CHAPITRE III
CE QUI LUI ARRIVA APRÈS SES ÉTUDES, SON VOYAGE DE ROME, SA GUÉRISON CORPORELLE A NOTRE-DAME DE LORETTE, ET LA DÉLIVRANCE DE SES PEINES INTɬ RIEURES A NOTRE-DAME DE CHARTRES.
Dans ce temps-là messieurs ses parents, qui voulaient le produire dans le monde, ne lui refusèrent rien de ce qui pouvait le mettre en état d’y paraître selon sa qualité. Notre jeune abbé commença alors de fréquenter les compagnies, d’aller à la cour et de s’engager dans les divertissements du siècle. U était sur le point de se livrer entièrement au monde, d’abuser des talents et des grâces qu’il avait reçus de Dieu, de s’écarter de plus en plus des desseins qu’il avait sur lui ; mais la divine bonté le retira de ce danger, lui donnant la pensée
d’aller en Italie. M. Olier n’avait pas seulement en vue d’y satisfaire sa curiosité, comme ont la plupart des jeunes gens, mais il prétendait en s’éloignant de ses amis s’adonner plus librement à l’étude, et principalement à celle delà langue hébraïque. Ce projet ne lui réussit pas : car la Providence demandant encore de lui quelque chose de plus grand et le voulant dans une haute perfection, permit qu’il eût mal aux yeux pendant qu’il était à Rome, et qu’il se vit privé du plaisir de l’étude et en danger de perdre la vue. Dans cette appréhension il eut recours à sa singulière protectrice, et fit vœu d’aller de Rome à Notre-Dame de Lorette.
Il entreprit ce voyage pendant les plus grandes chaleurs de l’été, et il le fit à pied : la fatigue du chemin et les chaleurs de la saison lui donnèrent une fièvre violente dont il ressentit plusieurs accès, mais arrivant à Lorette il fut parfaitement guéri de cette fièvre, et le médecin lui trouva le pouls si tranquille, qu’il avait peine à croire qu’il eût fait ce voyage à pied. Il y fut aussi délivré pour toujours du mal qu’il avait aux yeux. Ce ne furent pas là les seules faveurs que Dieu lui fit en ce lieu ; son âme y reçut de si grandes lumières et de si fortes impressions de grâces, qu’il passa toute la nuit en prière et en larmes; et il fut si puissamment attiré au service de Notre-Seigneur dans cette sainte chapelle, qu’il a toujours regardé ce moment comme celui de son entière conversion. Il partit quelque temps après de Lorette, et retourna à Rome à pied, s’occupant dans le chemin des miséricordes infinies de Dieu, et s’entretenant des grandeurs de son aimable bienfaitrice.
La mort de monsieur son père qui arriva peu de
temps après l’obligea de revenir à Paris : il n’y perdit rien de la ferveur qu’il avait conçue à Lorette : elle s’accrut même de telle sorte, que son confesseur lui permit de communier tous les jours. Cette permission lui donna sujet de redoubler ses soins et d’apporter de nouvelles préparations pour s’approcher dignement de cet auguste mystère. Chaque jour il se présentait au tribunal de la pénitence : il faisait de longues prières et de grandes aumônes : il ne couchait que sur une simple paillasse, et il cachait cette mortification si adroitement, qu’il n’y eut que son valet de chambre qui s’en aperçut à la fin : il ajoutait à cette pénitence plusieurs autres austérités. En un mot il ne connaissait rien qu’il crût devoir plaire à son Dieu qu il n embrassât avec toute l’ardeur de son cœur.
M. Olier s’avançait ainsi avec joie dans la pratique des vertus, lorsque Noire-Seigneur, qui avait choisi la croix pour le principal instrument de la sanctification de son serviteur, permit qu’il fût travaille intérieurement de scrupules et de peines ; ces inquiétudes étaient de telle nature, que l’industrie de son confesseur ne les pouvait dissiper, quelque soumission qu il trouvât dans l’esprit de son pénitent; il fallait que celui-là même, qui était la cause de son mal, y apportât le remède. Il le fit aussi, lui donnant la pensée d’aller à Notre-Dame de Chartres : car il semble que toutes les grâces que Dieu lui voulait faire dussent passer par les mains de la très sainte Vierge. M. Olier fit donc ce voyage à pied et durant les rigueurs de l’hiver : mais avec une dévotion si ardente et tant de fruit pour son âme , qu’arrivant à cette église il fut entièrement affranchi des scrupules qui l’avaient tourmenté.