‹ Lettres de M. OlierChapitre 58 sur 226 · AU PÈRE DE CONDREN, GÉNÉRAL DE L’ORATOIRE · texte numérisé non relu

AU PÈRE DE CONDREN, GÉNÉRAL DE L’ORATOIRE

H lui lionne «les nouvelles «le sa sauté qui ne lui permet pas encore île retourner à Paris, et «le celie «le M. Vialari «luela lièvre a mis aussi iiors «le combat.

[27 octobre 1038.1

Qui a Jésus a tout.

Mon très honoré Père,

Depuis le moment du départ de M. Roudet j risques à présent, je n’ai pas eu un moment de parfaite santé. J’espère pourtant dans peu l’avoir assez bonne pour m’en retourner à Paris, si autre accident ne me surprend; car ce qui a prolongé ma maladie a été une rechute qui m’a longtemps affaibli. Le pauvre M. Vialart (je vous mande ceci en secret, car je pense qu’il ne désire pas que madame sa mère le sache) est dans la même fièvre laquelle m’a attaqué; mais la différence, il a pris son mal dans le champ de bataille

bienheureux père dont, pendant plusieurs années, elle avait été l’heureux témoin. L historien de la mère de Bressand, qui nous apprend ces particularités, ajoute que le séjour de M. Olier dans la maison du jardinier de la Visitation fut d environ un an. C’est une erreur manifeste, comme on le verra par la suite.

(1) Sur une très ancienne copie.

et non pas moi (1). Cette maladie de fièvre tierce a été cette année une espèce de contagion en Bretagne, laquelle n’a pardonné à quasi point de maison, et ce, à ce qu’on dit, à cause des extrêmes chaleurs qui ont précédé, cet été. Je me recommande à vos sacrifices et vous prie de me croire, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, mon très honoré Père, votre très humble et très obéissant fils et serviteur.

Olier.

Monsieur, je vous envoie l’obligation de M. Rosé Bidet, lequel est à Paris, loge proche les Cordeliers : je tâcherai de savoir son logis plus expressément.

A Nantes, ce 27 octobre 1038.

LETTRE XXY (2).

A LA MÈRE DE BRESSAND

Il l'exhorte à ne voir que Dieu dans les créatures et à se iléprcndre de tout pour s’envoler vers lui.

[Clisson, derniers mois de 1038 (3).]

Qui a Jésus a tout.

Ma très chère fille et Mère en notre Tout, je ne vous mande point des nouvelles de notre retour, car je de-

(1) M. Félix Vialart n’était pas encore sorti de licence lorsqu’il commença à travailler dans les missions. 11 se trouvait à Vannes en 1G38 et il s’intéressa beaucoup, de concert avec M. Basseline, le théologal, à l’établissement que les religieuses de la Visitation firent alors en cette ville. (Archiv. de la Visit. de Nantes.)

(2) D’après l’autographe : la CLXVIII6 des imprimées en reproduit une partie en y joignant un fragment de la XXIVe.

(3) Après quelques semaines passées à Nantes, M. Olier se sentit assez de forces pour retourner à Clisson et y résider habituellement. De là il se rendait tantôt au couvent de la Régripiôre et tantôt à la Visitation de Nantes, selon le besoin des religieuses dont il avait la direction spirituelle dans ces deux maisons.

vrais moi-môme être déjà auprès de vous pour satisfaire au devoir où m’oblige votre charité. Suffit que Dieu sache combien j’y veux répondre et à quel point je désire votre sanctification. Relevons donc, ma chère fille, ce cœur, et le dilatons en Dieu et son amour. C’est saint Paul qui détend que l’on se souffre rétrécir.

Eh quoi ! ce divin sujet, qui comprend toutes les créatures en éminence, et lequel est souvent jaloux des divertissements que l’on se donne d’auprès de lui, n’at-il pas de quoi nous occuper et remplir ce cœur qui n’est né que pour lui, et dont l’immensité ne peut être remplie de rien moins que de cet objet si divin ! Anéantissez donc toutes vos vues aux biens qui ne sont pas de lui. Hélas! que bienheureuse est votre obligation de ne voir que Dieu seul et d’en jouir ! Il y en a beaucoup qui souhaiteraient avoir votre contrainte. Jouissez donc, ma très chère fille, de la pureté de votre vocation et du bonheur que Dieu vous présente, qui est si rare et ensemble pénible. Un enfant, sous prétexte d’union, se rabaisser ! Il faut, dans la pure foi, se relever toujours au-dessus de toute créature, se déprendre de tout pour s’élever et s’envoler en Dieu.

Je vois bien en même temps votre peine; je vois ce que Dieu veut que vous enduriez pour balancer la douceur de votre vocation; mais pourtant il faut être généreuse, il faut être courageuse, et Jésus doit être celui qui soit votre force et votre élévation, lequel s’est abaissé et s’est fait homme pour vous porter en Dieu. Ma très chere Mère, pardonnez à votre fils, lequel est devenu pore, parce que vous désirez d’être fille. Je vous dis ce que vous voulez, et ce que je crois que le bon Dieu désire, en 1 amour duquel et de sa sainte Mère je suis tout vôtre. Olier.

Notre très humble et très cordiale recommandation à notre chère Mère, la priant que sa chère communauté ne m’oublie pas.

LETTRE XXVI (i).

A LA MÊME RELIGIEUSE

II la console sur quelque peine qu’elle endurait ci l’cxliortc s’en servir pour s’unir plus intimement à Dieu (2),

[Clisson, derniers mois de 163S.]

Qui a Jésus a tout.

Ma très chère fille,

Je vous vois, par les vôtres , tout affligée : je vous laisse à penser si je ne participe point à votre peine. .1 en ai appris le sujet par M. le théologal de Vannes (3) , ce qui me fait penser à ce que vous me disiez souvent, que la joie que vous aviez vous serait bien changée. Cela est vrai et Dieu a pris occasion de votre satisfaction pour causer votre peine : qu’il soit béni de tout, qu’il s’en glorifie, s’il lui plaît !

Que pourrai-je faire pour servir ma très chère fille? Les prières et sacrifices y seront employés; et mandezmoi ce à quoi je vous serai utile ; car, ma très chère fille, je dois vous servir de tout mon possible après

(1) D'après l’autographe dont la CCXXIVe des imprimées reproduit une partie.

(2) Quoique la mère de Bressandne fût pas supérieure en 1638, il est hors de doute que la conduite de la maison reposait encore principalement sur elle, d’où l’on peut présumer que le sujet d’affliction dont lui parle M. Olier se rattachait à quelque difficulté dans le gouvernement de la communauté. Ce qui semble autoriser cette supposition, c’est que, d’après la fin de la lettre, la nomination du nouveau visiteur fait espérer à M. Olier que la cause de la peine sera ôtée.

(3) M. Henri Basseline dont il est encore parlé à la fin de la lettre.

les obligations que j’ai à votre très chère maison et à vous en particulier, qui avez fait une charité à un pauvre serviteur de Dieu, qui doit s’en ressentir tout autant qu’il vivra.

Vivez, ma pauvre fille, en tranquillité auprès de Dieu ; unissez-vous et vous réunissez le plus souvent que vous pourrez à lui, pour perdre la vue des choses inquiétantes qui vous pourraient troubler. L’union avec Dieu, le Père des véritables et solides lumières, vous ajoutera plus de choses que toutes les adresses hors de là. Servez-vous de cette occasion pour mieux servir Dieu et lui être plus intime que jamais. Changez cet empêchement en moyen de l’aimer; que ces inquiétudes vous servent d’avertissement que vous n’êtes pas encore unie à Dieu comme vous le devez, dont la vue doit abimer et engloutir tout autre qui peut être en 1 esprit. Je prie le Ciel qu’il vous abîme en son amour et que vous y souffriez le martyre, si c’est son bon plaisir. Vous en ferez de même pour celui que Dieu vous a donné pour être entièrement à vous, en son amour et celui de sa sainte Mère.

Depuis celle-ci, j’ai vu M. Basseline, lequel m’a témoigné avoir reçu de vos nouvelles, par lesquelles il apprend que M. Carron (1) doit faire votre visite. J’espère que Notre-Seigneur conduira le tout pour le mieux. Vous êtes bien assurée que tant que vous lui serez fidèle, il ne vous délaissera point, mais, au contraire, prendra des soins plus grands que vous ne les

espérez. Qu’il soit béni à jamais de toutes ses conduites !

Vki!,fn C7mtlà'l-7 Chan0hie de Nantes> (lui fllt Pè*'e spirituel de la de Nantes )* ^ ^ ^ ® P6ndant plusieurs “nées. (Archiv. de. la Visit.

LETTRE XXYII (1).

A LA MEME

Il lui témoigne sa vive reconnaissance et se recommande à ses prières, s’abandonnant cependant à Pieu pour la consolation et pour la souffrance.

[Clisson, fin de 1G38 (2).]

Qui a Jésus a tout.

Ma très honorée et très chère Mère et fille,

Je vous suis infiniment obligé de vos soins, mais encore plus confus de la manière dont vous avez usé envers moi : je vous prie, modérez ces excès. Pour ceux de votre cœur vers nous, en la pure charité, je ne puis pas m’en plaindre, mais, au contraire, en louer Dieu et le bénir de tout mon cœur, vous conjurant d’avoir toujours pitié de ma faiblesse pour demander à Dieu sa force. Je ne suis rien, vous le savez; mais, avec vos prières qui m’obtiendront Jésus, je pourrai tout et serai tout en lui.

Ma très chère Mère, qu’il y a une grande différence de nous-mêmes à nous-mêmes, selon les approches et les éloignements de ces grâces ! Hélas ! qu’en peu je vois ce que je suis tout seul, et qu’en peu je connais ce que je suis avec Dieu. Très chère fille, je sens bien ce que font vos prières et celles de nos sœurs avec celles de notre fille et Mère. Je ne puis pas douter que tous ces dons ne soient obtenus par vos cœurs charitables,

(1) D’après l’autographe dont la CLXVIII0 des imprimées reproduisait la principale partie en la joignant à une autre lettre adressée à la môme religieuse.

(2) M. Olier est toujours à Clisson, d'où il envoie Pierre Vivien, son domestique, à Nantes, pour en rapporter quelques figures qui y sont demeurées après son départ.

de la bonté de Dieu, dont la justice me priverait continuellement. Mais, hélas! qu’il fasse ce qu’il voudra. Ses gènes, ses croix et ses martyres, ce seront nos amours : qu’il brise, qu’il coupe, qu’il brûle, pourvu que nous l’aimions dans le fond de notre âme, très chère fdle, c’est assez.

A Dieu, ma très honorée, je suis tout vôtre.

Olier.

Faites donner, s’il vous plaît, les figures (1) qui sont demeurées à Nantes, à Vivien pour nous les apporter.

LETTRE XXVIII (â).

Après Lavoir exhortée à lui écrire souvent, M. Olier la reprend de quelques iiniuortitieations qui lui sont échappées et la presse de s’établir dans la pratique des vertus solides.

(Nantes, vers la fin de 1638 (3).]

Qui a Jésus a tout.

Ma très chère fille,

Je vous supplie de me faire la charité de m’envoyer le petit écuyer de l’académie ou noblesse de votre

(1) C’était probablement des figures de cire ou de plâtre représentant des sujets religieux que M. Olier faisait prendre par Pierre Vivien , son valet de chambre.

(2) D’après l’autographe dont la XLIIP et la CLXVIP des imprimées avaient quelques fragments.

(3) En disant qu’il a dîné chez les PP. Chartreux le jour où il écrit, M. Olier indique suffisamment qu'il était alors à Nantes, car il n’y avait pas de Chartreux a Glisson. Même depuis qu’il eut quitté celte ville et lut retourné à son prieuré, il ne laissait pas d’y reparaître de temps en temps pour s’y entretenir avec les religieuses dont il avait la direction.

basse-cour, si la fièvre l’a quitté (1) : j’espère que ce petit enfant sera bien docile. Pour Lévèque, je le trouve si grand qu’à peine oserais-je à Paris le faire suivre (2).

Ne manquez pas, je vous prie, de nous écrire, et bien souvent, ayant bien désir de vous laisser le plus d’instruction que je pourrai pour vous aider. Adieu (avec saint Paul), la marque et le sceau de notre apostolat.

Ne manquez tous les jours à mourir à votre sens, car vous y êtes bien attachée, et si vous ne faites la guerre continuellement à ce cruel ennemi, vous y serez toujours sensuelle et enfin accablée. Vous me faites bien compassion quand vous me mandez la difficulté que vous avez à quitter l’argent et embrasser la vileté de l’étain ou autre métal, car, hélas! l’amour est bien petit dans votre cœur. Aujourd’hui j’ai dîné chez les RR. PP. Chartreux, où l’on m’a donné une cuillère d’étain assez noire qui m’a fait ressouvenir de vous. Mais je n’ai rien trouvé là de dégoûtant. Je prie Dieu qu’il vous donne la force à vous surmonter, car ces vertus lâches et à demi établies lâchent souvent le pied et tournent en arrière. N’y a-t-il point de respect hu-

(1) Pendant le séjour qu’il fit à la Régripière, M. Olier avait discerné, dans les dépendances du monastère, cet enfant qui lui parut susceptible d’être formé à la vertu et peut-être aux lettres; c’est sans doute ce qui le lui fit demander à la sœur de Yauldray. La périphrase un peu obscure dont il se sert pour exprimer sa demande était une allusion aux fonctions modestes que l’enfant remplissait dans la basse-cour du monastère : on désignait encore à cette époque, sous le nom d’écuyer, l’intendant de l’écurie d’un prince.

(2) Môme obscurité dans cette expression faire suivre. 11 est probable cependant que M. Olier veut dire que l’enfant dont il parle est trop grand pour l’employer comme laquais à Paris. Il paraît, en effet, que la mode à Paris était alors d’avoir des laquais jeunes et de petite taille, et c'était en s’en écartant que Mme deMaintenon disait à M. d’Aubigné : « Je vous promets un laquais fort grand; les petits ne sont bons à rien. » ( Lettres , t. I, p. 172.)

main? Les accidents passés depuis peu vous doivent bien humilier et vous faire connaître ce que vous êtes encore. Mais courage : communiez souvent et tous les jours spirituellement, afin que votre époux vous remplisse de l’amour qu’il est venu apporter sur la terre et dont il désire tout brûler. Soyez de ce nombre et donnez-lui votre cœur pour être consommé de cette sainte flamme. Oh ! que j’en aimerais les cendres! Eh! faites ce sacrifice devant que je sois parti : que j’aie la consolation d’avoir vu une victime et un holocauste brûlant incessamment sur les autels de notre amour. Ah ! plût à Dieu que je puisse ouïr dire ce que je viens de lire des mémoires d’une sainte : Je ne saurais qu’aimer.

Adieu, tout vôtre en Jésus notre tout.

Olier.

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