PROBABLEMENT A M. PICOTÉ
tl lui parle de Mme Tronson et de la désolation où elle est, Dieu permettant qu’elle soit privée de l'onction intérieure et extérieure tout ensemble. Il lui rend compte des sentiments qu’il a éprouvés dans la Tête de saint Bonaventure.
[Issy, 14 juillet 1651 (3).]
Monsieur,
J’aurais pu avancer mon voyage , si je n’avais été engagé à Mmc Tronson. Cette bonne veuve est fort désolée et abattue tant de corps que d’esprit, et elle me fait compassion. Toutceque je puis, est de lui donner quelques remèdes intérieurs, encore en petit nombre; Notre-Seigneur ne me donnant pas la plénitude de l’onction et de la grâce qui me serait nécessaire pour son soulagement et sa consolation. Et c’est là une de ses peines assez sensible, parce qu’elle croit que Dieu la veut délaisser, lui retirant l’onction intérieure et extérieure tout ensemble. Cet état est fort pénible , et une âme qui y est réduite, est digne de compassion. Je lui donnerai un jour ou deux pour lui faire la charité que son état demande , en attendant que Dieu use de moi envers elle en la manière qu’il voudra. Il faut,
(1) C’est la CLXXVUe des imprimées dans laquelle l’éditeur de 16"2 fit. entrer un fragment sur la manière de célébrer la fête des saints qui était tiré d’une autre lettre de M. Olier.
(2) Le ton delà lettre, surtout dans la seconde moitié, indique assez que M. Olier l’adressait à son directeur. La première partie, où il est parlé des peines intérieures de Mme Tronson, confirme cette supposition, car M. Picolé connaissait à fond celle pieuse dame dont il paraît qu’il avait la conduite en l’absence de M. Olier.
(3) Le 14 juillet est la fête de saint Bonaventure.]
quoiqu’il en soit, être à la grâce, et demeurer en elle.
Il faut vivre de l’Esprit, et marcher seulement par Esprit. Car tout ce qui n’est pas purement de lui, et que nous voulons mêler de notre art et de notre invention, demeure inutile et sans fruit. Priez pour elle.
Je vous écris le jour de saint Bonaventure, dont je me suis trouvé bien rempli intérieurement. Je prie Notre- Seigneur que la vertu et l’impression de son esprit se soit formée en moi, selon les désirs de la très sainte Vierge, envers laquelle il était fort dévot. Pendant le temps que j’expérimentais ce bonheur, je désirais d’être en lui ce qu’il était à Dieu, à Jésus et à sa sainte Mère , et d’être à l’Église ce qu’il était en esprit soit à l’égard du clergé , soit des réguliers , pour lesquels il avait un grand amour. C’était un saint bien accompli et parfait en tout. Tout Jésus-Christ était formé admirablement en son intérieur. Je demande, en toute humilité, une miette des grands festins qu il faisait en son bon Maître.