‹ Lettres de M. OlierChapitre 206 sur 226 · A LA MÊME, A MOULINS · texte numérisé non relu

A LA MÊME, A MOULINS

II l’exhorte à ne pas se rendre, sans examen prolongé, aux conseils des personnes qui la pressaient de se faire religieuse à la Visitation.

[Vers le même temps (2).]

1° Notre sœur ne peut, et ne doit obéir à la précipitation avec laquelle on veut qu’elle se détermine; car quoiqu’elle soit juste à l’égard des religieuses qui le requièrent ensuite de leurs règles, elle ne l’est pas à raison de notre même sœur qui ne peut se détermi-

(1) Sur l’autographe que l’éditeur de 1672, lettre XXIVe, a reproduit, en modifiant sa forme et en mettant à la seconde personne ce qui était à la troisième. M. Olier avait probablement adopté la forme de mémoire en répondant à MllB de Portes, parce que sa lettre devait être montrée aux religieuses de la Visitation de Moulins, dont quelques-unes croyaient que la jeune marquise embrasserait la vie religieuse dans leur maison. Elle se montrait en effet aussi assidue à tous les exercices que la plus fervente novice, mais, ajoute l’historien deMme de Montmorency, elle ne se sentait point cependant appelée à la religion (t. II, p. 94). Ce fut aussi la pensée deM. Olier.

(2) La date n’est pas indiquée, mais il est probable que M. Olier fit celte réponse lorsqu'il se vit obligé, par les circonstances, de renoncer au voyage de Moulins qui, dans sa pensée, avait surtout pour but de fixer MUe de Portes sur sa vocation.

ner ainsi par dépendance d’elle-même, mais de Dieu qui opère quand il veut en sa puissance et suspend quand il lui plaît son opération; si bien que pendant que Dieu se cache à elle et la tient en balance, elle doit prendre la condition qui lui donne le temps et le loisir de se laisser convaincre pleinement par la bonté et puissance de Dieu qui voit sa volonté préparée à lui obéir.

2° Si toutes ces grandes âmes, dont notre sœur nous parle qui ont quitté le siècle, n’avaient eu que des raisons générales de la perfection de l’état religieux devant l’esprit, sans inclination et attrait dedans leur volonté d’embrasser cet état, avec conviction de foi intérieure que Dieu le veut, elles n’eussent jamais embrassé cet état; autrement, toute personne qui voit ces raisons serait obligée de les suivre et ainsi il y aurait vocation à la religion pour tout chrétien persuadé de la beauté et de la sainteté de l’Évangile. Il faut quelque chose de plus qui est cette bonté divine intérieurement persuadante et convaincante, excitante et portante à la religion avec paix et avec joie d’esprit.

3° Au contraire, par la sincère confession de son cœur et l’exposition que notre sœur nous fait de son intérieur, elle avoue qu’elle sent en elle une joie d’esprit et un désir ardent qui la porte à servir le prochain. Elle exprime que son cœur vole quand elle pense à servir les pauvres dedans un hôpital. Elle sent une abondance d’esprit intérieur qui lui ferait verser son sang et donner tout ce qu’elle a de bien, de temps et de santé et de vie pour acquérir à Dieu l’âme d’un huguenot dont ses terres sont remplies.

Les beautés qu’elle voit en la religion, ce sont des raisons extérieures qui laissent l’âme sans vie, sans

joie, sans paix et au contraire, en quelque sorte, dans la tristesse et l’embarras. Elle n’a point l’expérience de s’être sentie appelée ni attirée à cela par aucune puissante persuasion intérieure, où au contraire elle a reçu de tout temps l’impression forte et l’attrait efficace au service du prochain et des pauvres, et l’a même exercé avec bénédiction abondante sur les âmes et les corps.

4° Elle se souviendra qu’elle a fait son vœu de virginité (outre ses autres vues) pour avoir par ce moyen la liberté entière de servir les pauvres et qu’elle n’avait aucune vue de la religion dont Dieu, en apparence, lui eût donné la pensée s’il l’eût appelée à la religion, vu surtout que la grande contestation de ses proches sur son vœu ne procédait que de ce qu’elle ne voulait être religieuse, et voulait demeurer dans l’état de virginité au milieu du siècle.

5° Pour ce qu’elle remarque qu’elle craint le siècle, qu’elle se connaît, qu’elle se méfie d’elle-mème et autres choses semblables , c’est un sujet de consolation, Dieu préparant son âme par ces voies à opérer son salut avec crainte, et faire les œuvres de Jésus-Christ en esprit d’humilité, qui est le grand principe de notre force et de notre confiance en Notre-Seigneur, dans lequel on peut tout et qui ne manque jamais aux siens quand ils ont volonté de le servir.

6° Elle ne se sépare point du désir de se sacrifier à Dieu totalement dans le genre de vie qu’elle veut embrasser, ne se retirant de la clôture que pour se conserver la seule liberté de servir le prochain dans les temps qui lui seront prescrits par l’obéissance, attendant que Dieu l’appelle à un sacrifice dernier, où elle pourra un jour finir et consommer sa vie, après avoir

rendu au prochain ce qu’elle doit, selon que la divine Providence l’a engagée par sa condition.

Ce sera le moyen de se préparer à ce grand bien.

LETTRE CLXXXY (1).

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