LETTRE LI
A LA MÈRE DE BRESSAND
Il lui réitère ses remercîments pour les soins qu elle lui a prodigués, à Nantes, et se recommande à ses prières, dont il dit sentir uu grand besoin, voyant sa faiblesse et l'impureté de sa vie.
[Paris, G août 1G39 (2).]
Qui a Jésus a tout.
Ma très chère fille,
Pour suppléer à un si long silence, je prends encore fa plume pour vous témoigner le désir et toutefois l’incertitude dans laquelle je suis de vous aller trouver (3). Que si Dieu le voulait, je serais bien content de vous parler de ses bontés sur nous, et je pense que, si je ne vous vais voir, je vous les écrirai (4) ; car, pourquoi saurais-je vos biens et vous ne sauriez pas les nôtres, auxquels la charité de votre et de notre chère maison a tant contribué, et contribue encore tous les jours par prières et par vœux? Dieu sait ce que j’en pense et combien le souvenir de ce séjour m’est encore doux et le sera, comme je pense, tant que je vivrai.
(1) Sur l'aulographe.
(2) Cette date est donnée, pour le jour, par M. Olier quand il dit : C’est en ce jour de la Transfiguration, et, pour l'année, par l’affaire de Châlons.
(3) Le voyage de Brelagne, que M. Olier espérait faire de nouveau en 1639, n'eut pas lieu.
(4) On voit en effet par les Mémoires du serviteur de Dieu qu’il était, vers ce temps, très fortement attiré à l'amour divin : « Vie divine! vie divine! disait-il quelquefois en se promenant, les yeux levés au ciel et inondés de larmes, eh ! vie divine ! quand sera-ce que je ne vivrai que de Dieu! » U fait peut-être allusion à cette disposition de son âme lorsqu’il dit qu’il va commencer à aimer purement.
Renouvelez , je vous prie, vos prières , puisque je vais commencer à aimer purement, s’il plait à la bonté de Jésus. J’ai vu aujourd’hui même, plus que jamais, l’impureté de ma vie et le peu d’affection que je ressens au service de Dieu. C’est en ce jour de la transfiguration de Jésus et de l’amour-propre de saint Pierre que je désire commencer, quoique j’aie déjà oublié cette fidélité. Mais quoi ! ma pauvre fille, vous connaissez ma faiblesse : ayez-en compassion. Je veux plus que jamais être à ce bon Jésus, dans lequel j’espère servir à la gloire de son Père. Priez, offrez incessamment votre âme et sa vie pour celui que le ciel a fait être tout vôtre.
Ma très chère fille, ne craignez rien pour Châlons : je ne crois pas que l’on y fasse rien, n’étant pas l’inclination de notre Père général, qui nous défendrait très puissamment de cette affaire. Je n’entends point votre future absence : mandez-moi où vous pourriez aller, afin que je fasse ce que je dois, quoique je ne le saurais faire, car je serai toujours ingrat des bontés que j’ai reçues de Dieu par vous (t).
Je ne puis vous taire comme j’ai le cœur serré de l’appréhension de la mauvaise nouvelle que je dois apprendre par M. Vialart, ce que je n’attendais pas quand je vous ai écrit la présente (2). Néanmoins,
(1) Ce fut probablement pour aller à Vannes que la mère de Bressand fit celle absence dont sa Vie ne parle pas. Elle avait obtenu que l’on transférât en cette ville, en 1638, les religieuses de la Visitation qui étaient au Croisic depuis 1631 et qui ne pouvaient y rester. On a déjà vu qu’elle s’occupa beaucoup de cette nouvelle maison.
(2) M. Vialart, pendant son séjour en Bretagne, avait surtout séjourné à Vannes et s’y était grandement intéressé à la maison de la Visitation, poussant la bonté et le dévouement, disent les Mémoires, jusqu’à en balayer la chapelle avec M. Basseline le théologal. Les termes dans lesquels M. Olier parle de la nouvelle que devait lui apprendre ce bon ecclésiastique, qui était son parent, font assez entendre qu’il s’agissait
chère fille, il faut se consoler de tout en Dieu, puisque infailliblement tout doit retourner à sa gloire : l’enfer l’honore et tous les pécheurs qui y gémissent.
Depuis votre lettre, j’en ai reçu encore une ou deux qui m’ont à demi détrompé de la crainte que j’avais eue pour notre grande mélancolique, de laquelle j avais appréhendé quelque accident comme le premier (1).
Je vous envoie une lettre ouverte pour notre sœur de Clisson ; vous jugerez si vous la lui pouvez donner. Notre sœur de Vauldray, par providence particulière, a reçu notre cachet que j’envoyais au Père maître des récollets , qui me l’avait demandé. Elle pourra vous en accommoder pour la cacheter (2).