‹ Lettres de M. OlierChapitre 40 sur 226 · LETTRE III · texte numérisé non relu

LETTRE III

A LA MÊME RELIGIEUSE

Après l’avoir remerciée de ce qu'elle lui a procuré quelques prêtres pour la mission de Pébrac, il la conjure de nouveau de l'aider à aimer \otrc»Seigueur (2).

Été de 1634.

Ma révérende Mère,

Je pense que notre tout amour Jésus, avec sa très sainte Mere et saint Joseph, ont bien pour agréable que j’emploie les derniers moments de ma journée à vous remercier dans leur amour, de la charité que vous avez faite aux âmes de notre mission. C’est la sainte Vierge, notre toute belle et toute grande Maîtresse et Mère, qui nous donne par vous ces charitables prêtres que vous m’envoyez (3). Je les reçois de ses mains et des vôtres. Je pense que nous rendrons Jésus-Christ triomphant dans cette paroisse de Péhrac, mais par ses propres armes, par la vertu du sang qui les a rachetés. Demandez-lui qu’il me permette d’en faire autant du

(1) Histoire de l’ordre de N.-D t., Il, p. 249.

(2) M. Olier avait conduit en Auvergne, en 1 634 , trois ecclésiastiques de ses amis : MM. de Perrochel, deBarrault, et Renard, et avec eux un prêtre la Mission que saint Vincent de Paul lui avait donné ; mais la moisson était trop abondante pour être recueillie avec un si petit nombre d’ouvriers, et il lallut recourir à des ecclésiastiques du pays. La révérende mère des Granges, qui par sa sainteté exerçait une grande influence dans la contrée, lui procura quelques zélés auxiliaires parmi lesquels il faut sans doute compter M. Jacques Planat, originaire de Blesle, à quelques lieues de Brioude, lequel, après avoir aidé le serviteur de Dieu dans ses missions d Auvergne, vint le joindre à la paroisse de Saint-Sulpice et s’attacha à sa compagnie naissante, {Viede M. Olier, t. JII, p. 210 et 351.)

(3; M. Olier commença ses missions d’Auvergne par celle de Pébrac et il en était encore occupé quand il écrivit cette troisième lettre, ce qui lui donne pour date approximative l’été de 1634.

reste delà province. Essayons de voir régner partout notre Maître, et de faire honorer partout sa divine Mère et Joseph, le saint Époux. Languissons jusqu’à ce que ce jour ait paru à nos yeux.

Mon Dieu, ma Mère, ouvrez-moi votre cœur : ne soyez pas resserrée dans les sentiments de votre amour, parlez-en comme vous pensez. Que jevoie sur le papier une étincelle du feu qui vous anime. Les anges et les bienheureux sont témoins de leurs flammes, pour s’exciter à de nouvelles joies et pour augmenter leur amour. Jamais la charité ne peut faire de tort; la vôtre seule m’en ferait si vous me la cachiez. Donnez-moi donc une leçon pour aimer mon Jésus à votre exemple; donnez-moi un moyen pour aimer ma toute belle, l’unique entre les femmes, quelque moyen d’ètre un, mais uniquement un avec notre sacrée Maîtresse, Marie, beau nom qui me presse le cœur et qui devrait me l’avoir mille fois enflammé! Marie, l’amour des Saints, Fille du Père, Mère du Fils, Épouse du Saint-Esprit : grandeur inconcevable ! Oserai-je me qualifier du titre de votre enfant, ô Mère de mon Dieu? Me voulez-vous souffrir en qualité d’esclave, ô Reine des Cieux? Exercez sur moi vos bontés : en vîtes-vous jamais de plus belle matière? Ordonnez comme il vous plaira du plus misérable pécheur du monde.

Je suis, ma Mère, en son amour et de son cher Époux, selon la volonté de notre Tout, Jésus, votre très humble, très obéissant et très obligé fils et serviteur.

Olier.

LETTRE IY (1).

A M. ALAIN DE SOLMINIAC, ABBÉ DE CHANCELADE ,

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