PROBABLEMENT A LA PRIEURE DE LA RÉGRIPIÈRE
Il l’exhorte ù procurer l’union chrétienne entre celles «le ses religieuses qui étaient divisées.
[Paris, avant le 26 mars 1639.]
Madame,
La charité de Dieu le Père qui unit en suavité ses enfants, et qui les appelle à l’union indissolublepour le temps, et pour l’éternité, se réjouit dans leur société, comme il se complaît en celle qu’il a avec son Fils. Il semble qu’il ne soit point content jusqu’à ce qu’il les ait attirés à leur dernière consommation dans le ciel] et en attendant il les fait soupirer et gémir après ce sein adorable, dans lequel il les doit consommer en lui-même, et les faire un en lui, comme il est un avec son Fils, et avec son divin Esprit.
Dieu, qui ne peut cesser de vivre avec son Fils, et de lui donner tout son être, et tout ce qu’il veut et tout ce qu’il pense, en versant tout son intérieur en lui, désire que l’Église fasse une expression de cette vie divine, et de cette auguste société. C’est à quoi tous les
(1) Elle était la Xe parmi les imprimées.
(2) M. Olier, parlant dans ses Mémoires de son retour de Nantes et de la visite qu il fit en passant à l’abbesse de Fontevrault, ajoute que « près de là était une religieuse qui paraissait nécessaire pour confirmer le bien qui s'était commencé à la Régripière, qu’il la sollicita et la fit résoudre de venir en la maison de celte nouvelle réforme, ce qui fit un bien extrême à ce petit commencement. « C’est probablement à cette religieuse que la présente lettre est adressée. Rapprochée de la suivante, elle montre que la division des esprits continuait à la Régripière. Ce ne fut en effet, comme on en ira jentôt, qu eu 1641, dans un nouveau voyage en ce pays, que
1. Ulier cul la consolation de la voir cesser entièrement. ( Vie de M. Olier,
anges et tous les saints sont consacrés dans le ciel, et à quoi Dieu prépare ses enfants sur la terre. Et c’est ce qui m’oblige de vous mander que, sans attendre davantage, vous préveniez vos filles qui s’écartent de cet esprit, pour les rappeler à leur devoir. Avertissez-les souvent qu’elles ne doivent être qu’un avec leurs sœurs en Dieu, dont l’esprit tend toujours à l’unité; et que la multiplicité, le partage et la division sont les opérations du diable et de l’amour-propre. Représentez-leur que, l’esprit de la religion chrétienne étant de relier en un tout ce que la malice du démon avait partagé et divisé, ce n’est point vivre en chrétien que de vivre dans cette désunion. Faites-leur connaître comme portant par leur condition un habit et un extérieur de mort au monde et à elles-mêmes, elles ne doivent pas vivre selon les lois du siècle et de la chair. Conjurez-les au nom de Dieu de ne laisser point triompher le démon de Jésus-Christ et de leurs âmes.
Dites-leur aussi que je ne leur écris point sur ce qu’elles me demandent, parce qu’il serait inutile de leur rien dire du progrès et de l’avancement en la vie chrétienne, si elles n’ôtent auparavant tout ce qui empêche en elles le principe de la sainte vie. En un mot, ne vous lassez point de leur remettre incessamment devant les yeux cette grande vérité, qu’il n’y a rien à faire auprès de Dieu, si l’on n’a la charité envers le prochain ; et que sans cela il n’y a point de salut.
Au nom de Dieu n’épargnez rien afin qu’on ne trouve point cette zizanie parmi vous. Car que diraiton de nos travaux? Vous qui devez être ma couronne et ma joie, pour parler aux termes de saint Paul, voudriez-vous bien faire ma tristesse et ma confusion? Au nom de Dieu tâchez par toutes sortes de voies d’hu-
miliaüon, de tendresse et de compassion, ou par quelque autre invention de charité, enfin par quelque moyen que ce puisse être, de les ramener à Notre- Seigneur, qui est un Dieu d’union et de paix. Celui qui fera plus de chemin, aura plus de part à la couronne. Que je serais ravi d’être auprès de vous, pour refondre tous vos cœurs en charité !