SA PRÉPARATION AUX SAINTS ORDRES ET AUX MISSIONS
Se trouvant en paix, il ne se servit de la liberté intérieure dont il commença de jouir alors, que pour s’avancer à plus grands pas dans la perfection , et pour s’unir plus étroitement à Dieu. Il alla dans ce dessein faire une retraite à Saint-Lazare chez messieurs de la Mission. Ce fut dans cette retraite qu’il se disposa à recevoir le sous-diaconat (1), et qu’ayant appris de ces saints missionnaires les devoirs d’un ecclésiastique, qui étaient pour lors peu connus, même à ceux qui faisaient profession de vertu, il forma tout son extérieur selon les saints canons, et selon la pratique des plus vertueux prêtres de ce temps-là. Il fut associé par M. Vincent, cet homme incomparable, à cette illustre compagnie d’ecclésiastiques qui s’assemblaient tous les mardis à Saint-Lazare, et il conçut dès lors un zèle si ardent pour l’instruction des pauvres et des gens de la campagne, qu’il douta s’il devait demeurer à Paris pour se mettre sur les bancs, ou bien s’il devait suivre les mouvements de son zèle qui le portait à travailler aux missions et à prêcher dans les villages. Il consulta là-dessus des gens habiles, lesquels ayant considéré les grands talents et les fréquents mouvements que Dieu lui donnait pour cet emploi, crurent qu’il devait obéir à la grâce, et lui conseillèrent de préférer le fruit que les peuples pouvaient retirer de ses instructions et des études qu’il avait déjà faites, à la réputation
(1) il reçut le sous-diaconat le 12 mars 1633, et le diaconat le 26 du même mois.
qu’il pouvait acquérir en s’avançant clans ses degrés.
Cette résolution étant prise il l’exécuta avec tant d’ardeur, qu’avant qu’il eût atteint l’âge requis pour recevoir la prêtrise, il avait fait faire des missions à ses dépens, presque dans tous les lieux où il avait du bien ou d’Église ou de son patrimoine, et encore en plusieurs autres endroits aux environs de Paris. Il n’aidait pas seulement de son bien les ouvriers de la mission , mais il travaillait sous leur conduite, et il faisait assidûment des catéchismes et des prédications avec un zèle qui surpassait ses forces. Il n’en demeurait pas là; car jamais il ne rencontrait un pauvre qu’il ne l’instruisit , et cette pratique ne lui fut pas à cœur seulement dans les premières années de ses ferveurs, mais il l’a toujours continuée depuis, jusqu’à ce qu’il fût paralytique, et alors il priait quelqu’un de sa compagnie de faire cette charité pour lui. Il se détournait même de son chemin pour catéchiser les laboureurs, quoique cette pratique le retardât beaucoup dans ses voyages, et lui fit souffrir des incommodités considérables. Il s’arrêtait encore dans les rues de Paris pour instruire les pauvres qui avaient alors la liberté de mendier : il les menait chez lui, leur faisait l’aumône , leur baisait les pieds et les disposait à faire des confessions générales : jamais il ne put être rebuté par l’indisposition de plusieurs d’entre eux : jamais il ne céda aux railleries et aux injures des gens du monde. Son zèle ne put pas même être ralenti par les reproches de ses parents, qui, tout vertueux qu’ils étaient, ne pouvaient néanmoins goûter une conduite si humiliante et si éloignée de l’usage et des maximes du monde.