LETTRE CXC1I
A MADAME TRONSON, Aü PÉRAY.
Étant à Issy chez M. l’abbé de Sève, il invite cette dame à y venir avec ses 111s (2).
[Issy, vers le 10 juillet 1651.]
Qui a Jésus a tout.
Madame et très honorée fille,
J espérais avoir le bien de me consoler avec vous
(1) Sur l’aulographe.
(2) M. Olier, quand il se retirait soit à Avron, soit au Péray, soit à Issy, pour y prendre un peu de repos, ne manquait pas d’y conduire quelques-uns de ses disciples et profitait de ce temps de loisir pour les former à la vertu.
en Notre-Seigneur, venant en la maison de M. votre frère et j’avais attendu à m’en venir aujourd’hui ici pour avoir le bien, en même temps, de vous attendre et vous accompagner, pour soulager la peine qui vous afflige, de laquelle je crois que vous devez vous délivrer pour vous donner plus de liberté de vaquer à Notre-Seigneur et le servir en la paix intérieure de votre cœur. Si je puis sur vous ce que notre bon maître me donne de croyance, je vous supplie ne point différer devenir au plus tôt. Monsieur votre frère vous attend et vous ne lui sauriez donner une plus grande joie, ni à moi plus de sujet de bénir Dieu. J’espérais que vous amèneriez messieurs vos enfants, auxquels j’avais à parler et, entre autres, à M. de Saint-Antoine, qui paraît présentement prendre plaisir d’être instruit et crois que vous leur ferez tort si, pendant le peu de liberté que Dieu me donne de leur parler, vous ne leur ménagez ce temps.
Je me suis échappé le matin lorsqu’on n’y pensait pas, de peur d’être arrêté à l’heure qu’on se doutait de mon départ; et j’avais pris le temps de mener ici M. Breton villiers se réjouir cette après-dlnée, pour s’en retourner ce soir avec votre carrosse à vide, ayant besoin de se rendre à Paris. Le petit service de Marthe que l’on attend de vous demeure en arrière, et celui de Madeleine, que je sais bien que vous préférez à l’autre, se perd en même temps. Souvenez-vous, ma fille, que c’est l’unique nécessaire et qu’il ne faut pas qu’aucune chose vous en détourne. Je vous prie en Notre-Seigneur de venir au plus tôt.
Adieu, tout vôtre.
Olier.