‹ Lettres de M. OlierChapitre 39 sur 226 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

A LA MÊME RELIGIEUSE

Il la prie de lai écrire ponr le dédommager de ce qu’il n‘a pu la voir en arrivant au pays.

Probablement de Pébrac vers la fin d’avril 1634 (2).

Ma révérende Mère,

Puisque le ciel veut cette souffrance pour vous et pour moi, j’y consens volontiers : nous sommes tous à Dieu et

(1) Tirée de l’Histoire de l’ordre des filles de Notre Dame , par le P. Bouzonié, t. II, p. 248.

(2; Ordonné prêtre en 1633, M. Olier s’occupa principalement d’évangéliser les lieux dépendants de ses bénéfices. 11 avait surtout à cœur de faire des missions dans les paroisses d’Auvergne qui relevaient de son abbaye de Pébrac. A cet effet, il y fit deux voyages : l’un en 1634, immédiatement après Pâques, et 1 autre en 1636. C’est dans le premier qu il dut faite celle lettre et la suivante. La mère des Granges s’étant trouvée malade quand il passa à Brioude, il lui écrivit, dès son arrivée à Pébrac, pour suppléer à la visite qu’il n’avait pu lui faire.

à son amour, hors duquel nous ne sommes rien. Vive Jésus crucifié! vive Jésus expirant sur la croix! Après quoi, je ne puis plaindre votre condition. J’aide ladouleur pour la mienne, étant privé d’apprendre de votre bouche quelque leçon d’amour pour Jésus et pour Marie. J’attendrai de vos lettres pleines de ce saint feu, quand vous pourrez écrire, pour profiter en votre absence. En attendant, je penserai à Jésus-Christ cloué sur le lit de sa mort : c’est là où je vous verrai, car je crois que dans l’état où vous êtes, vous habitez plus sur le Calvaire que dans votre chambre. Vive donc mon amour, Jésus! Vive sa Mère mourante avec lui! Vive saint Joseph, qui mourut avant son Fils, n’étant pas assez fort pour supporter sa mort ! Mon cœur, que ne meurstu, quand tu penses à la mort de l’amour qui te fait vivre? Peux-tu entendre ses soupirs sans perdre tes sentiments? Sépare-toi, mon âme, pour suivre l’âme de mon Jésus : tu seras plus heureuse d’être unie pour toujours à ta fin. Sors de ta prison; va jouir de ta félicité! O Ciel, que tu es loin de moi! Éternité, approche-toi! Qui te retient : puisque tes liens te déplaisent et qu’un puissant objet t’attire pour te charmer? Ce sont mes péchés qui m’arrêtent : j en accepte, Seigneur, les châtiments. Je suis tout à vous, ô Jésus, dans la peine comme dans la jouissance; je soupirerai dans le séjour de la peine autant que vous voudrez; faites que ce soit en vous aimant toujours.

Je suis, dans cet amour, ma révérende Mère, votre très humble, très obéissant et très obligé fils et serviteur.

Olier;

Page 1