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LETTRE XLII

A LA MÊME RELIGIEUSE (2)

Il lui promet de ne jamais abandonner entièrement sa conduite spirituelle, même quand il quitterait la France pour aller travaillei en pays idolâtres (3).

[Vers le même temps (4).]

Ma très chère fille.

Je ne puis vous dire autre chose, en répondant à votre très chère lettre, sinon que je m’abandonne à

(1, 2, 3 et 4) C’est la XIXe parmi les imprimées.

Dieu pour tout ce qu’il voudra que je vous rende de service. Si vous voulez le servir et vous abandonner à lui, rien ne vous manquera jamais, et pour un pauvre pécheur, il vous donnera un saint. Quoi qu’il en soit, je suis tout vôtre, et il me semble que Dieu le veut ainsi. Au moins pouvez-vous être assurée que cette pauvre écorce de piété ne vous manquera pas. C’est le moins qui puisse arriver. La lumière de Dieu ordonnera de notre retour, ou bien de notre absence : mais toujours porterai-je, présent ou absent, la qualité de

— Il est au moins très probable que cette lettre fut écrite à la sœur de Vauldray. Les expressions : vous ayant engendrée à la grâce ; vous êtes la première acceptée, lui conviennent très bien. De plus, l’allusion aux exercices spirituels à faire tous les ans, en indiquant une personne religieuse, confirme encore cette supposition.

— M. Olier eut plusieurs fois la pensée et l’espérance d’aller travailler à la conversion des infidèles. Il l’eut en 1646 lorsque le nonce le pria d accepter le siège de Babylone qui venait d’être transféré à Ispahan. 11 l’eut encore en 1653, à l’occasion de l’arrivée du P. de Rhodes qui, envoyé par le pape, cherchait en France des ouvriers pour la Chine, le Tonquin et la Cochinchine. On trouvera plus loin trois lettres que le serviteur de Dieu écrivit à cette dernière époque. Mais avant de penser aux missions de la Perse, de la Chine et du Tonquin, il avait désiré longtemps d'aller au Canada pour y prêcher la foi, et même en 1642, étant déjà à Vaugirard, il écrivait : « Je me suis senti toujours porté d’aller finir mes jours dans ces quartiers, avec un zèle continuel d’y mourir pour mon maître. Dieu m’en fasse la grâce s’il lui plaît, je continuerai tous les jours de ma vie de l’en solliciter. » ( Vie deM. Olier, t. III , p. 405.) Il a paru plus vraisemblable, plus conforme au ton de la lettre, plus en harmonie avec le reste de la correspondance, de supposer que c’est en vue de l’évangélisation du Canada que M. Olier a écrit cette lettre de feu à sa première fille spirituelle.

— Cette date approximative paraît donnée par les circonstances. C’est alors surtout que, de concert avec M. de la Dauversière, M. Olier s’occultait de la fondation de \ ille-Marie, et Ton sait par ses historiens que ce fat le P. de Condren qui l’empêcha de passer lui-même en ce pays. [Vie de M. Olier, t. I, p. 156-157.) Peut-être la sœur de Vauldray avait-elle appris pai M. de la Dauversière, qui était chargé de lui procurer un diîerieui (1. XXXV), le désir qu’avait M. Olier de se rendre au Canada.

Père, vous ayant engendrée à la grâce, ainsi que le disait saint Paul à ses enfants. Ce sera à la vie et à la mort, et même, comme je l’espère, pour toute l’éternité. N’en doutez pas, ma très chère fille, non plus que de la disposition de mon cœur tout porté à servir en tout ce qu’il pourra l’âme que Dieu lui a si tendrement confiée. Vous êtes la première acceptée, vous serez la dernière laissée, et toujours très soigneusement conservée. Les prières et les sacrifices seront toujours présents pour vous , et toujours vos chères lettres seront reçues à bras ouverts, et répondues d’un même cœur.

Je n’ai, très chère fille, qu’une seule peine, qui est le sujet même qui vous afflige. Car je ne sais quel moyen je pourrai avoir de vous servir, quand la providence et la bonté du grand Tout m’obligera de m’éloigner, pour le servir en ces provinces où Dieu n’est pas connu, et où Jésus même n’est pas nommé? 11 faudra bien qu’un autre que moi vous assiste dans vos exercices, auxquels il ne vous faut non plus manquer tous les ans, qu’à respirer pour vivre. Ne faut-il pas qu’un Père pourvoie à ses enfants en cas d’absence? Ne faut-il pas qu’il les prépare à son éloignement? Ne faut-il pas qu’il les sèvre pour leur donner de plus solide nourriture ?

C’est là ma pensée, c’est mon dessein, et non pas de vous quitter, si ce n’est de vue. Vous me serez toujours présente, et je vous prie qu’il en soit de même de vous à mon égard. Levez les mains au ciel pendant que je combattrai pour mon amour. Nourrissez-vous en l’oraison pour me fortifier par l’union de nos cœurs et de nos services. De la sorte vous aurez part, et même par justice, à ce que je ferai, recevant force par

vous, et me rendant fidèle à Dieu par l’assistance de vos prières. Allons donc ainsi augmentant partout la gloire de notre amour. Venez avec moi d’esprit et de prières, et soyez présente au combat. Quelle joie de savoir que notre Tout se glorifie, que vous y avez votre part, et que notre amour se plaise à se servir de ce pauvre instrument, et de cette chétive créature qu’il a rendu votre père en Jésus-Christ ! Enfin quelle bénédiction, que Dieu soit honoré et sa volonté accomplie ! Ce sont là, je m’assure, les désirs uniques de notre très chère fille; et ce sont aussi les souhaits entiers de son pauvre et très indigne Père, le chétif esclave de Jésus. Adieu.

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