LETTRE XXIX
A LA MÊME RELIGIEUSE
Il lui conseille d’entretenir des relations de charité avec les sœurs de la Visitation de Nantes dont il lui fait un grand éloge ; il prend occasion de la nouvelle annonce de son prochain départ pour l’exciter encore au saint amour et se recommander a ses prières.
[De Clisson ou de Nantes, vers la fin de 1038.]
Qui a Jésus a tout.
Ma très chère fille,
Je suis bien aise des assurances que je reçois touchant notre chère damoiselle (2). Je vous conjure de
(1) Sur l'autographe.
( !) Le nom de celte demoiselle qui, paraît-il, voulait entrer à la Visitation de Nantes, ne peut être indiqué. M. Olier, pendant son séjour en
l’assister toujours et la fortifier : vous ferez chose cligne de Dieu. J’espère que le Ciel lui sera bien favorable au lieu qu’elle regarde pour faire son salut. Vous savez ee que je vous ai dit des chefs de cette maison, qui certes sont admirables et auxquels, très chère fille, vous devez avoir une totale confiance et cordialité. Je 11e sais qui vous peut affectionner davantage en Notre-Seigneur : elles sont toutes nôtres et par conséquent toutes vôtres. Écrivez-vous souvent de Dieu les unes aux autres; entretenez cette mutuelle charité que Notre-Seigneur a commandée, et plût à Dieu que je pusse avoir part à cette correspondance, demeurant présent en ces lieux que je trouve si saints et si pleins de Dieu ! Je serais bien ingrat au ciel et à la terre si je ne publiais cette reconnaissance. J’aimerais mieux être chapelain dans cette maison que d’avoir toutes les grandeurs du monde. Je prie Jésus notre amour que je sois fidèle aux grâces que j’y ai reçues de sa main.
Très chère fille, demandez à votre époux continuellement fidélité au saint amour et pour vous et pour moi. Ce sera lui qui couvrira vos défauts et les effacera. Ce sera lui-même aussi lequel de temps en temps vous les découvrira, mais ce sera pour l’aimer davantage sous les ailes de l’humilité. Adieu, j’ai bien peur de mon départ; écrivez-moi au plus tôt et me mandez un mot touchant votre oraison et votre santé, comme vous faites de votre laine, des matines et des jeûnes. Ne vous lassez de présenter mon âme à Dieu, et pour mieux faire, sans redoubler vos actes, offrez la mienne avec la vôtre qui n’est qu’une en Notre-Seigneur ; que ce
Bretagne, eut occasion de voir et d’aider de ses conseils plusieurs jeunes personnes du monde qui aspiraient à la vie religieuse. Sauf Mllc de Clisson, dont il sera parlé plus loin, elles ne sont pas connues.
soit jusqu’au ciel où la gloire nous consommera dans le parfait amour qui me fait être tout vôtre.
Olier.
Je vous écrirai plus au long’ par la première voie, et me mandez au long vos difficultés et besoins du mémoire, car j’ai peur de ne vous pouvoir visiter. Mon départ dépend d’un autre encore incertain pour le jour.