‹ Lettres de M. OlierChapitre 34 sur 226 · SON HUMILITÉ · texte numérisé non relu

SON HUMILITÉ

L'humilité a été sa chère vertu et il la possédait dans un si haut degré , que se regardant comme le serviteur de tout le monde, et comme le dernier des hommes, il ne recevait service de personne, qu’avec une extrême confusion, et servait au contraire les autres dans les plus bas offices avec une joie non pareille.

Dans un grand voyage qu’il fit avec quelques-uns de son séminaire , il ne voulut point qu’on menât de valet, parce qu’il voulait être lui-même le valet de toute la compagnie; en effet, il en fit les fonctions durant tout le chemin, malgré la résistance de ces honnêtes ecclésiastiques.

Il ne parlait jamais de soi, se croyant indigne d’occuper une place dans les esprits, quelque petite qu’elle fût. Il ne s’excusait point non plus, et on lui a fait souvent des reproches sanglants et très mal fondés, sans qu’il ait ouvert la bouche pour se justifier. On l’a vu même dans ces occasions-là se jeter à genoux, et, comme si effectivement il eût été coupable, demander pardon aux personnes qui l’avaient maltraité, quoiqu’elles fussent souvent de très basse condition.

Un homme qui lui était inférieur s’avisa un jour, pour l’éprouver, de lui dire qu’il était un gourmand, et d’ajouter à ce reproche d’autres paroles humiliantes,

mais il fut bien surpris et tout à fait édifié de voir que M. Olier ne lui répondit que par des remerciments, et lui promit de profiter de l’avis qu’il avait eu la charité de lui donner.

Si dans les rencontres notre humble prêtre ne faisait paraître aucune émotion au dehors, il n’était pas moins tranquille dans le fond de son âme , et il a déclaré à son directeur que depuis que Dieu lui avait fait la grâce de souffrir avec joie le mépris qu’il voyait que quelques mondains faisaient de lui, dans une cérémonie ecclésiastique, il s’était trouvé tellement établi dans l’amour de l’humiliation qu’il n’avait jamais rien perdu de sa paix intérieure, au milieu des affronts et des outrages, quoiqu’il se soit plusieurs fois vu rebuté de ses proches, maltraité des grands, injurié par des valets, et insulté par des gens de la lie du peuple, que la malice du démon excitait contre lui.

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