‹ Lettres de M. OlierChapitre 41 sur 226 · EN SAINTONGE · texte numérisé non relu

EN SAINTONGE

Il le prie de procurer la réforme de l'abbaye de Pébrac et lui propose à cet effet les conditions les plus avantageuses (2).

[Pébrac, 1er juin 1634.]

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit clans votre âme et sa gloire à jamais.

Étant arrivé en ce séjour de Pébrac, en compagnie de deux de vos amis et serviteurs, pour travailler aux missions, nous avons rencontré que les religieux de l’abbaye avaient autant besoin que l’on pensât à eux qu’aux pauvres paysans; quoique j’en susse quelque partie, qui fut l’occasion pour laquelle monsieur Vincent me

(1) Sur une copie authentique envoyée de Cahors en 1789 et conservée à Saint-Suipice.

(2) Les effets de la mission de Pébrac s’étant fait sentir jusque dansl’intérieurde l’abbaye dont les religieux, chanoines réguliers de Saint- Augustin, avaient grand besoin de réforme, M. Olier songea, pour la procurer plus efficacement, à la réalisation d'un projet qui le préoccupait depuis quelque temps déjà, à savoir l’union de son abbaye à la réforme de Chancelade, dont Alain de Solminiac était l’auteur et le propagateur. Un an auparavant, il avait prié saint Vincent de Paul d’en faire la proposition au pieux réformateur qui n’avait pu le satisfaire. Se trouvant sur les beux et voyant que la mission préparait l'esprit des religieux à ce changement, il n’hésita pas à faire une nouvelle démarche auprès de l’abbé de Chancelade, et pour donner plus de poids à sa lettre il la fit porter par deux des missionnaires venus de Paris avec lui, MM. Nicolas de Barrault et François de Perrochel, qui l’un et l'autre connaissaient particulièrement. Alain de Solminiac et jouissaient de sa considération. La proposition de M. Olier fut bien accueillie. L’abbé de Chancelade se rendit immédiatement à Pébrac et, avant la fin de juin, il signale concordat

tant désiré par M. Olier. Malheureusement l’ennemi de tout bien réussit à

en empêcher l’exécution. (Fie de M. olier , 1. 1, p. 107-109.)

lit le bien de vous en écrire, il y a près d’un an, néanmoins je n’en avais pas une connaissance si grande, laquelle m’oblige à présent à vous conjurer d’y vouloir donner ordre, Monsieur, prosterné à vos pieds, le cœur percé des plaies dont ils déchirent Jésus-Christ, me fait redoubler mes prières et tout ensemble espérer la grâce pour laquelle j’adresse au ciel de nouveaux vœux.

Monsieur, l’abbaye est chargée de dix-huit religieux, dont deux petits novices sont étudiants au Puy (1). Les bénéfices dépendants sont en nombre, si bien qu’ils portent jusqu’à quarante religieux et cinquante en comptant ceux de l’abbaye. Le fruit, comme vous pouvez voir, n’est pas petit. Le Fils de Dieu est venu pour une brebis égarée : ayez pitié, Monsieur, de cinquante et, qui plus est, de leur pasteur; mais, que dis-je? de l’ombre de leur pasteur, qui ne l’est qu’à les effrayer et à les dissiper. Ce qui, Monsieur, aussi vous peut toucher, c’est qu’il y en a une douzaine, lesquels ont ce même dessein, et, si peu que je puis connaître, la plupart s’y porteraient s’ils avaient quelqu’un, lequelles y portât et qui leur coupât le pain que je consume et dévore si misérablement. La mission a touché les plus endurcis, et si vous apportiez à présent le baume dans leurs plaies, il y aurait de quoi les faire saints. Je crois. Monsieur, que Dieu vous le demande : pour son misérable serviteur, il vous en conjure, jointes mains; il jette à vos pieds un bénéfice, prieuré simple des dépendances de l’abbaye, qui vaut douze cents livres et par delà : celui qui le tenait étant mort depuis peu : et

(1) Vraisemblablement au collège que les religieux de la Compagnie de Jésus tenaient dans celte ville et où ils enseignaient les lettres, la philosophie et la théologie.

si cela ne vous agrée pas, il vous fera les conditions telles qu’il vous plaira devant Notre-Seigneur.

Monsieur, si MM. Barrault et Perrochel ne pouvaient mériter cette faveur que de vous voir, je serais hors de mes espérances; mais au moins vous ne refuserez pas à leurs souhaits et à mes prières de voir un de vos religieux pour recevoir vos ordonnances et vos commandements. lime fera la faveur devenir au Puy à cinq lieues de mon abbaye, et de ménagerie tout avec paix. Je prie Notre-Seigneur de bénir vos soins et vos charités ordinaires, comme aussi les souhaits et les vœux, Monsieur, de votre très affectionné et très obéissant serviteur.

Olier, abbé indigne de Pébrac.

Pébrac, ce 1er juin 1634.

Page 1