‹ Lettres de M. OlierChapitre 7 sur 226 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

ÉTANT FAIT PRÊTRE , IL QUITTE PARIS POUR FAIRE DES MISSIONS EN AUVERGNE.

La soif qu’il avait du salut des âmes, quelque grande qu’elle fût alors, prit de nouveaux accroissements sitôt qu’il fut élevé au sacerdoce, son directeur l’ayant déterminé à recevoir l’ordre de prêtrise , nonobstant les raisons que son humilité lui fournissait pour s’y opposer.

Il célébra sa première messe le jour de Saint-Jean- Baptiste en l’année 1633 (1) , avec une dévotion qui répondait à la sainteté de la vie qu’il avait menée jusqu’alors.

Incontinent après il songea à quitter Paris, pour aller secourir les âmes les plus abandonnées. Il attira à son dessein plusieurs ecclésiastiques de naissance et les engagea d’aller avec lui en Auvergne , où était située son abbaye de Pébrac, pour faire des missions dans les montagnes de cette province. Il se prépara à ce voyage par une retraite qu’il fit encore à Saint- Lazare au mois de mars de l’année 1634, dans laquelle Dieu lui fit connaître d’une manière fort extraordinaire qu’il y avait longtemps qu’une sainte âme priait et pleurait pour lui. Ce témoignage si particulier de la bonté divine fut un nouvel aiguillon pour son zèle. U quitta tout pour faire connaître un maître si aimable. Il partit incontinent de Paris avec sa compagnie, en laquelle était un des ecclésiastiques de M. Vincent, et

(1) Il avait été ordonné prêtre le 21 mai précédent.

sa charité le pressa si fort qu’il ne voulut pas même s’arrêter encore trois jours dans cette ville pour assister au mariage de mademoiselle sa sœur (1).

Il est difficile d’exprimer quels furent les travaux de ce saint prêtre dans cette mission, et la charité qu’il y exerça : il prêchait tous les jours; il passait le reste du temps au confessionnal, il assemblait les pauvres, leur donnait à manger, les servait tête nue et se nourrissait de leurs restes.

Après le repas il allait dans les maisons pour faire répéter à ces bonnes gens ce qu’ils avaient appris à l’église, ou pour instruire les malades et gagner par l’excès de sa douceur et de son humilité ceux qui méprisaient la mission, et se rendaient rebelles à la voix de Dieu.

Il passait souvent une partie de la nuit en prière, et il affligeait si rudement sa chair par de sanglantes disciplines, qu’on eut sujet de craindre que la gangrène ne se mit dans les plaies que lui avaient faites ces instruments de pénitence.

Ce fut dans cette mission qu’il connut lanière Agnès de Jésus, religieuse de l’ordre de Saint-Dominique au monastère de Langeac, dont la vie a été aussi remarquable en vertus qu’en prodiges et en grâces extraordinaires. C’était cette sainte religieuse qui priait et qui pleurait pour lui depuis trois ans, et dont les prières et les communications furent si utiles à notre missionnaire, qu’à la fin de cette mission il avait fait de tels progrès dans toutes sortes de vertus, qu’il n’était plus reconnaissable.

(1) C’est pour le mariage de son frère aîné que M. Olier refusa de retarder son départ. Il le dit expressément dans ses Mémoires.

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