‹ Lettres de M. OlierChapitre 54 sur 226 · LETTRE XX · texte numérisé non relu

LETTRE XX

PROBABLEMENT A LA MÊME RELIGIEUSE (k).

Qu il faut dans le temps de consolation faire provision pour le temps

de sécheresse.

[Ma très chère fille (5),]

Je vous supplie de demeurer contente, et en paix, car je vous suis toujours celui que le ciel vous a donné,

(1) Dans sa lettre au P. de Condren, M. Olier parle de faire quelques missions avec MM. Vialart et Basseline avant de quitter la Bretagne : peut-être était-ce pour aller à ces missions qu’il se disposait à quitter Wanles. Il est possible aussi qu’il eût en vue le petit voyage de Montaigu dont il est parlé dans la lettre suivante.

(2) M. La Musse, dont il est encore 'question plus loin, était probablement un grand vicaire ou un chanoine de Nantes. M. Vase était peutêtre un ecclésiastique qui désirait quelque emploi à l’église du prieuré.

(3, 4 et 5) C'est la CLXXXIX0 des imprimées.

toujours très affectionné et très attentif à votre salut. J’aurai le bien de vous voir à loisir; mais, en attendant, sachez que Dieu désire un cœur libre et content. Ne souffrez pas que le vôtre, qui doit être toujours ouvert et dilaté, se rétrécisse et se resserre. Faites profit et usage de ce temps. Je vois bien qu’il est fort serein, et que tout rit pour vous : je vois bien que la mer est calme; mais apprenez que Dieu vous a donné ces facilités, à cause de la faiblesse de votre âme. Humiliezvous de ne point souffrir de résistance dans vos œuvres. Il voit bien que, si vous y trouviez de la difficulté, vous ne seriez pas assez forte pour la vaincre : ainsi il ôte pour vous les épines des roses, parce que sans cela vous auriez peine à les cueillir. Je vous donne cet avis de vous humilier, parce que vous ne devez point avoir d’occupation plus fréquente que celle-là. Entretenez-vous maintenant devant Dieu, comme vous feriez dans la sécheresse : autrement vous vous trouverez un peu éloignée de votre compte. Saint Pierre défend à ses disciples d’agir selon le mouvement de leur ferveur, qui leur fait entreprendre plusieurs choses au delà de leurs forces. Ce n’est là, dit-il, qu’une tentation; car après que ce grand vent est passe, et que la marée

— Dans la lettre précédente, M. Olier disait à la sœur de Vauldray qu’il avait quelque chose de très important à lui écrire pour son intérieur. 11 est au moins bien probable que c’est ici la lettre promise. Il n'y a pas un mot qui ne convienne parfaitement à la sœur de Vauldray, qui, dans ces commencements, éprouvait de grandes facilités pour la pratique de la vertu. La lettre suivante est à peu près sur le môme ton.

— Le titre que M. Olier donnait au début de ses lettres et qu’il plaçait, comme on dit, en vedette, ayant été constamment supprimé par l’éditeur de 1672, on l’a rétabli, entre parenthèses, soit au moyen de la lettre elle-même , où ce litre se trouvait répété , soit à l’aide des lettres autographes adressées à la même personne, soit enfin au moyen de celles adressées à des personnes de môme condition.

s’est retirée, ils demeurent à sec sans pouvoir avancer. Il ne faut se fonder que sur la foi, considérant ce que Dieu demande de vous. Et si vous n’entendez pas encore la voix de votre Tout, qui ne parle qu’à l’àme parfaitement purifiée , et qui vit dans le silence de la nature et de ses passions, il faut vous soumettre à celui qu’il vous donne, pour vous tenir sa place. Tout imparfait qu’il est, Dieu en sera le garant pour votre sûreté.

Prenez donc à cette heure de bonnes résolutions, afin que, dans le temps de la stérilité, vous n’omettiez rien des choses qui vous ont été ordonnées, mais que vous les pratiquiez ponctuellement, et fidèlement, parce qu’elles plaisent à Dieu. Témoignez souvent à Notre- Seigneur que vous ne faites point les choses parce qu’elles sont faciles et aisées, mais parce qu’il les veut. Ne cessez -point de lui dire que vous ne désirez que ce qu’il désire; et que vous êtes toute prête, si c’est sa volonté, d’entrer dans les voies de rigueur. Reconnaissez que vous méritez bien ces châtiments et que votre vie passée les demande. Enfin dites-lui que vous êtes sa victime pour être immolée aux pieds de ses autels comme une bête immonde, ne méritant pas de lui être offerte sur l’autel même, où on ne doit mettre que de saintes hosties. N’êtes-vous pas toute à Dieu comme sa chère créature et sa fille? Je n’en désire point de témoignage; vous le savez. Et parce que je crois cela de vous, je suis aussi tout entièrement vôtre. Je songe pour cela très souvent à votre âme, et je ne cesserai jusqu’à ce que je la voie toute sainte.

Adieu. Croyez-moi toujours, en l’amour de Jésus- Christ et de Marie, Votre, etc.

Olier.

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