‹ Lettres de M. OlierChapitre 80 sur 226 · LETTRE LIV · texte numérisé non relu

LETTRE LIV

Il l'exhorte à se soumettre à son directeur contre son propre sentiment, lui rappelant que ce ne sont point les inspirations qui doivent Être la règle de notre conduite.

[Fin de janvier 1040 (4).]

Ma très chère fille,

Je ne puis vous celer que votre souvenir ne me soit

(1) Ce paragraphe et le précédent ont été reproduits dans la lettre CCXVIII par l’éditeur de 1672, en les supposant adressés à la sœur de Vauldray elle-même, et en y introduisant quelques légères modifications, en particulier l’initiale du nom de M. Basseline, pour désigner le directeur auquel cette religieuse devait être heureuse de se soumettre. On n’a pas cru devoir reproduire ici celte lettre qui ferait double emploi.

(2) C était la XXXVIIIe des imprimées, mais elle a été citée en très grande partie dans le tomeIIIdeZ’Æ.spri<(te il/.0/«er,p.223, et c estd apiès ce texte primitif quelle est reproduite ici, sauf le dernier paragraphe qui ne s’y trouve pas.

(3) La lettre du 18 janvier 1640 à la mère de Bressand ne permet pas de douter que celle-ci ne soit adressée à la sœur de Vauldray, à qui d'ailleurs elle convient si bien.

(4) La date est approximative et donnée par la lettre précédente.

très fréquent par la miséricorde de Dieu, qui veut que je vous serve toujours comme j’ai fait et comme je ferai à l’avenir, s’il lui plaît m’en donner la grâce. Mais aussi je vous dirai que votre conduite me donne de la peine, et que je crains pour vous quand je remarque l’attache que vous avez à vous-même. Il ne faut qu’une chose comme cela pour éloigner Notre- Seigneur de vous, et vous empêcher d’avancer solidement dans la vertu. Quoique vous sentiez des goûts dans l’oraison et dans le reste de vos exercices, cela n’est rien qu’amusement et tromperies, n’avançant point dans le détachement de vous-même.

Vous me dites que vous n’avez acquiescé au conseil de M. Basseline, à cause que vous n’étiez inspirée à le suivre. Ma très chère fille, au nom de Dieu, regardez toute inspiration pour fausse quand elle contrarie au conseil d’un supérieur : car l’esprit de Dieu qui réside en eux ne se contrarie pas à lui-même ; et quand ce qu’il ordonne ne serait pas selon le bon plaisir de Dieu, il ne le ferait pas connaître à l’inférieure et, en obéissant, elle ferait un oeuvre très agréable à Dieu. Notre-Seigneur a fait autrefois entendre cela à sainte Thérèse, lui apparaissant et lui disant que l’obéissance qu’elle avait rendue à son directeur lui avait été plus agréable que ce qu’elle lui rendrait à lui-même. Et la raison est que Dieu aime l’humilité et la soumission : son esprit dispose de tout dans l’ordre, conduisant les inférieurs par les supérieurs, et il en use de la sorte pour notre sûreté; car, comme nous vivons sous la conduite de la foi, qui est obscure, il nous a voulu donner la voie claire et sensible des directeurs pour notre assurance et pour notre repos. Dans l’obscurité le faux se mêle avec le vrai; on prend l’un pour l’autre, le malin se

fourre et se glisse là-dedans, et pour l’ordinaire il se rend soigneux de tromperies commençants, et tâche de les arrêter en cette voie d’incertitude, de perte de temps, d’orgueil qui est bien aise d’être conduit par des voies extraordinaires.

Nous ne serons jamais damnés pour avoir été infidèles aux inspirations particulières, reconnaissant leur incertitude, c’est-à-dire, la raison que nous' avons de douter si ce sont de véritables inspirations. Et puis, ce n’est pas la voie que Dieu, Jésus-Christ et les apôtres nous ont laissée : il faut suivre la conduite de la foi qui nous faisant reconnaître un chef universel visible, que Notre-Seigneur donne à son Église pour conduire le corps des fidèles, dans lequel le Saint-Esprit, directeur des chrétiens, réside, soumet encore chaque fidèle à des directeurs particuliers dans lesquels ce même esprit habite; en sorte que celui qui leur obéit, lui obéit aussi : ou, au contraire, qui entend une autre conduite est sujet à être trompé, n’ayant point de caution de sa direction (1).

Ma très chère fille, demeurez-en là, je vous prie, si vous voulez que je réponde pour vous ; autrement je ne m’en mêlerai plus, car je contribuerais à votre perte infailliblement. D’une sorte de péché, vous tomberiez dans un autre plus dangereux , et d’un orgueil

(1) L’éditeur de 1672 pour rendre ce passage plus clair l’avait modifié ainsi : « Nous ne serons jamais damnés pour avoir été infidèles aux inspirations, reconnaissant leur incertitude et la raison que l’on a d en douter. Aussi n’est-ce point la voie que Dieu, Jésus-Christ et les apôtres nous ont laissée, mais c’est la conduite de la foi qui , nous proposant un chef universel, visible dans l’Église pour conduire le corps des fidèles, dans lequel le Saint-Esprit, directeur des chrétiens, réside, donne encore à chacun des directeurs particuliers dans lesquels il habite : en sorte que celui qui leur obéit, obéit à Jésus-Christ même et celui, au contraire, » etc.

fondé sur la vanité même, dont l’on est aisément détrompé, n’ayant pour fondement cjue ce monde et ce corps qui passe (1), ou même l’esprit naturel qui, au poids du sanctuaire, c’est-à-dire pour le ciel, n’est rien devant Dieu, non plus que celui des démons, vous tomberiez par une secrète attache à vous-même dans un orgueil mille fois plus dangereux que le premier qui vous ferait perdre tout à fait. J’en sais des exemples qui vous feraient pitié si je vous les disais.

Donc, ma pauvre fille, ayez pour règle les commandements de Dieu, de son Église et de votre règle; et s il y a quelque chose de particulier, votre directeur, auquel vous vous soumettrez en toutes les choses qui ne seront pas de votre règle. L’inspiration est trop dangereuse, surtout quand elle prend ce train de se croire soi-même et de ne point se soumettre. En un mot, ma fille, ne faites plus de cas ni d’estime de tous ces mouvements secrets et de ces inspirations, pour être le principe de votre conduite. Pour l’amour de Dieu, Dressé que je suis du désir de votre salut, suivez ce que vous dira M. Basselme et étouffez votre esprit et votre propre jugement. Sa conduite est solide, aussi bien que celle qu’il vous propose des saintes filles de la Visitation.

Pour ces actes qu’elles pratiquent, faites-les et ne craignez point. C’est la règle d’un ordre conduit de Dieu et une règle qui avance les âmes avec beaucoup d amour et de perfection. Défiez-vous de vous-même;

1 oisiveté et la paresse spirituelle se fourrent souvent dans un esprit par l’adresse du malin sans qu’on

(1) Celle phrase est ainsi rendue clans l'imprimé : « Ou même l’esprit lia ure , qui n est lien devant Dieu, dans le poids du sanctuaire, vous

°“ e"?z c ans une a^ac^e a vous-même et dans un orgueil spirituel mille fois plus dangereux. *>

y pense. Si j’avais assurance que vous fussiez dans un certain état que je ne vois pas en vous, j’aurais égard à vos raisons : mais cela n’étant pas , faites ces actes qui vous sont marqués dans ces livres que M. Basseline vous a proposés. Suivez, je vous conjure, tous ses conseils sans crainte de rien gâter : car la vertu de soumission ne souffre jamais qu’on perde rien en la suivant. Abandonnez-vous à lui pour l’amour de Jésus; et dans la confiance en votre Époux et en votre amour, qui est garant de votre directeur, soyez assurée que tout sera pour sa plus grande gloire. Faites donc simplement ce qu’il vous dira. Ses avis ne seront pas contraires aux nôtres, comme vous vous l’imaginez; et même quand il vous dirait quelque chose qui ne conviendrait pas avec ce que je vous ai dit, oubliez tout pour lui obéir. Je vous le dis encore une fois, obéissez et jouez au plus sûr. Croyez moi, car je suis en Notre- Seigneur et en sa très sainte Mère, tout vôtre.

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