LETTRE XXI
A LA MÊME RELIGIEUSE
Il la prémunit contre les dilïlcultés qui l’attendent après la consolation sensible des premiers temps. Elle doit embrasser les pratiques mortifiantes avec amour, mais s’y porter avec prudence (2).
[Clisson, août 1638.]
Qui a Jésus a tout.
Ma très chère fille en Notre-Seigneur,
Un mot pour réponse, car j’ai le messager à la porte. Je loue et adore Dieu de vous donner facilité à vous vaincre; mais humiliez-vous, car Dieu voit vos faiblesses; il attend que vous soyez fortifiée en son service pour vous faire bien changer de route. Un temps viendra que si Notre-Seigneur vous voit bien généreuse pour son service, que tout se bandera contre vous, et celles peut-être qui vous caressent le plus, et craignent davantage, en votre maison de douceur, de vous déplaire, seront celles qui seront vos plus rudes ennemies, et vous feront voir votre monastère comme une prison et une maison de douleur. En attendant, Dieu, qui aime votie profit et vous veut affermir, ce qu’il ne fait guère sans croix (la force universelle de l’Église), il vous en sèmera de légères parmi vos exercices, lesquelles il vous faut accepter joyeusement avec plaisir et grand amour. Les petites rencontres et adversités que Dieu vous fera naître par sa sainte Providence, il faudra les baiser.
(1) C’est la CLXXXIID des imprimées, mais on reproduit ici l’autographe. , . . . . ,
(2) Dans leur relâchement, les religieuses de la Regripière portaient du
linge au lieu de la laine prescrite par la règle. M. Olier veut que le retour à cette pratique de mortification se fasse avec prudence.
Acceptez ce cjui se passe, en vous, hors de vous, qui vous choque, avec agrément.
Pour votre laine suivez votre zèle, puisque le temps vous favorise, la grâce, la santé. Je pense que vous vous y accoutumerez en la prenant, premièrement deux fois, puis trois, puis quatre et ainsi avançant, enfin la prenant tous les jours de la semaine. Vous interromprez le dimanche jusqu’à ce que je vous le mande, s’il vous plait, car j’aurais peur d’altérer la santé.
Votre très humble et obéissant serviteur.
Olier.