LETTRE XXXVII
A LA MÊME RELIGIEUSE
Il lui parle encore du p. Chauveau et de M. Rasseline, mais en l’exhortant à ne voir que Aotre-Seigneur dans le directeur.
[Paris, avant le 2G mars 1G39 (2).]
Ma très chère fille ,
Je prie Notre-Seigneur qu’il vous possède pour jamais. Je suis en peine de vous, n’apprenant point de vos nouvelles. Je vois que cela vient de l’inquiétude que ^vous souffrez, et de la sollicitation que je vous ai faite de vous soumettre à M. Basseline. J’avais souhaité cela pour votre mieux : mais puisque vous ne le pouvez goûter, il n’est pas raisonnable de vous décourager. Ce n est pas d’un seul homme que dépend notre salut : il estattaché à notre bon Seigneur et Maître, qui
Goinaîh? A la XnXIX.e f™' )es imprimées; son contenu fait assez eonnaîtie à qui elle est adressée.
pavais«mMn!fre r ^ Suivantes l’as de date, mais elles paiaissent foutes anterieures à celle du 26 mars 1639.
ne nous délaisse jamais tant qu’il connaît en nous une bonne volonté. Ayez donc bon courage, donnez-vous toujours toute à lui, priez-le qu’il vive en vous, demandez-lui qu’il vous fasse participante de ses vertus, de ses inclinations et de son esprit, afin que vous ne soyez plus ce que vous avez été jusqu’à présent, mais Notre-Seigneur même.
Un jour le confesseur de sainte Catherine de Sienne étant dans sa chambre, y rencontra au lieu d’elle Notre-Seigneur Jésus-Christ, tant cette bonne sainte était chaugée en Notre-Seigneur, et n’était plus ellemême; c’est-à-dire qu’elle n’avait plus d’inclinations, de désirs, de mouvements, en un mot de vie intérieure que celle de Jésus-Christ; ce que Dieu voulut faire paraître par ce changement extérieur. C’est là ce que vous devez demander à Notre-Seigneur tous les jours de votre vie. Priez-le qu’il vous change entièrement en lui, c’est-à-dire, qu’il change le vieil homme, qui est en vous, dans le nouveau et dans sa nouvelle vie.
La méditation de sa vie et de sa mort, la pratique de ses vertus, la communion fréquente, mais fervente et cordiale, vous serviront beaucoup à cela. Mais parce qu’il vous faut quelque règle, et que l’Esprit de Notre-Seigneur est soumis, il est bon que vous ayez quelque personne qui vous voie et vous serve soigneusement. Et comme vous avez auprès de vous un trésor en la personne du R. P. Chauveau qui pourra servir à vos besoins, donnez-lui accès dans votre maison, et rendez-vous soigneuse d’en profiter.