‹ Lettres de M. OlierChapitre 83 sur 226 · LETTRE LVII · texte numérisé non relu

LETTRE LVII

A LÀ MEME RELIGIEUSE (2)

Il s’excuse «le son long silence et lui témoigne un grand désir «l’étre serviteur de Jésus Enfant (3).

[18 décembre 1G40.]

Jésus, Marie.

Ma très chère et très honorée Mère,

Notre-Seigneur vive et règne pleinement en votre cœur, que je lui désire pour retraite et repos en ces jours que, sortant de la sainte demeure de sa mère , il ne trouvera point de séjour parmi les hommes infidèles !

Or sus, il y a trop longtemps que je ne parle point; j’ai peur que notre silence n’ait blessé la charité, que je dois être si soigneux de conserver à la gloire de

(1) Sur l’autographe, que la VIe des imprimées reproduit en partie.

(2) Elle avait été réélue supérieure au mois de mai, à la fin du triennat de la sœur d’Épineu.

(3) Le long silence gardé envers la mère de Bressand ne peut être attribué qu’à l’état de souffrance intérieure par lequel M. Olier passait en

1640. On n’a retrouvé l’autographe d’aucune lettre écrite depuis le mois d’avril 1640 jusqu’à la date de celle-ci. 11 l’écrivit de Saint-Maur où depuis quelques mois déjà le P. de Condren avait réuni ses disciples et oii ils demeurèrent, ainsi qu’on l’a dit plus haut, jusqu’à la Septuagésime de

Notre- Seigneur et Maître, et pour le bien de son pauvre petit esclave et serviteur, que je vous recommande tout de nouveau dans ces jours que je suis obligé d’honorer si particulièrement, comme Notre-Seigneur vous le fera un jour connaître, si je ne puis avoir le bien de vous le déclarer (1),

Je vous prie donc tenir ma place auprès de lui en ces temps-ci, et me présenter à sa divine Majesté le plus souvent que vous pourrez. Je vous cède tout le droit qu’il me reste sur moi-même pour cela, et je voudrais être dans les mains de tous ses bons serviteurs et servantes, afin qu’il me pût agréer et accepter pour sien, pour son pauvre petit serviteur, ce que je souhaite plus que tout ce qui peut être imaginé. Avec cela, j’ai tout ce que je désire, et, après cela, je ne veux rien. Serviteur de Jésus et de l’Enfant Jésus, c’est tout. Il veut de pauvres, d’humbles et petits serviteurs comme lui, patients, charitables, amoureux de la pauvreté, de la bassesse, de la souffrance 5 morts et déjà crucifiés en esprit au monde et vivant à Dieu son Père; que peuton désirer après cela, ma bonne Mère?

J’ai reçu un billet de votre charité, ilya unanoudeux ,

(1) Il y a en ce passage une allusion manifeste à quelque trait de la vie de M. Olier. En voici un qui se rapporte exactement à cette époque et qui paraît bien expliquer tout ce qui est ici. « Trois semaines auparavant , dit M. Olier en parlant de la demande du vœu de servitude qui lui fut faite le 8 janvier 1641, le Père Éternel dans l'action de grâces après la messe me dit : « Va t’offrir à mon Fils pour le servir. » Je m’en vais donc d'abord à Notre-Seigneur, devant le très saint Sacrement, m’offrir à Notre-Seigneur, pour voir s’il voudrait bien de moi au refus de son Père, mais je ne trouvai point d'accès... Je continue l’espace de trois semaines; tous les matins en mon oraison je heurtai en esprit à la porte de la maison de notre Maître. Parfois on ouvrait, mais sans tenir grand compte de moi. Or je demandais si on n’avait point affaire d’un pauvre serviteur et si le maître de la maison voudrait bien me recevoir et que je ferais le mieux que je pourrais. « ( Mémoires , 1. 1, p. 158.)

que j’ai encore, pour honorer l’Enfant Jésus. Je vous conjure me continuer cette grâce, et je m’estimerai bien heureux de lui être fidèle. Je vous prie demander à Dieu la grâce que je n’apporte point d’empêchement à ses desseins, et que je commence, avec le commencement de l’année des chrétiens, à le servir en esprit et en vérité. Faites le même pour notre bonne sœur de Vauldray, au nom de laquelle je vous remercie. Donnez-lui, pour ses exercices, la personne de votre connaissance que vous lui jugerez la plus utile. Je lui laisse et à vous faire ce choix, ne voulant ou ne pouvant s’accommoder à ce que je lui propose.

Au reste, je vous conjure de tout mon cœur, pour M. l’ahbé Vialart, notre bon cousin, que Dieu a jugé digne d’être appelé à la coadjutorerie de Châlons (1). Je prie Notre-Seigneur lui verser la plénitude de son Saint-Esprit pour cette sainte charge.

Je souhaite à votre sainte communauté l’esprit de l’Enfant Jésus, et, quand nous y retournerons, que nous puissions en prendre notre part. Ce pourra être l’année qui vient en ces temps ici, et ce avec notre chère troupe, dans laquelle je ne suis pas digne de vivre.

Adieu; croyez-moi toujours, ou parlantou me taisant, mort ou vif, dans le temps ou l’eternite, tout vôtre en Notre-Seigneur Jésus.

Olier.

De Sainl-Maur, ce 18 décembre 1640.

Nos recommandations, s’il vous platt, à votre cher troupeau, notre sœur d’Épineu, sœur Angélique, Marie- Charlotte et notre sœur de Clisson, à qui je ne sais

(1) M. Olier ne connaissait pas encore la mort de l’évêque de Châlons, arrivée le 13 décembre 1640 (Moréri).

que mander; notre sœur la Roussière ne soit pas oubliée, s il vous plaît, ni nos sœurs du tour (i).

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