SA CHARITÉ POUR LE PROCHAIN
Sa charité pour le prochain répondait à l’amour qu’il avait pour son Dieu; il chérissait tendrement tous les serviteurs de Jésus-Christ, et ne savait ce que c’était que d’entrer en jalousie du bien que font les autres; il avait un grand respect et une singulière affection pour les religieux, il vivait dans une parfaite union avec eux, il les servait avec joie, il les employait volontiers, et les secourait de ses moyens, autant qu’il était en son pouvoir.
ïl avait en singulière vénération ces saintes communautés qui se dévouent au service du prochain et à la sanctification des âmes. ïl ressentait autant de joie de la bénédiction que Dieu donnait à leurs travaux, qu’il en aurait eu du succès de ses propres entreprises, et il s efforçait de leur rendre service en toute occasion.
Surtout il tâchait d’établir une parfaite charité dans le cœur de ses disciples ; il les portait à vivre ensemble avec beaucoup de simplicité, et avec une entière ouverture et une parfaite cordialité : il leur recommandait de se revêtir des mœurs de Jésus-Christ, afin qu’ils n’eussent tous qu’un cœur et qu’une âme, étant tout consommés en ce divin Sauveur, ut sint consummati in unum. 11 leur enseignait cette doctrine par ses exemples autant que par ses paroles, car on n’a jamais vu personne plus affable, plus ouvert, plus prêt à servir tout le monde, ni plus tendre sur les besoins et les misères t u prochain, que lui. C’est le témoignage que rendent ceux qui l’ont vu traiter avec le prochain, et qui l’ont accompagné dans les visites qu’il rendait aux malades.
Sa chanté s’étendant ainsi sur tout le monde, elle ne pouvait manquer de se faire sentir aux pauvres : en effet il les a tellement chéris, qu’il semblait avoir pour eux un cœur de père. Il les a secourus avec tant d assiduité, qu’on eût dit qu’il s’était uniquement consacré à leur service.
Car sans parler de la charité , et de l’application avec laquelle il les instruisait en toutes occasions, il ni était ordinaire de les servir à table, de manger leurs restes, et de baiser leurs pieds. On l’a vu jusqu’à se«ze fois coller sa bouche contre leurs ulcères, dont le pus lui couvrait tout le visage. Quand il ne pouvait pas les approcher, il se prosternait en esprit à leurs
pieds, ]es honorant et les chérissant comme les membres de Jésus-Christ.
Quelquefois dans ses voyages il faisait mettre leurs fardeaux dans son carrosse ; d’autres fois il les pressait de monter sur son cheval, et en ayant rencontré un dans un fumier, tout plein de vermine, il s’en chargea, se faisant aider par un de ses ecclésiastiques pour le porter au travers de la ville jusqu’à l’hôpital. Il était plus que libéral à les servir, et souvent les gens du monde ont condamné ses aumônes comme s’il eu était prodigue.
Un vertueux laïque (1) qui le servait dans les visites des pauvres a déclaré que jamais M. Qlier ne lui avait refusé ce qu’on lui avait demandé pour les pauvres, et qu’il donnait même plus qu’on ne désirait, et souvent sans qu’on lui demandât. Un jour qu’on le pria de donner une pistole pour secourir une famille, il dit : Ce n’est pas assez , et il en donna trois.
Rencontrant dans un voyage un homme qu’on menait en prison, il s’informa du sujet de son emprisonnement, et comme il apprit que c’était à cause que cet homme se trouvait redevable de soixante écus, il les fit donner sur l’heure et le délivra. Dans une de ses missions qu’il fit en Auvergne, il dépensa jusqu’à seize mille francs pour l’entretien des missionnaires et principalement pour le soulagement des pauvres.
Les persécuteurs de notre saint prêtre n’ont pas moins éprouvé les effets de sa charité que ses meilleurs amis. Bien loin d’avoir aucun ressentiment contre eux, il les comblait d’honneur et de bienfaits. Un de ceux qui avaient suscité contre lui la sédition
(1) Le frère Jean Blondeau, plus connu sous le nom de frère Jean de la Croix.
dont nous avons parlé, étant tombé malade par un châtiment visible de la main de Dieu, il le visita avec plus d assiduité, que pas un autre de ses paroissiens. Une autre personne, qui l’avait cruellement calomnié, ayant une affaire fâcheuse, notre serviteur de Dieu employa des personnes pour solliciter pour elle, et comme elles lui demandèrent ce qu’elles diraient aux juges, il répondit : Dites, je vous prie, que c'est une personne à qui j’ai de grandes obligations.