de la très sainte Vierge et de son Fils qui, nous mettant en communion entière de luimème, nous met encore en communion de tous les biens qu’il donne.
Je vous envoie donc ces petites occupations sur les grandeurs de la très sainte Vierge pendant le chapelet (1). Je vous envoie encore des images du très saint Sacrement où vous verrez écrit, dans les rayons, les diverses occupations de Jésus-Christ en son intérieur devant Dieu sous la très sainte hostie et quelques actes qui les expriment (2). Vous y aurez encore ceux qui nous servent pour continuer notre amende honorable pour réparation du sacrilège commis en notre église sur sa sainte personne (3).
Je prie Notre-Seigneur qu’il nous mette en communion de ses devoirs vers Dieu toute l’éternité, comme il commence de nous établir dans les sentiments communs de sa môme religion en la terre. Il régnera sur nous et en nous pleinement, nous remplissant de sa propre vie et des opérations de son esprit très saint. Laissons-le régner dès à présent en nous et remplir toute la capacité de nos cœurs de sa propre et unique
(1) Ces occupations sur les grandeurs de la sainte Vierge ont été insérées dans la Journée chrétienne, en 1655.
(2) Cette image du très saint Sacrement, que M. Olier fît graver par le célèbre Mellan vers 1643, est reproduite en raccourci dans la Vie du serviteur de Dieu, t. II, p. 124. M. Letaille l’a donnée aussi en format in-8°.
(3) Un horrible sacrilège ayant été commis, le 28 juillet 1648, dans l’église de Saint- Sulpice, M. Olier, outre les autres moyens qu’il employa poulie réparer, institua une association d’adorateurs qui se partageaient les heures du jour et de la nuit, et faisaient ainsi continuellement amende honorable à Notre-Seigneur. (Vie de M. Olier, t. II, p. 224.)
vertu. Il doit seul tout occuper et vivifier en nos âmes, lesquelles sont ses temples où rien de propre ni de profane ne peut ni doit avoir accès.
Que peux-je dire, Madame, à votre chère et très sainte maison dont Todeur me remplit et la vue continuelle que j’en garde me console toujours, sinon que nous sommes à l’Esprit et que nous devons vivre de lui, en lui, par lui et pour lui seul; enfin, comme dit l’Apôtre, nous ne sommes plus redevables à la chair, nous ne la devons plus écouter, ni prendre ses intérêts, nous avons l’Esprit seul à écouter et suivre en toutes choses, puisqu’il nous est donné pour supplément de la chair, morte et ensevelie par la grâce du saint baptême , par lequel nous ressuscitons de notre mort et de notre tombeau .
Qu’il y a peu, Madame, de véritables baptisés! qu’il y a peu de morts et de ressuscités dans le pur, simple et unique esprit ! Je vous conjure de renouveler en votre maison la vue du prophète Ézéchiel qui vit une campagne pleine d’ossements morts et secs, sur lesquels l’Esprit descendit et fit autant de vivants ressuscités qu’il avait vu de morts. Je serai ravi si je vois jamais votre maison, ainsi ressuscitée et vivante du pur esprit, où toute propriété soit éteinte et morte entièrement, et où tout soit vivant de l’Esprit-Saint de la nouvelle vie. Quand je vous parle de toute propriété, je n’entends pas cette propriété grossière des choses extérieures, je parle de toute propriété intérieure et cachée , comme toute propriété d’esprit, de raison, de jugement, de volonté, qui sont les principaux obstacles à l’Esprit et à sa vie ; car comme son siège est en ce fond caché , cette demeure doit être pure, sainte, vide de tout soimême, pour laisser la capacité à l’Esprit de remplir
tout, pour opérer en plénitude ses effets et ses grâces.
Je finis, Madame, en vous disant que je suis en vous pour Dieu, par l’esprit de sa divine mère, je le prie d’achever et consommer son œuvre comme il l’a commencée et que nous puissions, en toute l’étendue de l’éternité, louer, glorifier et magnifier Dieu de ses bontés immenses, qui nous doivent obliger dès à présent à n’ètre plus en nous, mais à ce divin Tout, pour lequel je veux vivre et mourir en Jésus-Christ et sa très sainte mère, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.
Olier, indigne curé de Saint-S ulpice.
A Saint-Sulpice, ce 3e dimanche de l’avent 1650.
Je pense, Madame, que vous trouverez plus de choses dans le paquet que je ne vous en ai marqué en cette lettre, vous priant, Madame, dans le même cœur que je vous l’envoie, que cela ne soit point vu hors de vos filles et nos très chères sœurs, que je voudrais voir toutes anéanties en Jésus-Christ Notre-Seigneur.