SA DÉVOTION A LA SAINTE VIERGE ET AUX SAINTS
Il faudrait de longs discours si l’on voulait rapporter tous les devoirs que M. Olier a rendus à la très sainte Vierge pour lui témoigner son respect et son amour. On peut dire que tout ce qu’un enfant bien né peut faire pour une bonne mère, il l’a fait pour la mère de Dieu. Il n’y a point en France de lieu considérable de dévotion consacré au culte de la bienheureuse Vierge qu il ait pu visiter, où il n’ait été plusieurs fois , et assez souvent à pied. Tous ses voyages commençaient et finissaient par la visite d’une église de Notre-Dame. Il n’a jamais manqué de saluer cette sainte mère lorsqu il sortait de la maison, ou lorsqu’il y était rentré. Tout le temps qu’il se donnait pour prendre un peu de relâche après les travaux des missions, était consacré à la mère de Dieu : car il l’employait en quelque pèlerinage qu’il faisait en son honneur.
Chaque jour il récitait son chapelet, et il faisait cette prière avec tant d’ardeur et de recueillement, qu il y trouvait un grand soulagement dans ses peines.
et une source féconde de grâces et de bénédictions. Mais sa grande dévotion était d’offrir Jésus-Christ sur l’autel dans les intentions de sa très sainte mère, et il n’y manquait jamais les samedis, faisant outre cela célébrer chaque jour trois messes en son honneur.
Si on lui demandait l’aumône au nom de la sainte Vierge il ne la refusait jamais , et il empruntait plutôt que de ne pas accorder ce qu’on lui demandait. S’il avait quelque chose de prix, il lui était comme impossible de ne le pas donner pour l’ornement de quelqu’une des chapelles où elle était honorée, et ce qu’il recevait même pour son usage il l’ offrait toujours à cette sainte mère, la priant de ne pas souffrir qu’il s’en servit pour offenser son fils ; car il n’appréhendait rien tant que de faire quelque chose, ou de conserver dans son cœur la moindre affection qui pût offenser les yeux de Jésus et de Marie.
Sa joie était extrême lorsqu’il pouvait parler des grandeurs de la reine du ciel , et il le faisait avec tant de bénédictions, soit en public, soit en particulier, que ses auditeurs étaient tous pénétrés de respect et d’amour pour cette princesse.
Comme il savait que toutes les grandeurs de Marie viennent de Jésus, et que le Fils de Dieu n a point eu sur la terre de séjour plus agréable que le sein de sa mère , il s’occupait avec une singulière consolation; de Jésus vivant et résidant en la très sainte Vierge; il le considérait là comme dans son trône où il faisait voir les trésors de sa richesse, l’éclat de sa beauté et la gloire de sa vie divine. Qu’y a-t-il de plus doux, disait-il, et de plus agréable à Jésus-Christ, que de se voir chercher dans le lieu de ses délices , sur ce l> ône de grâce et au milieu de cette fournaise du saint amour ?
Il avait pour maxime que celui qui voulait demander des grâces, ou rendre ses devoirs à Jésus-Christ ne pouvait y mieux réussir que par l’entremise de sa très sainte mère : que c’était par elle qu’on avait accès auprès de Jésus, et par Jésus auprès du Père.
Il a tâché de communiquer ces mêmes sentiments à tous ceux qui l’ont approché , principalement aux ecclésiastiques : car il était persuadé que les prêtres appartenant particulièrement à Jésus-Christ, et ayant l’honneur de le produire sur les autels, ils doivent imiter avec plus de soin les vertus de celle qui l’a donné au monde, et être plus attachés que les autres au service de la sainte Vierge, qui a eu le bonheur de lui plaire par-dessus toutes les créatures. C’est pourquoi il a voulu que tous les ecclésiastiques de sa compagnie fissent profession particulière d’honorer la reine des anges et des hommes, et qu’ils la regardassent comme la dame et la singulière protectrice du séminaire.
Sa dévotion pour la mère de Dieu lui donnait un respect et un amour tout particuliers pour saint Joseph, l’époux de cette très sainte Vierge, et pour saint Jean l’Évangéliste, qui lui a été donné à la place de son divin Fils. Il honorait encore avec une singulière affection plusieurs autres saints , entre autres saint François de Paule dont il embrassa le tiers ordre, et qu’il allait souvent prier dans son église de Nigeonles-Paris, ayant un profond respect pour l’humilité de ce grand saint, qui a voulu être appelé le plus petit de tous les hommes, et le remerciant avec beaucoup de reconnaissance d’avoir fait honorer, en cette église , la mère de Dieu sous le nom de Notre-Dame-de-toutes- Crâces. Aussi a-t-il mérité de mourir le jour de ce
grand saint, qui est le 2 d’avril, comme nous avons remarqué.