‹ Lettres de M. OlierChapitre 4 sur 226 · SES ÉTUDES · texte numérisé non relu

SES ÉTUDES

Étant mis au collège, il fit de très grands progrès dans les études, selon le témoignage de tous ses maîtres. Il avait l’esprit vif et la mémoire heureuse, mais il ne s’appuyait pas tant ni sur l’un ni sur l’autre , qu’il n’eût recours à toute heure à la lumière du ciel : il la demandait par l’intercession de la mère de Dieu, qu il invoquait dans tous ses besoins et avant toutes ses actions ; récitant en son honneur la salutation angélique avec une ferveur extraordinaire et une parfaite confiance.

Il ne faisait que commencer ses études lorsqu’il fut destiné par ses parents à l’Église, et pourvu d’un bénéfice; mais dans la suite, son naturel actif et tout de feu fit douter s’il était propre à l’état ecclésiastique, dont toutes les fonctions demandent beaucoup de gravité et une grande modestie. Peut-être même qu’on lui eût fait changer de condition si saint François de Sales, qui se trouva à Lyon en l’année 1622, lorsque le père de M. Oliery était intendant de justice, n’eût été consulté par madame sa mère : mais ce grand prélat ayant imploré la lumière du Saint-Esprit par d’instantes prières, répondit à Mme Olier quelle changeât sa crainte en action de grâces, parce que Dieu avait choisi cet enfant pour sa gloire et pour le bien de son Église. Ce saint évêque le prit dès lors en affection, il le demanda à messieurs ses parents et il désira de l’avoir auprès de lui pour le former aux vertus ecclésiastiques : mais la mort de ce saint, qui arriva in-

continent après, empêcha l’exécution de ce dessein.

Dieu, ayant privé M. Olier d’un si grand avantage, y suppléa par le soin particulier qu’il prit de conserver son âme dans une très grande pureté : car outre les remords continuels dont il affligeait son âme, sitôt qu’il avait commis quelque faute, il permettait encore que son esprit fût rempli de ténèbres et d’obscurité, jusqu’à ce qu’il eût purifié son cœur par le sacrement de pénitence. Ainsi il était comme impossible à ce jeune homme de se familiariser avec le vice, et d’en contracter aucune habitude.

Mais si la justice de Dieu était exacte à punir ses fautes d’une manière si sensible, elle ne l’était pas moins à récompenser libéralement ses vertus. Il serait aisé d’en produire plusieurs exemples remarquables, mais il suffira dans cet abrégé d’en rapporter un seul : on y reconnaîtra d’une part la protection singulière que Dieu donnait à son serviteur, et de l’autre la rare modestie de ce jeune homme; et on aura sujet d’admirer que, nonobstant son naturel bouillant et son tempérament tout de feu , il ait eu tant de retenue et tant d’amour pour l’honnêteté, qu’il ait choisi d’exposer sa vie plutôt que de faire la moindre chose qui pût choquer cette vertu. Ayant un jour passé un bras de rivière à la nage , et apercevant quelques personnes sur le rivage, ce chaste enfant aima mieux retourner à l’autre bord sans prendre haleine, que de paraître devant le monde dans un état tant soit peu contraire à la pudeur. Mais lorsqu’il fut au milieu du trajet, les forces lui manquèrent; il commença d’enfoncer, et il se serait infailliblement perdu, si la bonté divine, qui voulut reconnaître sa pureté par un secours qui semble miraculeux, ne lui eût fait rencontrer un pieu

caché dans l’eau, sur lequel posant un pied il reprit ses forces, et se sauva de ce danger.

Ses humanités étant achevées, il étudia en philosophie, et soutint à la fin une thèse en latin et en grec. La connaissance qu’il eut de la langue grecque ne fut pas superficielle : il la posséda si bien, qu’elle lui servit depuis extrêmement pour l’étude de l’Écriture et des saints Pères, dans lesquels il puisa des lumières admirables sur les mystères de notre foi et sur la perfection du christianisme. De la philosophie il passa à la théologie; et, après avoir pris les leçons des plus célèbres professeurs de Sorbonne pendant trois années, il fit son acte de tentative, avec tout le succès possible, et prit le degré de bachelier.

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