LETTRE XXIII
A LA MÊME RELIGIEUSE
1! «lissifse quelques inquiétudes qui lui étaient venues à sou sujet et la |»ortc à agir avec plus de simplicité, moins de réflexions sur eileméiiie et plus d'abandon à la Providence. SI lui explique ensuite pourquoi il n’a pas répondu immédiatement à ses lettres (2).
[30 septembre 1638.]
Qui a Jésus a tout.
Eh bien ! ma très chère et très unique fille (que je rougis d’ainsi vous nommer, voyant tant de dignes et pieux hommes vous nommer Mère et Sœur ! ) , vous oubliez bien aisément les protestations que je vous ai faites par les miennes, combien de joie je recevais à la vue des vôtres, lesquelles j’ai été souvent dans l’impuissance de lire et que je garde encore plutôt que de permettre que personne les lise à mon soulagement, sachant bien de quelle nature elles sont.
Bonté ! ma chère fille ! qu’il faudra bien étouffer les réflexions de cet esprit si vif, et aller plus simplement et rondement en besogne, comme le doivent les chrétiens qui doivent être simples comme colombes. Quoi ! ma pauvre et très unique, que votre esprit aille jusque-là que de se méfier de notre charité envers elle, quand je lui parle delà Providence dont nous sommes les enfants inséparables, et se laisser serrer le cœur et avoir soupçon de la charité de ce Père qui n’a rien de
(1) Sur l’autographe que la lettre Ce des imprimées reproduit assez bien.
(2) Dans son humilité, la mère de Bressand, comme on l’a déjà fait remarquer, ne pouvait croire que sa direction ne fût très onéreuse à M. Olier. De là les appréhensions qu’elle lui exprime souvent et que les protestations de son saint directeur ont de la peine à dissiper. On verra que ce fut longtemps un des tourments de cette âme si pure.
si cher au monde, comme sa pauvre fille. Oui, je vous le répète, je n’ai rien de si cher au monde, en Notre-Seigneur, comme vous, bien loin de vous soupçonner et de traiter comme vous faites avec nous.
Vous avez en apparence quelque sujet de plainte de ce que je ne vous fais point de réponse; mais, en vérité, vous n’en avez pas, et vous serez contente quand vous saurez que j’avais un mal de tête, lequel m’en empêchait, et qui m’a jusqu’à présent retenu de lire plusieurs lettres assez importantes. J’ai eu aujourd’hui un intervalle heureux pour rendre le devoir à ma mère, laquelle avait sujet d’appréhender que je fusse malade, ce qui pouvait interrompre les desseins de vous servir en Notre-Seigneur plus longtemps que vous ne pensez ; et vous puis dire, en notre Maître, que vous écrire m’a été une joie, et j’ai souffert peine écrivant à Paris.
Donc, ma très chère fille, apprenez encore une fois les dispositions de mon âme pour la vôtre, et les désirs que j’ai de vous servir en celui qui me le fait par là connaître, et qui m’oblige, nonobstant ma confusion , vous appeler ma très chère et unique fille, et me dire votre très humble et très obéissant serviteur et père en Notre-Seigneur.
A Clisson ce jour de Saint-Hiérome (1).
(1) On voit par celle date (30 septembre) que la maladie dont M. Oliei fut atteint le 8 du même mois ne le mit pas d’abord pour longtemps hors d’état de travailler; mais une rechute, dont il parle dans sa seconde lettre au P. de Condren et qui survint au moment où il approchait de sa complète guérison, l’affaiblit de nouveau et fît traîner beaucoup sa convalescence. Ce fut alors que la mère de Bressand l’invita à venir se rétablir à Nantes et lui offrit à cet effet la maison du jardinier du monastère. M. Olier accepta avec satisfaction et profita de la facilité que lui donnait la proximité du couvent pour s’entretenir souvent avec ces dignes filles de saint François de Sales et particulièrement avec la mère de Bressand, qui lui donnait mille détails sur les vertus de son
Vous me manderez le jour où il faudra nous rendre à Nantes pour servir notre Mère qui dit vouloir soulager son âme auprès de nous, en quoi elle doit bien prendre sujet de confiance, car je suis bien à elle. Je suis bien indigne de cela, mais son humilité attirerait sur nous si nous étions près de la servir.