‹ Lettres de M. OlierChapitre 210 sur 226 · A M. L’ABBÉ TRONSON, A CORBEIL · texte numérisé non relu

A M. L’ABBÉ TRONSON, A CORBEIL

11 le rassure an sujet d’une inquiétude qui l’agitait et l’exhorte à tenir son âme en paix, se déliant de toute pensée et de tout mouvement qui porte trouble et sécheresse avec soi.

Avril ou mai 1651.

Qui a Jésus a tout.

Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,

Vous devez être hors de peine sur la difficulté que vous me faites dans la vôtre; ce n’est qu’une chicane de l’esprit malin pour vous troubler et vous désappliquer de Dieu en son ouvrage. Soyez rempli de l’Époux et du Tout en votre intérieur, et le malin ne trouvera point lieu d’entrer dans votre esprit. Ce divin Seigneur doit être votre plénitude et votre tout en toutes choses. Il doit être opérant uniquement en vous et par vous l’œuvre saint de son père. Videz-vous bien de vous, puisque les propres opérations de votre esprit et de votre volonté empêchent que l’Époux ne remplisse le Tout; et en ce vide de lui, où le malin prétend son droit, il fait tout son possible pour avancer et pénétrer plus avant, en vous amusant inutilement et vous détournant de l’adorable Tout qui doit remplir le tout

(1) Sur l'autographe.

(2) On a déjà vu que par l’abbé Tronson il faut entendre Louis et non Antoine, comme l’a pensé l’auteur delà Vie de M. Olier( t. II, p. 558). Voici l’occasion de cette lettre. Pendant le carême de 1651, le P. Eudes prêcha une grande mission à Sainl-Sulpice, après laquelle M“e Tronson pria le saint missionnaire d’en prêcher une dans ses terres, au Péray. Dans le même temps M. Olier en fit aussi prêcher une à Corbeil, dont le Péray est très voisin et en donna la conduite àM. Louis Tronson.

de votre esprit et toutes les capacités de votre âme.

Mon cher Monsieur, je demandai moi-même les grâces pour les prêtres qui allaient avec vous, et M. de S*** (1) me les accorda toutes entières; et si l’on ne fait mention que de vous en la permission par écrit, c’est qu’on vous considère en cela comme chef de cette mission, qui n’exclut point vos membres, qui au contraire sont renfermés en vous.

Je prie Notre-Seigneur de vous remplir de toutes les bénédictions nécessaires à ce divin emploi où il daigne vous appeler. Notre-Seigneur en vous est mieux reçu à Corbeil qu’il ne le fut en Jérusalem en sa propre personne. Bienheureux si vous pouviez être crucifié comme lui. Et si vous n’êtes pas digne de cet honneur, anéantissez-vous en sa présence, et offrez au moins votre intérieur, afin qu’il soit crucifié, mort et enseveli en lui-même pour ne voir plus renaître rien de vous-même en vous, et ne porter dorénavant que ce divin Époux ressuscité qui ne veut plus mourir en soi, ni en ceux qu’il anime de sa vie divine.

Mon fils, laissez et méprisez toutes les choses qui entrent en vous avec peine et opèrent le trouble. Aimez 1 onction de Jésus, et vous ne pourrez aimer ni souffrir les choses qui viennent en la sécheresse de l’esprit propre, en la peine de l’esprit malin, et la grossièreté de l’esprit du monde.

Tout ce qui ne vient point en la paix, l’humiliation et sanctification de notre esprit à Dieu, n’a pas la marque de l’opération divine qui anéantit et humilieen paix, qui applique en suavité à Dieu et délivre l’âme

(lj Vraisemblablement M. André du Saussay qui, quoique nommé à 1 évêclié de Toul en 1648, n avait pas encore quitté Paris ni ses fonctions de grand vicaire de Msr Jean-François de Gondy.

de tout retour embarrasse sur soi et sur les créatures ; 1 Esprit est operanteu séparation de la créature. Aspirez a la nettete et la simplicité de 1 esprit qui seule vous préparera à 1 union, la jouissance et la possession paisible de Dieu qui veut vivre en un fond qui soit toujours en paix et en repos, ne voulant point être troublé, ému et agité en son royaume et dans le trône majestueux de sa grandeur qui est l’âme des siens. SedesDei anima justi. Je suis en charité, tout vôtre.

Olier.

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