SA RELIGION
Sa religion ne cédait point à sa charité ; les dépenses qu il a faites en toutes occasions et en tant de lieux pour inspirer le respect des choses saintes; les sentiments qu’il a eus sur les cérémonies de l’Église, et qui se voient dans ses livres , et le souverain respect avec lequel il étudiait les saintes Écritures, sont des témoignages de la grandeur de son zèle pour le culte divin, et font voir combien sa religion était parfaite.
Il n’est pas aisé d'exprimer quelle a été sa dévotion envers Notre-Seigneur au très saint sacrement de l’eucharistie : il ne se contentait pas de lui rendre des visites fréquentes et d'aller aux pieds des autels y recevoir sa bénédiction, toutes les fois qu’il sortait du logis, ou qu il y rentrait : il ne lui suffisait pas non Plus de faire la même chose dans tous ses voyages, ne s arrêtant point à l’hôtellerie qu’il n’eût été à 1 église pour y adorer cet auguste sacrement; mais il aurait souhaité de passer toute sa vie devant les ta-
bernacles où Jésus-Christ réside et se consumer là comme une lampe vivante en la présence de son Dieu : en efiet il y demeurait tout le temps qu’il lui était possible : les trois et les quatre heures ne pouvaient pas satisfaire sa dévotion.
C’était là qu’il se délassait de ses fatigues et qu’il passait les jours de repos. 11 disait que quand les ouvriers apostoliques étaient chargés d’années et abattus du travail qu’ils avaient entrepris pour le salut du prochain, ils devaient se reposer aux pieds des tabernacles et achever leurs jours auprès de leur bon maître. Il enviait l’emploi des ecclésiastiques destinés à porter la clochette lorsque le très saint sacrement est porté aux malades, et il a mille fois souhaité qu’il lui fût libre de s’attacher à cette fonction, pour être plus souvent en la compagnie de son Sauveur, et pour avoir occasion de lui préparer les voies et d’exciter les peuples à l’adoration cl’un Dieu caché sous les espèces sacramentales.
Il n’avait pas moins d’empressement de s’unir à son divin Sauveur par la sainte communion : il offrait tous les jours le saint sacrifice, mais avec tant de dévotion, qu’il en donnait aux assistants. Ses infirmités ne pouvaient l’empêcher de monter à l’autel, si elles n’étaient très considérables. Si les médecins, craignant que l’application ne lui fut trop préjudiciable, lui conseillaient de passer quelques jours sans communier, cette privation lui était plus sensible que toutes les douleurs de la maladie. Ce qui ayant été reconnu par ceux qui étaient auprès de lui, nonobstant son silence et sa soumission, ils jugèrent plus à propos de lui donner cette divine nourriture, pour ne pas diminuer ses forces et augmenter ses maux, que de la lui refuser.
Enfin le grand désir de notre serviteur de Dieu était d’établir en tous les lieux le culte de cet adorable sacrement. Lorsqu’il a fondé le séminaire, et qu’il s’est chargé de la cure de Saint-Sulpice , il avait principalement en vue de former des prêtres qui pussent porter partout la connaissance et l’amour de cet auguste mystère, pour l’honneur duquel il eût voulu donner sa vie et répandre son sang.