CHAPITRE XX
SES DISPOSITIONS ET SES APPLICATIONS DANS SON INFIR¬ MITÉ , IL SE PRIVE DE TOUTE CONSOLATION, IL PRÉDIT SA MORT ET s’y PRÉPARE TRÈS SAINTEMENT.
Depuis que M. Olier avait été attaqué de paralysie, les médecins lui ordonnèrent d’aller tous les ans aux eaux de Bourbon : il prit de là occasion de visiter plusieurs églises où la très sainte Vierge était particulièrement honorée 5 il se servit aussi de ses voyages pour inspirer à plusieurs ecclésiastiques un grand zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, et pour donner encore de grands secours aux pauvres.
Le moindre de tous ses soins était celui de sa santé, et il n’aurait jamais cherché ses soulagements, s’il n’eût regardé l’ordonnance des médecins comme un signe de la volonté de Dieu. Il était tellement mort au désir de vivre qu il demandait incessamment à Notre-Seigneur qu’il lui plût le retirer de cet exil. On lui entendait dire très souvent : Quand est-ce que viendra le moment qui consommera notre sacrifice, et qui donnera le dernier coup à la victime ?
L’espérance de la vie bienheureuse faisait toute sa consolation, et il le donnait bien à connaître par ses discours et par toute sa conduite, car il lui échappait souvent de dire : Ah chère éternité! tu nés pas loin . Et comme un jour un ecclésiastique, pour lui donner quelque récréation, lui voulut dire des nouvelles, il lui ferma la bouche aussitôt, lui disant que cela n’avait pas ce goût de V éternité. L’esprit de Dieu le portait continuellement à une privation universelle de toutes
choses, il était si fidèle à suivre ces mouvements, que pendant ses trois années d’infirmité et de langueur, il ne voulait pas même faire venir personne pour lui tenir compagnie; seulement il recevait ceux que la Pr ovidence lui envoyait, et il déclara trois jours avant sa mort à un prêtre qu’il chérissait extrêmement en Notre-Seigneur, et à qui Dieu l’avait étroitement uni pour l’accomplissement des œuvres dont il était chargé, que s’il s’était privé depuis quelques mois de sa fréquente conversation, ce n’était pas qu’il eût reçu aucun sujet de mécontentement, mais parce qu’espérant de goûter bientôt les consolations divines dans l’éternité, il avait cru devoir renoncer à toutes celles que les hommes lui pouvaient donner sur la terre.
Après que ce serviteur de Dieu eut passé ainsi ces trois dernières années dans les privations, les maladies et les peines intérieures pendant lesquelles il ne laissa pas de travailler beaucoup pour l’Église, et de pratiquer toutes sortes de vertus, Notre-Seigueur lui fit connaître qu’il avait exaucé ses prières, et qu’il le retirerait bientôt de ce monde. Il lui marqua même que ce serait vers la fête de Pâques de l’année 1657. Ce qui fit que le premier jour de carême, il dit à son successeur dans la cure de Saint-Sulpice (1), qu’il fallait se préparer à la mort, et qu’à Pâques ils ne se verraient plus.
L’assurance qu’il avait d’être délivré en ce temps des misères de cette vie, augmenta beaucoup sa dévotion envers le mystère de la résurrection, et il en eut toujours le reste de sa vie l’image imprimée dans son esprit.
(1)M. Alexandre le Ragois de Bretonvilliers.
Vers la fin du carême il fut attaqué d’une légère apoplexie, ce qui arriva le vingt-sixième jour de mars, auquel on avait transféré la fête de l’Annonciation. Mais cet accident ne lui ayant pas ôté la connaissance, il ne laissa pas de servir encore son prochain selon son pouvoir, parlant à plusieurs personnes de dehors pour le salut de leurs âmes, et leur découvrant même des choses très secrètes, et qu’elles seules pouvaient savoir, comme elles l’ont depuis assuré.
Il entretint aussi assez longtemps un ecclésiastique du séminaire lui donnant des instructions notables, et l’exhortant surtout de ne se jamais conduire par les maximes de la prudence humaine, mais d agir dans la simplicité de la foi : il lui témoigna qu il avait confiance que Dieu soutiendrait le séminaire qu il avait commencé, parce qu’il le laissait entre les mains et sous la protection de la très sainte Vierge, qui avait donné tant de marques évidentes de 1 amour et du soin qu’elle avait pour cette œuvre.