‹ Lettres de M. OlierChapitre 212 sur 226 · PROBABLEMENT A M. PICOTÉ · texte numérisé non relu

PROBABLEMENT A M. PICOTÉ

Que la croix aplanit les voies de Dieu, et ouvre l’âme à ses communications. Qu’il ne faut clans les maisons de Dieu que des sujets qui s’appuient sur lui seul, et non sur eux-memes.

[Juin 1651 (3).]

Monsieur,

Je ne vous dois rien celer des grâces que je reçois. Comme j'étais ce matin sur le point de communier, et me trouvant dans une douleur de ce qu’une personne imparfaite sortait de !a maison, il a plu à Jésus- Christ me répondre, dans le fond de l’âme, qu’il fallait

(1) C’est la CXLV* des imprimées.

(2) Cette lettre, où M. Olier fait connaître les grâces qu’il reçoit et parle très librement d’un sujet qui n’a pas l’esprit de la maison, est certainement écrite à un des principaux du séminaire ou de la paroisse de Saint- Sulpice. Mais, à part M. Picoté, son directeur, on n’en voit aucun à qui il ait pu dire : Je ne vous dois rien celer des grâces que je reçois.

(3) Les Mémoires, sous la date du 29 mai et du 14 juin, parlent à peu près dans les mêmes termes d’un sujet dont la maison devait être purifiée, parce qu'il était plein de son sens, aheurté à ses opinions particulières, séparé du commun de ses frères , et que son fond, rempli de prudence séculière, n’agissait pas dans la simplicité de V Esprit, comme Notre-Seigneur le désire de tous ceux de la maison. En ce moment M. Olier était infirme et il profitait du loisir que cet état lui laissait pour travailler aux règlements de la Compagnie. A cet effet il passa quelque temps à Issy, comme on va le voir dans les lettres suivantes. Toutes ces circonstances concordent avec ce qui est dit dans cette lettre.

faire une maison de saints. Et la divine bonté me faisait entendre en même temps, qu’il fallait qne je me préparasse à y travailler dans le temps de mon infirmité, qui est toujours la disposition aux biens de Dieu, et le fondement à ses plus saintes grâces. La croix aplanit les voies du Seigneur, et rend l’âme ouverte à sa communication, qui insensiblement se renfermerait en soi-même, étant hors de la croix, et tendrait toujours à la propriété, ce qui la boucherait aux parfaits dons du ciel. Ce que la croix extérieure faisait au corps de Jésus-Christ, l’étendant et l’ouvrant en toute son étendue, la croix intérieure le fait à l’âme, expliquant tous ses plis et replis , l’ouvrant et l’étendant à la grâce, et la dénuant en l’œuvre de Dieu de toute satisfaction et de toute propre complaisance.

L’âme doit bien prendre garde à ne s’appuyer point sur la créature, et à ne faire jamais fonds sur elle. Elle doit toujours voir Dieu vivant et opérant en elle, autrement elle décline de Dieu, et se détournant ainsi de lui, elle n’est plus ouverte à lui seul. Il veut qu’on le voie en tout, et qu on s appuie sur lui en toutes choses.

C’est pourquoi il faut toujours, dans l’œuvre de Dieu et dans la maison, des sujets qui soient tout pleins de Dieu, qui le manifestent toujours en eux, et qui le fassent adorer, louer, regarder et glorifier en tout par tous ceux qui y habitent. Des sujets fondés sur eux-mêmes en la maison de Dieu , quoiqu’ils semblassent utiles , ne seraient que des pierres d’achoppement, qui feraient que Dieu n’agirait pas en bénédiction sur la maison. Car, comme il n’a point d’entrée en de tels sujets, qui remplis d’eux-mêmes et

de leur propre capacité, sont bouchés à son esprit et à sa vie, ils ne peuvent agir que grossièrement; et comme ils marchent dans des voies séculières, et ne se conduisent que par une industrie purement humaine, on ne peut se confier en eux, parce que ce serait s’appuyer sur la créature, et dérober à Dieu le regard pur et continuel, que la maison doit avoir de lui en toutes choses.

Il est de la gloire de Dieu de retirer et de soustraire de tels sujets de ses saintes maisons, afin que toutes les murailles de son bâtiment ne soient composées que de pierres vives, et que son saint nom soit écrit sur elles, ainsi qu’il est remarqué de l’édifice de l’Apocalypse, qui est la figure de l’Église universelle, et des sociétés particulières qui la composent. Un petit bâtiment composé de la sorte, sera plus précieux aux yeux de Dieu, que mille cités et provinces peuplées de personnes partagées entre Dieu et elles-mêmes.

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