‹ Lettres de M. OlierChapitre 217 sur 226 · A MADAME DE SAUJON, A PARIS · texte numérisé non relu

A MADAME DE SAUJON, A PARIS

11 l'invite à s’unir à la vie de Jésus en Marie, et pour l’y aider il lui en expose la nature, l’excellence, les avantages qui surpassent tout ce qu’on peut concevoir ici-bas de plus glorieux, de plus solide et de plus doux.

[Vers le 10 juillet 1651 (3). ]

Qui a Jésus a tout.

Ma très chère et très honorée fille,

^ oyant 1 obligation particulière, où Dieu vous met d honorer la vie de Jésus en Marie, et que vous croissez tous les jours dans le désir de vous consacrer à ce divin mystère, pour l’adorer, et pour lui rendre

(1) C’est la LXXVIIe des imprimées.

(2) Cette phrase du dernier alinéa : « Souvenez-vous qu'en toute la coin où vous êtes » ne laisse pas de doute sur la personne à qui cette lettre fut écrite.

(3) Depuis quelque temps déjà M. Olier se sentait attiré à honorer le mystère de Jésus-Christ vivant en Marie ; il y avait été invité par la sainte Vierge elle-même au mois d’octobre 1649;mais en 1651, et surtoutdepuis qu’il eut Mme de Saujon sous sa conduite, il reçut de nouvelles lumières sui ce mystère. « Que le mystère de Jésus en Marie est incompréhensible ! « écris ait-il le 16 juillet de cette année. Ce sera bien de cette commu- « nion qu il sera vrai de dire que seulement au jour du jugement on en- « tendra l'unité de leur être, comme l’expression parfaite de l’unité du

Pèic et du Fils. » Ce passage des Mémoires et quelques autres qui suivent, rapprochés de la lettre à Mme de Saujon, font présumer que les deux écrits sont de la même époque.

tous les devoirs de votre religion, je dois vous aider en cela, vous déclarant les sentiments que j’ai de cette piété et l’estime singulière que vous en devez faire.

Jésus-Christ, pour avoir sacrifié sa vie humaine à Dieu son Père , a reçu de lui ce privilège d’être dans l’Église une source de vie divine, dont il porte en soi la plénitude, pour en rendre participants tous ses enfants. C’est pourquoi le Saint-Esprit, dans l’Écriture sainte, fait entendre à tous les chrétiens qui sont les membres de Jésus-Christ, qu’ils ont reçu la grâce de vivre de cette première plénitude, et qu ils n ont rien en eux de la vie de Dieu, que ce qu ils en reçoivent de Jésus-Christ, et selon la mesure qu’il la leur veut dispenser, et les en rendre participants. Et 1 apôtre saint Paul prêchant toujours la vie de son Maître,. et annonçant ce que Jésus-Christ est à 1 Église, il dit en plusieurs lieux que Jésus est la plénitude non seulement de la loi , mais de toute l’Église , soit dans la terre, soit dans le ciel : car il remplit tout seul de sa grâce et de sa gloire tous les justes et tous les saints. Il est en eux toute leur vie, leur grâce et leur vertu ; il est en eux tout ce qu’ils ont de Dieu , lequel est en Jésus le tout en toutes choses , consommant en soi toute sa créature.

Ce qu’est Notre-Seigneur à son Église , il l’est par excellence à sa très sainte Mère. Ainsi il est sa plénitude intérieure et divine : et comme il s est sacrifié plus particulièrement pour elle que pour toute 1 Église, il lui donne la vie de Dieu plus abondamment qu à toute l’Église ; et il la lui donne même par gratitude, et en reconnaissance de la vie qu’il a reçue d elle. Car comme il promet à tous ses membres de leur tendre le centuple de ce qu’il aura reçu de leur charité en

la terre, il veut aussi rendre à sa Mère le centuple de la vie humaine, qu’il a reçue de son amour et de sa piété ; et ce centuple est la vie divine infiniment précieuse et estimable. Et comme elle a tenu sur lui la qualité de Père et de Mère tout ensemble, lui fournissant toute la substance de sa vie, Jésus est maintenant en elle, lui donnant toute la plénitude et la surabondance de vie convenable à un si vaste sujet d’amour, et à une capacité si grande de sa dilection et de sa vie divine.

Il faut donc considérer Jésus-Christ notre Tout vivant en la très sainte Vierge, en la plénitude de la vie de Dieu, tant de celle qu’il a reçue de son Père, que de celle qu il a acquise et méritée aux hommes par le ministère de la vie de sa Mère. C’est en elle, où il fait voir tous les trésors de ses richesses, l’éclat de sa beauté et les délices de sa vie divine. C’est là où l’on voit en raccourci la gloire que ses ignominies ont attirée sur l’Église, toute la joie et la félicité qu’il lui a acquise par ses souffrances, et toutes les richesses qu’il nous a méritées par la misère et par la pauvreté de la croix.

Là Jésus-Christ triomphe en ses dons : là il est glorieux du chef-d’œuvre qu’il fait : là il est en sa joie, et en la couche des délices qu’il s’est acquise, et qu’il s est préparée. O séjour adorable que celui de Jésus en Marie! O secret digne du silence! 0 mystère profond digne d adoration! 0 commerce incompréhensible ! O société de Jésus et de Marie inaccessible aux yeux de toute créature ! Si les anges, selon saint Paul, ne peuvent voir ni contempler la résidence, la communion et le mystère de la société spirituelle de Jésus avec son Église ; si Jésus même dit aux apôtres qu’ils

n’entendront que dans le ciel sa demeure en eux, et leur résidence réciproque en lui, qui seront ceux qui pourront voir cette demeure, cette habitation céleste et divine de Jésus en Marie et de Marie en Jésus? Cette demeure est semblable à celle de Jésus en Dieu son Père, et de son Père en lui. Comme je suis, dit-il, en mon Père, et mon Père est en moi, de même vous êtes en moi et je suis en vous. S’il dit cela de l’âme des fidèles, et de tout le commun de l’Église universelle, combien plus le doit-on dire de sa divine Mère , qui surpasse autant le reste de l’Église, que la lumière du soleil surpasse celle de tous les astres!

Sachez, ma très chère et très honorée fille, que vous ne pouvez avoir en partage un mystère à adorer plus glorieux à Dieu, plus agréable à Jésus-Christ, plus utile et plus précieux à votre état. Souvenez-vous qu’en toute la cour où vous êtes , tout ce que vous pourriez recevoir d’honneurs et de biens est si bas, si vil et si abject, que ce n’est rien qu’une faible figure, auprès de cet auguste et ce solide mystère, et auprès de cet honneur sublime que Dieu vous fait de vous y appliquer. Qu’y a-t-il de plus doux et de plus agréable à Jésus-Christ, que de l’aller chercher dans le lieu de ses délices, sur ce trône de grâce, au milieu de cette adorable fournaise du saint amour pour le bien de tous les hommes? Quelle source plus abondante de grâce et de vie, que ce lieu où habite Jésus comme en la source de la vie des hommes, et en la mère nourrice de toute son Église? Allons ensemble jouir de ce bonheur, et profiter des ouvertures que son amour nous y donne.

Page 1