‹ Lettres de M. OlierChapitre 218 sur 226 · A UNE DAME QUIL DIRIGEAIT · texte numérisé non relu

A UNE DAME QUIL DIRIGEAIT

Il l’exhorte à faire un continuel progrès dans le saint amour.

[Issy, le 20 juillet 1651 (3).]

Ma très chère et très honorée fille,

La nature se lasse quelquefois clans sa joie et s’ennuie de son plaisir, mais la charité ne dit jamais c’est assez : elle se fortifie, se renouvelle et s’augmente en la possession de ce qu’elle aime. Quelle joie à Jésus vivant et conversant avec sa Mère dans le monde ! Quelle consolation de voir la complaisance de son Père sur leurs entretiens, et le feu de l’Esprit divin opérant toujours par eux de nouveaux effets d’amour et de grâce! Un jour défiait l’autre en l’exercice de l’amour, et le premier se voyait toujours surmonté par le second. Ils allaient toujours croissant en grâce, en sagesse devant Dieu et devant les hommes. C’est là le modèle parfait du saint amour, qui fait ce même effet dans les cœurs abandonnés au Saint-Esprit.

Notre-Seigneur Jésus-Christ vit sur la terre dans les âmes, et prend accroissement en elles selon les opérations de sa grâce, comme il faisait autrefois conver-

(1) C’est la XLIVe des imprimées.

(2) Probablement Mme de Saujon à qui, dans la lettre précédente, il avait longuement parlé de la vie de Jésus en Marie, et avec laquelle il entretenait, dans l’été de 1651, une correspondance très suivie.

(3) Le 20 juillet est le jour où il est fait mémoire de l’enlèvement du prophète Élie. M. Olier était alors à Issy où ses promenades dans le jardin et le parc de l'abbé do Sève, lui permettaient de contempler chaque soir le coucher du soleil.

LETTRES DE M. GLIER.

sant en son enfance avec sa Mère, et il continue en nous sa vie intérieure quand nous sommes à lui uniquement. Ce qu’il a commencé en soi, il le continue dans son Église; en sorte que la vie divine qu’il lui communique et qui est si glorieuse à Dieu son Père, n’aura jamais de fin dans l’éternité. Il désire que toute la terre soit pleine de son feu, et il ne l’a envoyé icibas qu’afin qu’il dévore le monde. Ne voulez-vous pas vous laisser consommer à l’amour? Je vous y eusse invitée dès hier matin, m’y trouvant porté par la charité de Jésus-Christ qui me presse; mais me ressouvenant que je vous avais donné assez de sujet et de matière pour vous appliquer et vous renouveler en l’amour de Marie envers Jésus, je voulus vous laisser le loisir de tout lire, remettant à aujourd’hui à vous exciter à faire un progrès continuel dans le saint amour.

Me promenant hier au soir et voyant coucher le soleil, je considérais combien de pas avait fait ce grand astre, visitant tout le monde en un jour; et je disais en moi-même : Quelle joie serait-ce à une âme qui aurait fait de pareilles démarches en l’amour divin! oh qu’elle se coucherait avec grande douceur et consolation, si elle s’était avancée et acquittée de son devoir comme lui!

Nous avons en nous l’Esprit de Dieu et Jésus-Christ même, qui est comparé au soleil et nommé un géant; dont les pas et les démarches sont du ciel en la terre et de la terre au ciel. Et n’est-il pas étrange que nous arrêtions sa vertu, et que nous l’empêchions d’avancer en ses voies? Au nom de Dieu n’arrêtez pas d’un moment la course de son Esprit, et la vitesse avec laquelle il voudrait emporter votre âme. Dites-lui que s’il est géant, comme vous le croyez, qu’il vous enlève sur

ses bras et vous emporte avec lui. Dites-lui que vous êtes un enfant faible et petit qui ne peut pas avancer comme il fait; mais que, s’il veut vous faire la grâce de vous élever en sa force, et de vous porter en son sein, vous marcherez comme lui à grands pas, vous avancerez toujours dans la vitesse de votre course, vous arriverezheureusementavec lui. Je vous laisse en ce saint sentiment, que vous trouverez conforme à celui de Notre-Seigneur, qui, excitant à toute heure l’Église, lui dit, qu’elle se lève, et qu’elle avance promptement sans chercher du repos en ses voies, lesquelles sont toutes en paix et en consolation au milieu de leur vitesse et de leur rapidité.

Il n’y a rien de plus doux ni qui donne plus de repos, de joie et de consolation à l’âme, que d’être ravie hors de soi-même par Jésus-Christ et par son divin Esprit; qui n’a pas besoin pour cela du char ardent d’Ëlie, dont nous honorons aujourd’hui la mémoire, mais qui par sa seule puissance nous élève de la terre dans le ciel, et du fond de nous-mêmes nous transporte dans le sein de Dieu. Je serais infidèle à Jésus votre Époux, si je ne pressais incessamment votre âme pour l’empêcher de se reposer un seul moment sur elle-même. C’est l’unique appréhension de l’amant, qui veut que son amante s’appuie et se repose sur lui seul, selon les termes de l’Écriture qui dit que l’Église, Épouse de Jésus-Christ, s’élevant au ciel, est appuyée sur son bien-aimé.

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