LETTRE LUI
A LA MÈRE DE BRESSAND
Après lui avoir répondu sur quelques affaires particulières dont les détails ne sont pas connus, il l’exhorte à la patience et lui parle, a l’occasion de la sœur de A'auldray, du danger de suivre les sentiments qu’on éprouve quand ils ne sont pas soumis à l’obéissance.
[Longnes, 18 janvier 1640 (2).]
Jésus, Maria.
Ma très honorée Mère,
Je satisferai au désir de M. Coquin; et pour ceux de Mme la Douerie, ils sont bien raisonnables (3). Pour les vôtres qui concernent mon retour, ils sont dans la dépendance de notre révérend Père général.
Je ne vous dis rien du particulier de mes dispositions, attendant quelque tin à ces choses (k). Je prie Dieu de sanctifier les vôtres de plus en plus, jusqu au point qu’il les désire. Celles de notre damoiselle m’étonnent, mais je pense que vous devez prendre patience par charité et souffrir sa faiblesse pour l’amour de Notre-Seigneur qui souffre les nôtres avec tant de miséricorde. Quand vous verrez plus clairement et nettement ce qui en est, il sera temps de prendre
(1) Sur l’autographe.
(2) Sur la mission de Longnes voir la lettre précédente, note 1, p. 184.
(3) Il est encore parlé (lettre LVI1 2 3 4 * 6) de M. Coquin et Mme la Douerie.
(4) M. Olier fait allusion aux terribles épreuves par lesquelles il plut a
Dieu de le faire passer pendant deux ans et sur lesquelles l’auteur de sa
Vie a donné d’amples détails (t. I, p. 266 et suiv.).
résolution; en attendant il faut prier sans se lasser (1).
M L de Vauldray m’écrit le même de ce que vous me mandez; mais, selon Notre-Seigneur, il me semble qu elle doit passer par-dessus ses sentiments, qui ne lui doivent point servir de règle en sa conduite, ni de maxime assez puissante contre la soumission. Entre nous deux, ma très chère fille, aisément l’estime de soi, la complaisance en son état, bref, l’amour-propre et la vanité se glissent dans un esprit. Il faut s’en prendre garde et se tenir ferme aux solides vertus. La soumission et l’obéissance n’ont jamais rien gâté. H n’y a point d’obéissance en enfer, dit notre bienheureux Père (2). Il faut donc qu’elle s’oublie pour se soumettre : il faut qu’elle se condamne, s’humilie et s anéantisse elle-même. Je vous prie de l’y porter tout doucement, et l’assister de vos avis. Une âme, stablement humble, n est pas capable de retours et jugements sur son supérieur et directeur. Je m’estimerais bienheureux, si j’étais en sa place, d’avoir le bonheur qu’elle possède d’être tombée dans les mains d’un homme si capable, si pieux, solidement vertueux
comme il est (3). Il faut aller rondement à Dieu , ma chère fille.
Si Dieu me fait la grâce de voir jamais, ou donner conseil à nos filles, je les porterai à un air bien libre et bien ouvert, et dégagé du sentiment. Dieu m’en
(1) Il est probable qu’il s’agit de la même personne tre XL VIe. Voir la note 2, p. i7i.
(2) Saint François de Sales.
que dans la let-
Va(u!drawiî1UfeUrS ***** C°nSeiIléS °U du moins Permis- sœur de
usait n? ^ r6miSe -S°US a direclion de M- Basseline, mais elle n’en usait pas encore avec lui comme il convenait.
préserve moi-même, comme d’un grand ennemi dans la solide piété (1).
J’apprends, ma chère fdle, que la communauté de la Régripière est bien contente de M. Basseline. 11 nous faut éviter les partialités et les fantaisies des filles : entre nous, je vous prie, ce mot. Nos recommandations à notre très chère Mère, comme aussi à toute la communauté dont je requiers instamment les prières et saintes communions, par la charité.
Pour nos petits intérêts, je les remets à votre conduite.
De la mission de Longues, ce 18 janvier 1040.