‹ Lettres de M. OlierChapitre 205 sur 226 · A LA MARQUISE DE PORTES, A MOULINS · texte numérisé non relu

A LA MARQUISE DE PORTES, A MOULINS

Après lui avoir parlé de la mort édifiante de la princesse de Gondé, il s’excuse d’étre si peu capable de la diriger elle-même, s’offrant cependant à continuer si, devant Dieu, elle en a le désir.

[Février 1651 (2).]

Qui a Dieu a tout.

Mademoiselle,

J’ai reçu avec beaucoup de joie celle qu’il vous a plu m’écrire du 26 janvier, ayant été assez longtemps en peine de votre silence. Il est vrai que je crus, après l’éloignement de Mmo la Princesse, que je recevrais de vos nouvelles sur son sujet, duquel je croyais que vous ne seriez pas informée à notre égard, ne vous en ayant rien écrit depuis votre départ et celui de MUo de Vilcerain. Il y avait plus d’un mois ou six semaines que j’avais le bien de la voir assez particulièrement, et qu’elle me témoignait ses inclinations premières, quand cet accident lui est arrivé. Et quand je n’aurais pas eu accès à elle par sa bonté, l’état où la Providence l’a réduite m’y eût assez engagé pour lui aider à porter son affliction (qui est la nôtre) et lui servir à faire usage d’un bien et d’un trésor si précieux que celui de la croix.

Pour votre consolation et celle de Mmo de Montmorency, qui prend si grand intérêt en son salut et qui ressent à présent l’avantage de la croix, je vous dirai

(1) Sur l’autographe.

(2) Date approximative indiquée par la lettre à laquelle M. Olier répondait.

que notre digne princesse a témoigné en ce rencontre avoir autant de fond de grâce que l’on en pouvait souhaiter, et a fait reconnaître à un chacun de quelle valeur étaient les bonnes œuvres qui sans doute lui ont acquis tant de secours du ciel et tant de force intérieure, jusque-là qu’elle-môme en était surprise, sentant en son cœur une vertu puissante qu’elle avouait n’ètre pas sienne, et qui sans doute lui était donnée de celui qui, par avance, avait déjà porté cette croix sur le Calvaire et lui avait mérité le don et la vertu de participer à ce bien.

Cette bonne dame me fît d’abord savoir cette nouvelle et m’en fit avertir, pour me donner lieu de lui rendre ce que je lui devais devant Dieu et à sa propre personne; ce que je fis soudain, et me tins bien heureux de lui aider à essuyer ses larmes, faisant en cela ce que vous me témoigniez désirer de votre petit serviteur qui se sent toujours très indigne de vous servir, dans les choses en particulier que vous lui témoignez par la vôtre (1). Le sentiment et le désir que Dieu me donne de votre salut et votre perfection fait que je vous souhaite une personne très éclairée et fort solide, pour vous aider utilement et efficacement. Yous avez éprouvé en moi si peu de talent et de grâce qu’il me semble vous devoir avertir de recommander beaucoup à Dieu ce dessein, qui est si important à votre âme. Si ce sage Père connaît que ce soit votre bien , il vous remplira le cœur de ce désir et vous y affermira pleinement ; si au contraire il ne le trouve pas avantageux pour vous, il vous en fera voir quel-

(1) Il est probable que c’est une allusion à la décision que la jeune marquise avait demandée à M. Olier sur sa vocation. La lettre suivante contient cette décision.

qu un qui vous contentera entièrement. Usez-en de la sorte, je vous supplie, pour le bien et la suave liberté de votre esprit qui ne doit être gêné en rien, et qui doit être libre en ce point par-dessus tout. Tout pauvre et chétif que je suis, tenez-moi toujours pour votre très humble et très obéissant serviteur.

Olier.

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