A UNE DAME, SA FILLE SPIRITUELLE
Il lui parle «lu mystère de Jésus en Marie et de la fête de la Visitation où ils doivent particulièrement l'Iionorer.
[Issy, fin juin 1651 (3).]
Ma très chère et très honorée fille,
Étant absent et retiré dans notre petit désert, où la
(1) C’est la LXXVD des imprimées.
(2 et 3) Ce fut vraisemblablement Tune des premières lettres que M. Olier écrivit à Mme Anne Campet de Saujon, qui venait de se mettre sous sa direction, et à laquelle il écrivit très fréquemment par la suite. Elle était née vers 1626, dans une famille protestante de l’Aunis, mais elle eut le bonheur, fort jeune encore, de se convertir et d’embrasser les pratiques
charité de Jésus-Christ me rend votre âme présente, il m’est venu en pensée, que comme vous serez obligée de vaquer ce matin aux affaires séculières, et qu’ainsi vous feriez peut-être avec précipitation votre sainte communion , vous pourrez par respect pour le
d’une très sincère piété. Placée auprès delà duchesse d’Orléans, en qualité de fille d’honneur, elle s’acquittait de sa charge avec l’estime universelle, lorsque son directeur, l’abbé de la Croix-Christ, regardant les attentions que le duc d’Orléans avait pour elle comme un motif impérieux de la tirer de la cour, la conduisit brusquement, en 1649, aux Carmélites de la rue Saint-Jacques. Le prince irrité obtint un arrêt du Parlement pour l’en faire sortir, et, par le conseil de personnes très éclairées qui examinèrent ses dispositions , elle accepta la charge de dame d’atours auprès de la duchesse d’Orléans. M. Olier, qui devint son directeur vers le mois de mai 1651, ne douta pas qu’elle ne fût dans sa véritable vocation et que Dieu ne la destinât à faire beaucoup de bien dans cette cour. L’événement montra qu’il avait raison. Mme de Saujon entrait admirablement dans toutes les vues de son saint directeur, qui la considérait comme une auxiliaire que la sainte Vierge lui avait donnée pour répandre l’amour de cette divine mère. Elle l’aida surtout pour la fondation de la Communauté des filles de l'Intérieur de la sainte Vierge, où l’on se proposait d’honorer la vie de Jésus en Marie et de faciliter aux dames de condition le moyen de faire des retraites. Cet établissement, dont M. Olier avait eu la première idée, ne se fit cependant qu’après sa mort, yjme Tronson en fut la première supérieure, et Mme de Saujon lui succéda en 1663. Malheureusement elle trompa, dans cette place, les belles espérances que M. Olier avait conçues à son sujet ; mais ce changement tout à fait inattendu, et dont Dieu ne laissa rien prévoir à son serviteur, n’ôte rien aux lettres adressées à cette dame, ainsi qu’on l’a déjà dit, de leur intérêt et de l’édification qu’elles étaient destinées à produire. Ainsi en a jugé M. Tronson qui les a fait entrer en grand nombre dans l’édition de 1672, où il est assez facile de les reconnaître.
— Le pelit désert dont parle M. Olier paraît être la maison queM. l’abbé de Sève possédait à Issy et où il attirait assez souvent le serviteur de Dieu. On verra par les lettres suivantes qu’il y était certainement dans les premiers jours de juillet 1651. Or cette année est bien celle où celte lettre fut écrite, car la fêtede la Visitation n'est tombée un dimanche qu’en 1645, 1651 et 1656 ; or à lapremière de ces années, le moisdejuin fut le mois de la persécution qu’éprouva M. Olier, el il n’aurait pas manqué d’y faire allusion. En 1656 il n’écrivait que rarement, el il y avait longtemps qu’il avait appris que la vie de Jésus en Marie devait être honorée le 2 juillet.
saint Époux, vous abstenir de son sacrement, mais non pas de l’union à lui, en qui et par qui il faut toujours vivre et agir saintement en toutes choses.
Voici la fête et le mystère adorable de Jésus en Marie qui s’approche; car c’est dimanche le jour de la Visitation, et je suis davis que vous et moi nous nous y préparions par un jeûne. Ce matin j’ai été averti intérieurement, que c’était en ce jour solennel que nous devions honorer cette vie intérieure de Jésus en Marie, et ses opérations merveilleuses en elle , et par elle en 1 Église, dont les prémices ont été si augustes et si éclatantes en saint Jean.
Ma fille, cette fête demande de moi un renouvellement de cœur; car c’est pour cela que les saints et les mystères nous sont présentés. Tenons-nous donc unis à 1 esprit de l’Église, toujours féconde en Jésus- Christ, pour nous renouveler en charité et en tous les dons de Dieu. Tout vôtre, tout en Jésus et en Marie.