‹ Lettres de M. OlierChapitre 68 sur 226 · LETTRE XL · texte numérisé non relu

LETTRE XL

A LA MÈRE DE BRESSAND

Il se recommande instamment à ses prières et lui demande ses pensées sur son intérieur dont il lui fait connaître l’état. Il lui parle encore de la Régripiére.

[26 mars 1630.]

Qui a Jésus a tout.

Ma très chère fille, j’ai reçu votre dernier paquet par Mlle de Feu, que j’ai eu le bien de gouverner un peu (2). Elle m’a témoigné beaucoup de bonne volonté pour vous : elle est très vertueuse et bonne amie. Je ne manquerai d’aller la voir chez elle. Je ne fais pas les visites que je devrais; car, ma fille, je me tiens le plus que je puis à couvert, pour jouir de l’avantage que Dieu, ce bon Dieu, me donne.

Très chère fille, vous savez combien j’ai besoin de prières ! Hélas ! vous ne le savez pas encore comme il est; car, à vous dire comme je le pense et je le dois, la voie de dépendance de Dieu demande tant de fidélité et tant d’attention, mais encore plus de dépouillement et de détachement de toutes choses, même les

(1) Sur l’autographe.

(2) La mère de Chaugy fait le plus grand éloge de cette dame. « C’était, dit-elle, en se conformant pour la qualification à l’usage du temps, une demoiselle si pleine de piété qu’on l’estimait une seconde Mme Acarie. » Elle eut deux filles à la Visitation de Moulins. La plus jeune, Claire-Geneviève, mourut de très bonne heure; l’aînée, Marie-Charlotte dont il est question dans la lettre XXXIe, accompagna la mère de Bressane! à la fondation de Nanles, ce qui permit à M. Olier de la connaître. En 164G, elle fut envoyée à la Flèche où la maison de Nantes forma une colonie. (Archiv. de la Visit. de Nanles. (Année sainte, IX, 791.)

plus saintes, qu’en vérité, en vérité, il faut être bien secouru , n’ayant point ces avantages (1) !

Ma très chère fille, demandez fidélité, dépouillement, indifférence pour ce pauvre chétif Père, qui est, autant que vous le pouvez désirer, tout vôtre, et qui est bien étonné de ce que vous lui mandez que vous n’avez reçu qu’une des nôtres : celle-ci est la quatrième; je vous conjure de m’excuser, si je ne le fais si souvent que je le dois; car, en vérité, je n’ai écrit encore nulle part qu’à Nantes et à la Régripière. Adieu.

Vous avez bien lâché trop tôt la parole, mais les enfants du monde sont plus prudents que les enfants de Dieu. Je vous avais bien dit que le moins serait 8,000 livres (2) .

J’ai fait réponse à notre sœur Charlotte, comme je l’ai dit à mademoiselle sa mère.

Vous ferez mes baise-mains à toute votre chère communauté et à la révérende Mère, à laquelle je ne souhaite de santé que pour souffrir davantage par elle-même en Jésus-Christ Notre-Seigneur.

(1) M. Olier, en parlant de la maladie qu’il avait faite en Bretagne, disait qu’elle avait été pour lui la préparation à de nouvelles grâces. Déjà depuis quelques années il vivait dans une grande dépendance de Dieu, mais en ce moment il se trouvait plus fortement et plus habituellement attiré à ne rien faire que dans cette disposition, qui demandait de lui un complet dégagement des créatures. De là les instances qu il fait pour être aidé en ses besoins spirituels par les prières de la mère de Bressand.

(2) 11 s’agit vraisemblablement d’une fondation dont la mère de Biessand avait à s’occuper. L’auteur de sa Vie (p. 28) dit qu’elle prit part à plusieurs de ces établissements faits en Bretagne et quelle y donna des preuves de son zèle et de son désintéressement. Elle venait tout récemment de travailler à la translation du couvent établi par ses soins au Croisic, en 1632, et qui n’y pouvait subsister. Grâces à ses démarches et à son influence, la ville de Vannes, en 1638, avait bien accueilli la nouvelle communauté. Il est assez vraisemblable que c’est à son sujet et relativement à son complet établissement que M. Olier fait la réflexion qui a donné lieu à cette note.

Depuis la présente écrite, j'ai reçu votre dernière, accompagnée de celle de notre Mère; pour réponse à la vôtre, je vous conjure, au nom de Dieu, et autant que je le puis faire, de me vouloir mander vos pensées touchant mon intérieur, étant vrai que rien ne me profite davantage; et voudrais être auprès de vous pour avoir le moyen de recevoir plus souvent cet avantage. Ne me refusez cette grâce, au nom de notre unique amour Jésus.

Pour Mllcde Clisson, je lui écris ce que vous désirez. Elle m’écrit assez nettement ses peines : je suis marri qu’elle n’en fasse de même à votre égard. Notre-Seigneur finira cet ouvrage par vos mains, s’il lui plaît. Je n’ai point reçu, avec les vôtres, la lettre de Mme de Vauldray, qui me devait apprendre des nouvelles de notre chère demoiselle. Il me semble que notre sœur de Vauldray reprend pour moi sa première simplicité; mandez-moi ce qu’elle fait à votre égard. Le Père général m’a ordonné d’en reprendre le soin , quoique je l’eusse destinée au R. P. Chauveau, crainte de la brouiller, comme elle avait déjà fait, et qu’elle m’en fait de si continuelles instances, jointes aux soins et applications que Dieu me donne pour son âme, qui ne sont point petits. Je pense à la fin que vous aurez dit vrai, disant que j’en dois répondre à Dieu, ce qui me sera aisé, si elle continue, aussi bien que vous, ma pauvre fille.

Je n’ai point ouï parler de changement de condition; ce n est pas la pensée de notre Père général, et encore moins la mienne, quoi que l’on en dise çà et là : car il y en a qui le souhaitent assez (1).

(1) Il s agit du projet de nomination de M. Olier à la coadjutorerie

Je ne bouge de cette ville, continuant mon petit travail, pour lequel je demande vos prières, afin qu’il soit tout pour Dieu.

Je ne serai plus paresseux pour vous envoyer nos lettres. Je vous conjure encore de vouloir bien me mander au long, en personne tierce, comme vous le savez, ce que vous pensez m’être utile; vous êtes ma petite Mère, vous le devez, je suis votre petit enfant et je l’attends : je suis aussi votre Père et vous le commande. Vous le voulez bien ainsi : car ne dois-je pas me servir de tous les titres, qui ont pouvoir pour obtenir ce que j’ai de besoin pour la gloire de Dieu, en l’amour duquel je suis et serai à jamais, ma très chère Mère,

Tout vôtre,

Olier.

A Paris, ce lendemain de Notre-Dame.

J’écrirai à notre Mère parle premier ordinaire.

Si je vous ai parlé d’argent, c’est que M. Coquin m’a dit avoir appris de quelqu’une de vous que vous en aviez besoin. Je conjure m’envoyer le mémoire au plus tôt.

de Chàlons projet réalisé trois mois plus tard et dont on pouvait parler assez longtemps d'avance, Henri Clarisse de Marchaumont ne faisant probablement pas secret de la demande qu'il faisait d'un coadjuteur et du nom de celui qu’il désignait pour cette place.

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