A MADAME DE SAÜJON, A PARIS
Il lu! parle encore rte la vie de Jésus eu Marie et de Marie en Jésus en qui l'âme se doit perdre pour être tout à Dieu.
[28 octobre 1651 (3).]
Ma très chère et très honorée fille,
Je suis consolé, voyant la joie et le goût que vous prenez aux choses qui regardent la divine Mère, en (1) Sur la XCVIIIe des imprimées.
(2 et 3) Les Mémoires du serviteur de Dieu ne permettent pas de douter que cette lettre et les suivantes n’aient été écrites à Mme de Saujon dulant les derniers mois de 1651. On y retrouve des traces manifestes des
qui vous devez établir tout votre intérieur. Il me semble que notre aimable Tout est si content qu’on adore, qu’on imite et qu’on fasse connaître et honorer la vie divine de Jésus et de Marie , que nous ne devrions faire autre chose en ce monde. Il faut croître tous les jours dans la sainte charité, et tous les jours notre grand Tout nous donnera des moyens et des ouvertures admirables pour l’honorer et le servir. Que j’ai de joie que Jésus et Marie désirent renouveler en terre leur vie inséparable en leur religion et en leurs respects envers Dieu !
Il n’y a rien de plus admirable que cette vie de Jésus en Marie; cette sainte vie qu’il répand continuellement en elle; cette vie divine dont il l’anime, aimant en elle, et y louant et adorant Dieu son Père, comme un digne supplément de son cœur, dans lequel il se dilate avec plaisir. Toute la vie de Jésus et tout son amour dans le reste de l’Église, et même dans ses apôtres et dans ses plus chers disciples, n’est rien en comparaison de ce qu’il est dans le cœur de Marie. Il y habite en plénitude ; il y opère en l’étendue de son divin Esprit; il n’est qu’un cœur, qu’une âme, qu’une vie avec elle. Il n y a rien de plus admirable que cette union, ou pour ainsi dire cette sainte et mystérieuse unité. C’est une chose en sa consommation, qui ne se peut comprendre : et ce qui est en cela de consolant, c’est que ce chef-d’œuvre est pour durer toujours.
communications plus fréquentes et plus intimes que M. Olier recevait alors dans l’oraison et à la sainte messe, soit pour sa propre sanctification, soit pour l’avancement de cette dame, qui dès lors était liée à sa giâce , et à laquelle il avait ordre de communiquer les lumières qu’il recevait.
— Le dernier alinéa de cette lettre reflète parfaitement ce queM. Olier, dans ses Mémoires, dit avoir éprouvé dans le courant d’octobre 1651.
0 que Jésus est adorable dans sa Mère ! On ne peut pas comprendre ce qu’il y est, et de quelle manière Dieu le fait être à elle, et se rend en elle tout ellemême. C’est un œuvre de foi, et plus il est de foi, plus il est saint et divin, et donne plus à goûter dans l’intime de l’âme. C’est un abime d’amour et de charité que l’on ne conçoit pas; car on ne peut connaître ni l’étendue de la dilection de Jésus envers Marie, ni la force et la pureté de l’amour de Marie, envers Jésus. Soyons tout perdus en lui, pour être tout ce qu’il est envers Dieu, son Père, et envers sa divine Mère; savoir, hostie de religion vers l’un, et victime cl’amour vers l’autre, pour le temps et pour l’éternité. Bénissons ce grand Tout, pour qui Jésus et Marie se consomment, et renouvelons nos vœux de fidélité à l’un et à l’autre, nous consacrant en eux à Dieu comme ses hosties de charité, qui ne désirent que leur consommation.
Je vous dirai encore que je ressentais ce matin à la prière l’union et la perte du cœur de Marie en Jésus, qui était un aliment, une vie et une joie parfaite à cette divine Mère. Le cœur de Jésus, séparé et dégagé de toutes choses, était uniquement vivant à Dieu son Père; et Marie, toute perdue en son Fils, se trouvait aussi entièrement en Dieu. Elle était pleine de ses mêmes sentiments, de ses dispositions, de ses désirs et de ses prières ; en un mot elle était plus en Jésus que toute créature. Le reste des personnes qui vivent à Dieu en ce monde, paraissent si propriétaires d’elles-mêmes, si a ttachées à leurs sentiments, si pleines en leur cœur de leurs propres désirs, que presque tout y parait grossier et séparé de Jésus, en comparaison des dispositions et de l’état très pur et très saint de
Marie. Bénissons incessamment l’amour qui sait sacrifier parfaitement la créature, et la consommer en un pour la gloire de Dieu. Je désire de tout mon cœur que la divine Mère achève son ouvrage en vous pour toute l’éternité, et qu’elle vous tienne toujours perdue en elle, afin que vous ne puissiez rien sur vous, et que ni Satan, ni le monde, ni aucune créature ne trouvent accès pour blesser votre cœur, qui doit être inviolable en l’imitation de Marie. Je suis en elle tout vôtre sans réserve pour la sainte Éternité. Adieu.
LETTRE CCIY (1).
A LA MÊME (2)
Qu'une bonne voie pour rendre nos devoirs à Notre-Scigneur, particulièrement dans le temps de ses mystères, est de s’unir à la très sainte Vierge.
[Vers le même temps.]
Ma très chère et très honorée fille,
Bénis soient Jésus et Marie dans la sainteté de leur état divin où la seule foi peut nous donner accès durant la vie présente. Je ne puis vous témoigner toutes les bontés de cette adorable maîtresse. Elles surpassent tout ce que je saurais vous en dire, et je ne puis assez l’en remercier. Je vous prie d’être pour cela mon aide et mon secours. Vous savez la part que vous avez à ce qu’elle me donne, et à tout ce que je reçois des bontés ineffables de son cher Fils, l’adorable et le suradorable Jésus. Il faut particulièrement en ces temps
(1) C’est la CXXXl0 des imprimées.
(2) La dernière phrase ne laisse aucun doute sur la personne à qui celte lettre est adressée.
nous abîmer en Marie, pour entrer en toutes ses dispositions envers Jésus-Christ et envers son Père. Car elle est la Mère de l’un, et la sainte Épouse de l’autre, et nous ne saurions trouver ailleurs de quoi rassasier mieux nos cœurs dans l’amour que nous leur devons, et dans la société qu’il faut que nous ayons avec le Père et le Fils.
Je vous donnerai à ce sujet la même instruction que je reçus il y a quelques mois. C’est que le temps des mystères de Jésus est celui auquel nous devons avoir plus d’union et plus de liaison avec la sainte Vierge, à cause que c’est le temps auquel nous devons le plus à Jésus-Christ, et qu’il n’y a qu’elle seule qui puisse fournir et suppléer abondamment à nos devoirs, et aux hommages que nous sommes obligés de lui rendre. L’Église même s’unit à son intérieur pour lui rendre les devoirs de sa religion ; et si elle est obligée d’aller à. Jésus-Christ pour honorer en lui et par lui la grandeur de son Père, ce Père plein d’amour pour son Fils veut qu’elle soit unie à la très sainte Vierge pour rendre en elle et par elle ses devoirs à Jésus, qui est 1 objet continuel de sa religion. Par ce moyen, vous irez toujours croissant et vous avançant dans l’intérieur de Dieu même. Caria sainte Vierge, comme son Epouse, habite dans le plus intime de son sein ; et Jésus en elle, comme votre divine voie, vous conduira dans ce lieu de délices.
Je ne puis vous exprimer la joie que j’ai ressentie en voyant par votre lettre vos dispositions , et que c’est là où la grâce de Jésus-Christ vous porte. Je ne me souviens point d’avoir éprouvé en toute ma vie une pareille satisfaction. J’aurais donné à Dieu toute la terre, et tout ce qu’il y a de créé pour pouvoir attirer
ces sentiments sur vous, et pour vous voir établie dans la pureté de l’esprit dont Notre-Seigneur vous favorise. Je prie tous les anges et tous les saints de bénir Dieu, de le glorifier de ses dons, et d’être en adoration et en action de grâces perpétuelles pour les biens qu’il vous fait. Je vous en dirai davantage à la première occasion. Cependant rendez vos assiduités, en la religion de la très sainte Vierge, à la princesse que votre emploi vous oblige d’honorer et de servir (1), et qui vous est donnée sur la terre comme son image visible, afin que dans votre condition vous ne soyez jamais absente cl’elle en sa personne.